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Blog professionnel de Dominique Lahary, bibliothécaire

Devoir de réserve

Posté par Dominique Lahary le 14 novembre 2009

Trois notions sont souvent confondues :

Le secret professionnel porte sur les données relatives aux personnes et concerne seulement certaines professions. Il est régi par les articles 226-13 et 226-14 du Code pénal.

L’obligation de discrétion professionnelle porte sur des faits et des documents et concerne les fonctionnaires. Il est régi par l’article 26 de la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droit et obligations des fonctionnaires.

Le devoir de réserve porte sur l’expression d’opinions et concerne les fonctionnaires. C’est une pure création de la jurisprudence, comme le rappelle le site Fonction publique.

L’auteur du présent blog est donc tenu vis-à-vis de la collectivité territoriale qui l’emploie à l’obligation de discrétion professionnelle et au devoir de réserve.

Mais pourquoi donc est-ce que je raconte tout ça, maintenant ?

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Google va-t-il tout dévorer ?

Posté par Dominique Lahary le 8 septembre 2009

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latribunedu18août

La fuite opérée dans La Tribune du 18 août 2009 selon laquelle la BnF s’apprêterait à confier à Google une partie de la numérisation de son fonds a entrainé un débat public et une cascade de polémiques et de démentis qui ont eu le mérite de mettre sur la place publique une question d’importance. La métaphore de l’ogre s’est imposée, comme on le voit dans le titre du Canard enchaîné du 28 août 2009 :

manchetteCanard

manchette-libeou cette une de Libération du 29 août (annonçant l’éditorial de Laurent Joffrin et les articles Le glouton élargit sa mission, Google pousse à l’index et Lyon transfert son fonds) :

Mais cet ogre, est-ce un gentil personnage, comme l’inoubliable Géant de Zéralda de Tomi Ungerer, ou une figure dangereuse ?

Derrière le cas de la BnF, à propos duquel le nouveau ministre de la culture Frédéric Mitterrand déclare qu’il va trancher après réflexion, se profile le Règlement Google, conclu avec les éditeurs et auteurs étatsuniens et auquel leurs homologues du monde entier sont invités à adhérer, sensément pour sa seule application sur le sol américain. Adhérer tacitement, sauf à objecter devant le tribunal du district de New York au plus tard le 8 septembre, les bibliothèques étant concernées par l’aumône d’un terminal unique par établissement pour peu qu’elles concèdent à Google l’exclusivité d’un accord commercial avec lui.

Je donne ces quelques liens qui permettent de ce faire une idée d’un accord d’une extraordinaire complexité :

et les favoris délicious de Calimaq

Et je renvoie au communiqué du 7 septembre 2009 de 11 associations d’archivistes, bibliothécaires et documentalistes français membres de l’IABD , avec le dossier de presse qui y est associé.

Oui, le géant Google est sympathique. Comme moi, vous l’utilisez tous les jours et êtes bluffé par l’efficacité avec laquelle il a, selon son ambition proclamée, « organisé l’information mondiale ». Vous avez essayé d’autres moteurs mais trouvé aucun d’aussi efficace, pour la plupart de vos besoins. Vous avez apprécié la revue de presse automatique, le partage de photo, la messagerie en ligne et le traitement de texte hébergé. Google vous fait voir le monde entier d’en haut et même le ciel, trace vos itinéraires et localise ce que bon vous semble en plantant sur ses joli cartes les petites flèches de sa géolocalisation. Il est devenu le roi de l’informatique en nuage qui surplombe désormais la planète numérique, il moutonne votre ciel et vous y trouvez la lumière.

Oui, le géant Google est sympathique parce que c’est une entreprise sympathique, décloisonnée, non hiérarchique, dont les salariés ravis, gâté par les cantines et salles de remise en forme gratuites, organisent leur travail à loisir.

Mais ce géant, avec patience et rapidité, avec souplesse et systématique, tisse sa toile sur la Toile et démontre en mode accéléré que, si l’on n’y prend pas garde, la concurrence aboutit au monopole. Il est peut-être né, ou presque, dans un garage, selon l’inévitable story telling des successs stories de l’ère numérique, mais rien d’autre de comparable ne pourra plus jamais naître dans un garage car la place sera prise.

Et tout ceci avec le modèle économique qui tue (killer busisness model, comme on parle de killer application)  : la gratuité, qui n’est rien d’autre qu’une autre façon de faire payer.

Google a bâti avec une intelligence virtuose son empire en indexant les autres. Il a été un des principaux agents de cette économie de l’accès qui a battu en brèche les économies du contenu. Et le voilà maintenant qui s’empare des contenus. Les vôtres d’abord, ou ceux que vous collectez vous-même, quand il rachète Youtube ou héberge vos photos ou votre messagerie. Et puis, coup de maître, les bibliothèques.

Il faut lire l’article lumineux de Robert Darnton, publié en français dans le numéro de mars 2009 du Monde diplomatique , qui commence par ces mots :

« En offrant au plus grand nombre une masse toujours croissante de connaissances, Internet réalise-t-il le rêve des Lumières ou prépare-t-il le cauchemar d’un savoir public livré aux appétits privés ? Grâce à — ou à cause de — Google, ces questions n’ont plus rien d’abstrait. »

et finit par ceux-ci :

« Quelle que soit la manière d’interpréter cet accord, ses dispositions s’imbriquent de manière si inextricable qu’elles s’imposent en bloc. Aujourd’hui, ni Google, ni les auteurs, ni les éditeurs, ni la cour de district de New York ne sont en mesure d’y apporter des changements notables. C’est un tournant majeur dans le développement de ce que nous appelons la société de l’information. Si nous ne rééquilibrons pas la balance, les intérêts privés pourraient bientôt l’emporter pour de bon sur l’intérêt public. Le rêve des Lumières serait alors plus inaccessible que jamais. »

Il faut lire aussi le vigoureux billet Is it a bird ? Is it a plane ? No. It’s a monopolistic library-bookseller d’Olivier Ertzscheid du 5 juin 2009  dont voici le nœud :

« J’ai répété (avec d’autres …) depuis plus de 3 ans révolus que Google serait nécessairement libraire, bibliothécaire et éditeur. […] Avec d’autres j’ai essayé de convaincre de la nécessité absolue d’une contre-offensive “de poids”, sur trois axes : un portail de recherche fédérée regroupant l’essentiel de l’offre des libraires dits “indépendants”, une réflexion de fond sur les usages, avec la mise en place d’expérimentations à couverture ou à portée nationale, une bibliothèque numérique qui ne soit pas seulement interface mais d’abord et avant tout contenus, contenus moissonnés pour être d’abord rassemblés, et pour être, ensuite seulement, distribués dans le cadre d’un bouquet de services et d’applications. »

C’est bien, Google Book Search (pardon, Google recherche de livres). C’est vraiment très bien. Et vouloir mettre un coup d’arrêt à son expansion ou au moins investir dans d’autres projets doit être  peu près si populaire auprès des internautes que la création d’une taxe carbone auprès des contribuables. Mais moi qui défends généralement le point de vue de l’utilisateur, ici et maintenant, j’en appelle à la responsabilité de la puissance publique et des professionnels du livre, tous secteurs confondus, dans l’intérêt des générations futures.

Le monopole de Google est tentant à court terme. A long terme, c’est un danger redoutable. Acceptons-nous que le patrimoine écrit de l’humanité soit détenu par un seul groupe privé, soumis aux décisions des successeurs des si sympathiques dirigeants actuels, qui acceptent tout de même de verrouiller leur moteur sur ordre des régimes autoritaires que vous savez ?

Ce patrimoine, fruit de la créativité de générations à travers le monde, entretenu par un foisonnement d’initiatives et d’entreprises privées, et sauvegardé par les bibliothèques, dont la plupart ont un statut public ?

Il ne s’agit pas ici de condamner les partenariats publics privés : je les aime tellement que je souhaite qu’il y en ait plusieurs. Il ne s’agit pas de fustiger une entreprise américaine : elle serait française que le problème serait exactement le même.

Il s’agit de s’opposer à un règlement Google américain qui va s’imposer au reste du monde et à une démission des puissances publiques nationales et européennes : comme si c’était déjà trop tard, comme si le monopole était inéluctable.

En  France, le débat sur Google recherche de livres a commencé en 2005, avec notamment l’appel de Jean-Noël Jeanneney intitulé. J’avais alors, dans un message du 27 avril2005 au regretté biblio-fr intitulé Google, le livre, l’accès, la collection, fait l’éloge de l’indexation pour terminer par la question du stockage :

« On voit ici que la bataille qui s’amorce, c’est celle du stockage. Elle est essentielle. Que ceux qui veulent avoir une influence sur ce qui sera indexé par les outils communs de la société de l’information construisent des politiques de stockage numérique et en gardent la maîtrise. »

Nous y sommes.

Car Google, qui a bâtit son empire sur l’indexation des autres, construit son stock de livres numérisés en interdisant aux autres de l’indexer. Tout est là. Il est en train de rendre obligatoire le passage par son guichet, qui va bientôt devenir une caisse puisqu’il va se faire aussi libraire, se mettant finalement à vendre des contenu et non plus seulement de l’espace publicitaire. La boucle est bouclée.

Au début des années 1990, Bill Gates avait avec son entreprise d’images Corbis failli faire main basse sur les collections publiques d’images. Il avait en partie échoué parce qu’on ne l’avait pas laissé faire. Rien n’est joué. Seule serait fatale l’enchaînement des démissions successives et le refus des coalitions.

Dans l’histoire généralement la force s’impose avant que le droit ne l’organise. C’est ainsi que les Empires et les entreprises coloniales se sont formés. Nous sommes, dans l’univers numérique dans une phase comparable. D’abord la force au mépris de droit installé. Le nouveau droit se reconstruira sur la base d’un rapport de force.

caravaneJ’ai souvent comparé la constitution du cyberespace au Far West. Pour expliquer qui nul n’y aurait sa place s’il ne s’y précipitait pas avec sa caravane de pionnier, puis ne s’y arrêtait pour délimiter son champ et tout de suite commençait à l’exploiter. Et par conséquent qu’il n’y aurait, entre autres, de bibliothèque dans le cyberspace que si des bibliothèques ne s’y installaient, avant qu’il ne soit trop tard.

Mais j’ajoutais : un Far West où il n’y aurait ni Indiens ni bisons. Je dois aujourd’hui sérieusement réviser mon analogie historique. Le nouveau monde n’est pas un autre monde, c’est le nôtre. Comme au Far West, les nouveaux puissants avancent et occupent le terrain, puis concèdent ça et là des traités avec des peuples qui ne parviendront à s’unir que quand il sera trop tard. Aujourd’hui les Etats-Unis, demain l’Europe, faible et divisée selon son habitude somme toute récente. Une autre politique est possible.

indiensàchevalMais attention. Je vais peut-être diverger avec une partie des forces dont je crois aujourd’hui la coalition nécessaire, diverger même avec une partie des bibliothécaires et documentalistes, mais il me semble indispensable de considérer qu’on ne tiendra pas tête à Google avec les armes du passé. Après tout, les amérindiens ont bien adopté le cheval et l’arme à feu.

Au congrès de l’ABF de juin 2008 à Reims, on m’avait proposé une rencontre (ce furent deux monologues parallèles) avec le très courtois représentant en France de Google recherche de livres. Lui énonça le story telling : « organiser l’information mondiale ». Il n’a pas consenti à communiquer son diaporama. Le mien est ici (Google et nous).

J’y rappelais les caractéristiques fondamentales du traitement de l’information à la Google :

« - On indexe tout… et n’importe quoi

- On ne classe pas, on trie

- On indexe en plein texte »

Précédemment, en 2005, j’avais dans Numérique, bibliothèques, utilisateurs : Un nouveau paradigme ? tenté d’énumérer « ce que les moteurs ont changé »

« 1. On cherche partout à la fois : La métacollection contre la collection.

2. On cherche avec ses propres mots : Le « langage naturel » contre les langages documentaires, les classifications postcoordonnés contre les classifications précoordonnés.

3. On veut de l’information primaire : La bibliothèque contre les catalogues.

4. On fait tout avec le même outil : Le flou contre la frontière, le généralisme contre la spécialisation.

5. On veut accéder de chez soi, de partout : L’atopisme contre le lieu dédié. »

Et j’ajoutais : « Tout ce qui est en retrait sur les cinq révolutions apparaît comme une limitation difficilement supportable. »

Googgle, mais aussi bien d’autres acteurs avant lui ou parallèlement à lui, mais Google tout particulièrement bien sûr, ont contribué à procurer aux internautes, c’est-à-dire à une partie de plus en plus considérable de la population, des outils qui ont facilité une profonde mutation dans les pratiques de recherche d’information et d’œuvres. On ne recréera pas le monde ancien. Il faut aller aussi vite que la musique. L’offre publique de culture et de documentation doit être d’après et non d’avant les 5 révolutions, ou elle ne sera pas.

J’aime bien chercher dans Google Books. La recherche dans l’intérieur du livre y a conquis sa place définitive, contre les dévôts exclusifs des catalogues, des indexations par système d’autorité et des classifications précoordonnées. Et la masse critique, propre à satisfaire les besoins les plus divers, prouve son efficacité, contre les partisans de la sélection qualitative ou thématique. Je veux bien des catalogues, des classifications et des sélections, mais pas que cela, et pas comme mode unique d’accès.

Il est excellent que cette entreprise si innovante ait développé ce service. Que des bibliothèques et des collectivités locales, jusqu’en France comme la ville de Lyon, ait contracté avec Google est après tout utile et stimulant. Google a apporté à l’organisation de l’information mondiale une contribution remarquable. Mais pas au point de mériter un monopole.

Dernière remarque : on ne tiendra pas éternellement en laissant intégralement en l’état les règles du droit d’auteur et du copyright. La Commission européenne elle-même considère « que la numérisation ne pourra progresser en Europe qu’à la condition de donner aux institutions culturelles les moyens juridiques de remplir leurs missions, notamment en ce qui concerne les oeuvres orphelines et les oeuvres épuisées », comme le souligne ::S.I.Lex:: dans son billet du 1er septembre 2009 . Et d’ajouter :

« Depuis toutes ces années, le vide juridique persistant a profité et profite toujours à Google qui a su utiliser sa force de frappe contentieuse pour produire un Règlement qui va lui permettre – et à lui seul – de numériser et de commercialiser les oeuvres orphelines et épuisées qui continuent à gripper la machine de la numérisation en Europe. Une loi privée est sur le point d’accomplir ce que la loi publique n’a pas su faire … nous nous acheminons vers une grande défaite démocratique … »

Il reste probablement peu de temps pour que les organismes publics détenteurs de la mémoire du monde en maitrisent la conservation pour les générations futures.

Ne soyons pas comme des ours blancs qui voient la banquise disparaitre inexorablement sous leurs pieds.

(Ce billet, comme tous les autres de ce blog, ne reflète naturellement que mon point de vue personnel, à un moment donné)

ours-seul

Post scriptum des 09/09/09 et 14/09/09 :

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Les bibliothèques et le mille-feuilles territorial, 4 : épouser la reconfiguration des périmètres et des compétences, pour le meilleur et pour le pire

Posté par Dominique Lahary le 2 septembre 2009

Je reprends mon feuilleton « Les bibliothèques et le mille-feuilles territorial » interrompu depuis le 11 février 2009.

Trois textes sont depuis parus, officiellement ou non :

Faisons simple et concentrons-nous sur ce dernier texte dont les grandes lignes sont présentées sur le site de l’ADBDP, toujours en prenant notre petit bout de la lorgnette (la lecture publique et les bibliothèques).

La fin de la clause de compétence générale des départements et des régions

Le projet de loi reprend la proposition du rapport Balladur en prévoyant la fin de la clause de compétence générale des départements et des régions. Seules les communes et l’Etat la détiendraient désormais. Mais la définition des compétences respectives des départements et des régions est renvoyée à une loi ultérieure.

Cette répartition limitative des compétences des différents niveaux de collectivités est a priori une mesure de bon sens : quand tout le monde fait tout, il y a gaspillage et le citoyen n’y comprends plus rien. Mais j’ai dit ici et en quoi cela privait les échelons ainsi corsetés de toute latitude pour développer de véritables politiques. Cette mesure n’est pas décentralisatrice car elle réserve à l’Etat la stratégie.

Et en matière de lecture publique, la fin de la clause de compétence des départements permettraient plus difficilement de la lier aux autres politiques sociales , éducatives et d’aménagement du territoire. Voilà pour moi deux raisons pour soutenir la position de l’Assemblée des départements de France (ADF) en faveur du maintien de la clause générale de compétence.

Remarquons toutefois que cette suppression est atténuée par la licence qu’auraient les départements de financer les communes et intercommunalités en dehors de leurs compétences strictes.

La réforme du mode de désignation des élus des départements et des régions

La confusion entre élus départementaux et régionaux, en la personne des « conseillers territoriaux », pourrait poser la question de l’autonomie politique des départements, et donc de leurs politiques respectives en matière de lecture publique.

Mais je me réjouis d’avance du renouvellement tous les six ans des élus départementaux, qui est souhaité par l’ADF et qui permettraient enfin aux conseils généraux de vivre le rythme normal d’une mandature (6 ans) au lieu d’être soumis tous les trois ans à une possible alternance.

La limitation des financements croisés

Voilà encore une mesure apparemment de bon sens. Mais j’ai dit comment la combinaison des périmètres de financement est légitime pour compenser trois handicaps : la petite échelle, l’insuffisance des ressources et les charges de centralité.

Le projet de loi oblige toute collectivité à financer au moins 50% des projets dont elle est maître d’ouvrage, tant en investissement qu’en fonctionnement (plancher ramené à 30% pour les communes de moins de 2 000 habitants, les intercommunalités de moins de 20 000 habitants et les zones ANRU). Cette clause heurterait de plein fouet les politiques de développement de la lecture publique d’un certain nombre de départements, qui s’ajoutent aux soutiens de l’Etat dispensés dans le cadre du concours particulier de la dotation générale de décentralisation en faveur des bibliothèques.

Le rapport Belot auprès du Sénat reconnaît que la pratique des financements croisés « s’avère toutefois indispensable » : « La pratique des cofinancements est essentiellement l’expression financière d’une coopération entre les acteurs publics. [...] [Elle]  permet la réalisation de projets qui n’auraient pu voir le jour si la participation conjointe de plusieurs personnes publiques avait été impossible. [...] Les cofinancements sont indispensables à l’action publique, notamment des collectivités territoriales. »

Dans La Gazette des communes, des départements et des régions du 13 juillet 2009, Karine Gloanec-Maurin, présidente de la Fédération nationale des collectivités territoriales pour la culture (FNCC), déclarait :  « Les financements croisés [...] permettent de resituer les projets dans une perspective d’aménagement culturel du territoire ».

La reconfiguration des périmètres et la mise en place de métropoles

Le projet de loi encourage la libre reconfiguration des périmètres notamment par fusion de départements et de communes. Ces fusions entraîneraient mécaniquement la réorganisation des bibliothèques départementales ou communales concernées. Rien à redire là-dessus, sinon une évolution prévisible du paysage.

En revanche la création de métropoles, qui dépouilleraient sur leur territoires les départements de leurs compétences, reconfigureraient les missions des BDP concernées en la limitant aux besoins de la périphérie rurale. Aux départements et métropoles concernés d’engager d’éventuels partenariats. Le rapport Balladur, contrairement au projet de loi, énumérait les métropoles à créer : Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Nantes, Nice, Rennes, Rouen, Strasbourg, Toulon et Toulouse. C’est une indication.

Quant au cas de l’Île-de-France, il fait sous le nom de code de « Grand Paris » ou de « Paris métropole » l’objet de projets croisés sur fond de polémiques. Si une simplification structurelle se dégageait, la gestion des réseaux de bibliothèques pourrait en être reconfigurée.

Le renforcement dirigé de l’intercommunalité

C’est une des orientations les plus claires du projet de loi, dans la lignées du rapport Balladur : tout va être fait pour que le processus d’intercommunalisation s’achève et que les périmètres soient redéfinis et simplifiés, par fusion des communautés trop petites. Le Préfet aurait un rôle prépondérant, au besoin coercitif, dans cette marche forcée, à laquelle échapperait l’Île-de-France, objet d’un traitement spécial lié au Grand paris. Enfin, la fusion volontaire des communes appartenant à la même intercommunalité serait encouragée.

Ce renforcement attendu de l’intercommunalité ne peut que favoriser une meilleure organisation de la lecture publique. Théoriquement. Car s’est un outil qui n’est efficace que si les volontés conjuguées des élus, des administrations et des professionnels permettent de l’utiliser pleinement dans l’intérêt public. J’y reviendrai dans un prochain billet.

Conclusion : bibliothèques à tous les étages, quoique.

Même si la définition des compétences des départements et des régions est renvoyée à une date ultérieure, on peut supposer qu’en matière de culture, il va en être comme dans le rapport Balladur : statu quo, à l’exception des archives, dont les communes pourraient être privées (ça, c’est encore à voir) :

Extrait du tableau n° 14 du rapport Balladur :
Répartition nouvelle des compétences entre collectivités locales et l’Etat

balladur-tableau

On nous annonce donc des bibliothèques à tous les étages, même à celui où il n’y en a pas : la région. Cette bourde, présente déjà dans le rapport Lambert de novembre  2007, a été consciencieusement recopiée dans les suivants. Ira-t-elle jusqu’à être gravée dans la loi ?

Mais n’évacuons pas la question si vite. Et si ce que, revenant en 2001 sur 50 ans de tentatives et de projets avortés, j’ai appelé « l’introuvable échelon territorial » en matière de lecture publique se dégageait enfin ? Nous n’en sommes pas là. Les agences régionales de coopération entre bibliothèques ont presque toutes rejoint une structure interprofessionnelle du livre, parfois ouvert à d’autres supports. Les lambeaux de missions quelles se donnent en matière de bibliothèque pourraient, sous la houlette de la FILL qui les fédère, déboucher sur une tentative de recension régionale puis nationale des données sur les bibliothèques, à l’heure où l’ADBDP avance à grands pas en collaborant de son coté avec le ministère de la culture. Les conseils régionaux, sans lesquelles ces agences régionales ne vivraient pas, développent ici et là des politiques pouvant aller jusqu’au soutien financier aux investissements en matière de bibliothèque. Mais la véritable perspective régionale n’apparaîtrait que si nous assistions à la disparition progressive du département au profit de la région, intention avouée à demi-mot par Edouard Balladur (voir parmi d’autres son interview dans Libération du 9 mars 2009) et prospective admissible… à moyen ou long terme. Il faudra bien alors que les BDP d’une même région fusionnent, si elles existent toujours. De même que de leurs côté les bibliothèques actuellement municipales pourraient accompagner la montée inexorable de l’intercommunalité.

Mais un équipement, est-ce une politique ? La « compétence obligatoire » des départements se réduit à la seule gestion des BDP quand celles-ci sont souvent devenues un instrument parmi d’autres d’une politique de soutien et de développement qui s’appuie également sur un dispositif de subvention. De ce point de vue, il serait préférable que la loi annoncée énumérant les compétences des départements et des régions ne se contente pas d’attribuer aux premiers la gestion des « bibliothèques départementales de prêt » (appellation de plus en plus désuète) mais fasse plutôt référence à une politique de soutien à la lecture publique. Mais je tremble en écrivant cela : la référence à un établissement, malgré ses limites, n’est-ce pas préférable à la désignation d’une politique qui peut devenir si évanescente qu’elle n’en vienne à se passer de l’établissement ?

J’en termine là, sur l’expression de ce doute.

Mes billets précédents sur le projet de réforme territoriale :

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Payer moins pour lire plus ?

Posté par Dominique Lahary le 11 août 2009

Sous le titre Recul du livre et de la presse dans le budget des ménages, l’INSEE publie un quatre pages établit à partir de ses « enquêtes budget ».

La presse recule d’abord dans les générations les plus jeunes, le livre dans toutes, ce qui est nouveau : « Contrairement à ce qui se passe pour la presse, le recul du livre n’est pas dû à l’arrivée de nouvelles générations qui en achèteraient moins. Les générations les plus jeunes y consacraient même, du moins jusqu’en 2001, une part de leur budget plus élevée que les générations précédentes. Le recul du livre est marqué par une baisse qui touche toutes les générations. »

Le rédacteur de la note, Thibaut de Saint Pol, conclut par cette précision : « On ne doit toutefois pas oublier qu’on ne s’intéresse ici qu’à l’achat de livres et de presse et non à leur lecture effective. Comme la baisse de la part de ces consommations, les écarts observés ne tiennent pas compte des prêts, notamment en bibliothèque, de la lecture sur Internet et de la multiplication des journaux gratuits. »

On peut rapprocher, sans les confondre, les conclusions de cette étude de celle d’une enquête de la Commission européenne rendue publique le 4 août (avec chiffres par pays consultables ici) sur les usages d’Internet. On y lit que « les 16-24 ans sont les plus grands utilisateurs d’internet: 73 % d’entre eux ont régulièrement recours à des services de pointe pour créer et partager du contenu sur la toile, soit le double de la moyenne pour l’ensemble de la population de l’Union européenne. » Et plus loin : « Bien que la «génération numérique» paraisse réticente à mettre la main au porte-monnaie pour télécharger ou consulter en ligne des contenus comme des vidéos ou de la musique (33 % affirment ne pas être disposés à payer quoi que ce soit, ce qui représente le double de la moyenne de l’UE), ils sont en réalité, au sein de cette génération, proportionnellement deux fois plus nombreux que le reste de la population à avoir déjà payé pour ce type de service (10 % des jeunes utilisateurs contre 5 % de l’ensemble de la population de l’Union européenne). Ils sont également plus disposés à payer pour obtenir un meilleur service de qualité supérieure. » Ce que Le Monde résumait ainsi dans son édition datée du 4 août 2009 : « De plus en plus connectés, les Européens restent réticents à payer pour du contenu en ligne. »

Tout se passe comme si deux phénomènes en partie liés se conjuguaient : le report de l’acte de lecture sur écran et la baisse de ce que les économistes appellent le « consentement à payer ». Et cette baisse est particulièrement sensible sur l’information chaude, autrement dit, sur le frais.

On ne peut en conclure une baisse de la pratique de lecture (pas plus que de l’écoute musicale, du visionnage de films…) Mais de la lecture de séquences longue ? La question est posée.

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La résurrection de la censure…

Posté par Dominique Lahary le 4 août 2009

…c’est le titre de cette gravure de Grandville de 1832.

censureLe 12 juin 2009, l’Assemblée générale de l’ABF a condamné l’acte de censure qui venait d’intervenir à la Ville de Paris avec l’ordre de retrait du CD Perdu d’avance du rappeur Orelsan des bacs des bibliothèques et médiathèques. Je l’ai votée. La ligue des droits de l’homme s’est prononcée dans le même sens, annonce Livres-Hebdo. Quelques biblioblogueurs ont fait de même (voyez Desperate Librarian Housewife et Bibliothèque = Public).

Le site ActuaLitté fait état d’une réponse officielle contournée de la Ville de Paris qui entretient la confusion entre choix professionnel et intervention politique, entre procédure normale de sélection sur un flux d’acquisitions et ordre venu d’en haut et ne concernant qu’un seul titre.

Quelques semaines plus tard, l’annulation du concert d’Orelsam aux Francofolies de La Rochelle amplifiait, tout en en maintenant les termes, une polémique qui avait fleurit à l’occasion du Printemps de Bourges.

On lui reproche une chanson appelant à la violence contre les femmes. texte qui a soulevé l’indignation de défenseurs des droits et de la dignité des femmes et motivé toutes sortes de demandes de faire taire ce chanteur et d’empêcher ses concerts.

Certes, les paroles en questions ne sont guère heureuse, et une précédente expression publique de la Ligue des droits de l’homme analysait la polémique avec nuance, en particulier l’allusion à Marie Trintignant qui jette le trouble.

Mais qu’on en juge ici : la chanson Sale pute est une fiction, représentant une scène de jalousie. Orelsam s’en explique là. Il n’a pas mis cette chanson dans son CD et ne l’interprète pas, ou plus, en public.

Les censeurs étourdis oublient deux choses :

  1. La fiction est la fiction. Si une chape de plomb doit s’abattre sur celle-ci, au nom de toutes les causes incontestables possibles et imaginables, aucune expression artistique ou littéraire n’est plus possible. Va-t-on à nouveau censurer Sade ?
  2. On ne saurait reprocher à un artiste ce qu’il a dit, créé, fait par ailleurs. A ce compte là, Céline est serait exclu des bibliothèques et des librairies.

Beaucoup se sont gaussés de ceux qui, critiquant la censure d’Orelsan, ont ainsi fait référence à des auteurs ou artistes reconnus. Ils ont tort. La censure n’a pas à s’acharner sur ceux qui ne sont pas, ou pas encore, intouchables pour des raisons de légitimité culturelle. On a toujours tort contre Flaubert ou n’importe quel écrivain médiocre qui tombera dans l’oubli, exactement le même tort.

Dans le n°45 de BIBLIOthèque(s) (juillet 2009), une congressiste de l’ABF, dans un billet intitulé Le congrès off,  écrit : « une motion de l’ABF votée pour interdire d’interdire l’ignoble CD du rappeur Orelsam appelant à la violence contre les femmes avec sa très douce chanson Sale pute nous a toutes interdites ». Je me réjouis que la revue de l’ABF publie ce point de vue contraire au vote de l’Assemblée générale. Mais cette collègue se trompe deux fois : la chanson n’est pas dans le CD ; elle n’appelle pas à la violence contre les femmes.

Violence qu’il faut combattre, naturellement.

PS : A lire, le beau numéro de BIBLIOthèque(s) n°41-42 (décembre 2008) sur la censure, dirigé par Michel Melot.

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Un groupe de travail libraires-bibliothécaires sur les bases bibliographiques

Posté par Dominique Lahary le 17 juillet 2009

Les libraires et les bibliothécaires représentés par le Syndicat de la librairie française (SLF), l’Association des librairies informatisées et utilisatrices de réseaux électroniques (ALIRE), l’Association des bibliothécaires de France (ABF), l’Association des Directeurs de bibliothèques départementales de prêt (ADBDP), l’Association des Directeurs des bibliothèques municipales et intercommunales des grandes villes de France (ADBGV) l’Association des professionnels de l’information et de la documentation (ADBS) et la  Fédération des utilisateurs de logiciels pour bibliothèques, documentation, information (FULBI), annoncent la création d’un groupe de travail commun sur l’accès des professionnels et la mise à disposition auprès du public des outils d’information et de recherche bibliographiques. Ce groupe, destiné à s’ouvrir à toute organisation professionnelle concernée et aux fournisseurs de données, souhaite élaborer des propositions concrètes sur l’évolution des outils bibliographiques afin qu’ils répondent mieux aux besoins et aux contraintes des auteurs, éditeurs, bibliothécaires et libraires, ainsi qu’aux attentes du public

Lire la suite sur le site du SLF ou le blog de l’ABF.

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Relâche jusqu’au 15 juillet

Posté par Dominique Lahary le 20 juin 2009

Je ne suis plus là pour personne du 20 juin au 15 juillet

Bon été à tou(te)s

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Communiqué de l’IABD du 19 juin 2009

Posté par Dominique Lahary le 20 juin 2009

L’IABD (Interassociation archives bibliothèques documentation) se réjouit :

  • de la décision du Conseil constitutionnel du 10 juin 2009 qui, dans son considérant 12, considère que la liberté d’accéder à Internet est aujourd’hui un droit fondamental relevant de l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 sur la libre communication des pensées et des opinions,
  • de l’article 21 de la loi n°2009-669 du 12 juin 2009 favorisant la diffusion et la protection de la création sur internet, dite loi Hadopi, qui améliore l’exception introduite dans na loi DADVSI du 1 er août 2008. celle-ci permet désormais aux bibliothèques, musées ou services d’archives non seulement de reproduire une oeuvre aux fins de conservation ou de préservation des condition de sa consultation sur place, mais aussi de la communiquer sur place , conformément aux dispositions permises par la directive européenne de 2001 sur le droit d’auteur dans la société de l’information,
  • de la recommandation du 26 mars 2009 du Parlement européen selon laquelle « garantir l’accès de tous les citoyens à Internet équivaut à garantir l’accès de tous les citoyens à l’éducation » et « un tel accès ne devrait pas être refusé comme une sanction par des gouvernements ou des sociétés privées »,

Elle attend la transposition en droit français de la directive européenne réduisant à 5,5% le taux de TVA notamment pour « la fourniture de livres y compris sur supports numériques » qui peut renforcer notre volonté commune avec les auteurs,éditeurs, libraires, diffuseurs de développer l’accès aux ressources numériques dans les meilleures conditions financières pour tous.

Sources :

(ce communiqué est publié ici sur le sur de l’IABD)

(et je recommande ce billet de ::S.I.Lex:: et ceux auxquels il lie)

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Le blog du congrès de l’ABF…

Posté par Dominique Lahary le 9 juin 2009

… sera ici : http://abfblog.wordpress.com/

Comme d’hab
(c’est la 2e année, déjà une habitude !)
bravo aux hybrides du Bibliolab

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Nous avons tous tué biblio-fr

Posté par Dominique Lahary le 6 juin 2009

[Message "Biblio-fr s'arrête" du 3 juin 2009 reproduit sur le site Bibliofrance]

D’abord, un énorme bravo à Sarah et Hervé pour tout le travail accompli.

Ensuite, l’émotion et la réflexion.

Pour moi restera le souvenir de ce jeudi 4 juin 2009 au matin. Je navigue sur l’ordinateur mis à la disposition des clients de cet hôtel d’Erfurt, capitale de la Thuringe, où je me trouvais pour le congrès de l’interassociation allemande. Ce n’est pas pour raconter ma vie, mais biblio-fr mérite qu’on livre des témoignages personnels.

Consultant mes méls, je tombe sur « Biblio-fr s’arrête ». C’est comme un coup de tonnerre. Ma première pensée a été comme ce concentré de vie qu’on doit ressentir quand on est dans un avion qui s’effondre sur l’Océan. Mais très vite, en moins d’une seconde j’en suis sûr, je me suis dit : « Et merde. Nous qui avions une offre d’emploi à passer. » En lisant au calme le beau message de Sarah et Hervé, j’ai compris qu’ils avaient raison : biblio-fr est devenu, en grande partie, un service. Alors que Sarah y passe ses dimanches et ses nuits. Ça me troue le cœur, mais vous avez raison d’arrêter.

[je laisse les modérateurs enlever ce passage s’ils jugent qu’il constitue un détournement de la règle qu’ils ont édictée de ne passer que les messages du « livre d’or »]

Nous avons tous tué biblio-fr.

Nous l’avons tué en cessant d’y débattre. Il y a bien eu quelques débats récents, et je diverge sur ce point de Bertrand Calenge qui a eu le courage de mettre les pieds dans le plat (http://bccn.wordpress.com/2008/11/29/jen-ai-marre-de-bibliofr/) : les échanges qui  s’y déroulaient, quelle que soit leur tenue, étaient révélateurs d’une partie de l’opinion bibliothécaire. C’était intéressant, même dans ses contradictions, ses confusions, ses redondances. J’ai personnellement utilisé certains débats dans des interventions et des cours, par exemple sur le thème du dimanche, ou sur celui intitulé « Je craque », qui a produit à mon sens un des plus beaux textes que j’aie jamais lu sur le métier de bibliothécaire (https://listes.cru.fr/sympa/arc/biblio-fr/2006-01/msg00075.html). Il faut évidemment archiver tout cela.

Et puis il y avait les gens qu’on aimait lire, comme Jack Kessler, Pierre-Jacques Lamblin, Jacques Faule ou Bernard Majour. Et Hervé Le Crosnier, de plus en plus rarement.

Mais voilà. Nous nous sommes repliés sur les blogs. D’autres qui n’avaient jamais posté de point de vue sur biblio-fr sont directement passé au blog. Une autre forme de vie, de débat, de circulation de l’information est apparue.

Ça fait des mois que je me dit « je vais poster un  papier sur biblio-fr ». Des mois que je ne l’ai pas fait.

C’est trop tard maintenant, et j’éprouve  une nostalgie comme celle du temps où il n’y avait qu’une seule chaîne de télévision. Biblio-fr était notre maison commune et nous voilà éparpillés entre nos blogs personnels. Voilà Pierre-Jacque Lamblin, Jacques Faule et Bernard Majour sommés de créer le leur. Comme un jour j’ai créé le mien sur le conseil d’un ami que je remercie d’ailleurs.

Je ne suis pas ravi de ce passage du pot commun aux petites tambouilles privées, si succulente et même prodigieuse que soit la soupe dans certaines. Je rêve d’un retour au collectif, puisque l’histoire sait parfois offrir des va-et-vient et repasser les plats.

Nous avons tué biblio-fr parce que nous l’avons pris pour un système de questions-réponses. C’était facile, sur le nombre d’abonnés il y en avait toujours pour répondre. Je ne suis pas de ceux qui condamnent cette pratique au motif qu’elle serait celui des paresseux. Elle est celle des ignorants, et alors ? Nous sommes tous ignorants de bien des choses. « La » profession n’est pas un groupe homogène sorti d’un cursus unique et qui devrait tenir sa langue avant de poser des questions oiseuses. Il n’y a pas « une » profession mais un carrefour, un chaos sans cesse renouvelé. Nous sommes à l’âge des systèmes de questions-réponses, dont celui de l’Enssib portant sur nos thèmes professionnels. Mais pourquoi ne pas garder, quelque part, le principe de la réponse par n’importe qui, pas seulement les spécialistes d’une institution, si qualifiée soit-elle ? Nous avons Bibliopedia (http://www.bibliopedia.fr/). C’est une partie de la réponse. Grâce soit rendue à son créateur.

Nous avons tué biblio-fr parce que nous l’avons pris pour un support d’annonces légales. Les marchés publics. Les offres d’emplois. Il existe bien le BOMP et divers autres sites pour les offres d’emplois, mais aucun n’en avait la puissance de diffusion ni la facilité de réception. Mais c’est un service, dont le modèle économique reposait sur un dévouement devenu déraisonnable.

Nous avons tué biblio-fr parce que nous l’avons pris pour un média de promotion de nos institutions et manifestations. Cela donnait bien sûr des idées aux autres de thèmes et d’intervenants mais c’était là encore en service.

Et puis, sur biblio-fr, nous avons publié nos communiqués. Associatifs, syndicaux, institutionnels. Je ne crois pas que cela l’ai tué. Il manquera un média commun qui soit aussi support de nos messages aux bibliothécaires et amis des bibliothèques.

Nous avons aussi signalé nos journées d’étude, nos colloques, nos congrès. Cela correspondait aussi à un besoin légitime. Lionel Dujol et Silvère Mercier ont fondé Calendoc (http://www.bibliobsession.net/calendoc/) il va falloir s’habituer à le nourrir et à le consulter.

Moi, ça ne me gênait pas de trier les messages sur leur objet et de n’en lire qu’un sur dix ou sur vingt. Mais Sarah, elle, devait se les fader tous, les regrouper, rejeter ceux qui devaient l’être, répondre aux messages aux modérateurs, notamment à ceux qui se considéraient comme des clients ayant des droits. Ce n’était pas raisonnable et ne pouvait plus durer.

Et puis, Hervé n’avait pas créé biblio-fr, Sarah ne l’avait pas continué, pour tous ces usages là. En matière bibliothéconomique, je me méfie énormément de la notion de détournement d’usage. Mais il ne s’agit pas là d’un service public mais d’une initiative privée, même si elle fut d’intérêt public. Il est légitime de revisiter l’effet d’aubaine que constituait biblio-fr pour un certain nombre d’usages pour lesquels il n’avait pas été créé et qui ont fini par l’envahir.

Bien des choses ont changé depuis 1993. Comme média collectif,  sans doute, comme base de connaissances assurément, la messagerie est devenue une solution archaïque, difficile à gérer pour les modérateurs comme les récepteurs, alors que nous sommes à l’âge ou les réseaux sociaux (biblio-fr en était un) disposent des outils du Web 2.0. Autant qu’ils servent, les wikis, fis RSS, nuages de tags, services questions réponse et sites de partage divers.

L’éclatement de ce que charriait biblio-fr est nécessaire parce que les fonctions étaient devenues trop divergentes (c. Cela n’e qui n’empêche pas d’en réunir l’accès, ou les adresses, quelque part)

Cela ne signifie pas que nous devons perdre tout support commun de débats. Je ne me résous pas au seul repliement sur les blogs personnels, si intéressants soient beaucoup d’entre eux. Ils ne sont d’ailleurs pas seulement des supports de débats. Le blog de du Bulletin des bibliothèques de France (http://bbf.enssib.fr/blog) joue un rôle de signalement : « sur tel blog, tel débat ». C’est déjà quelque chose.

Reste l’impressionnant travail réalisé. Je souscris à 100% au bilan que dressent Hervé et Sarah : mission accomplie. Il faut archiver et se souvenir. Je me souviens des rencontres de biblio-fr d’avril 1978 (http://biblio-fr.info.unicaen.fr/rencontres98/), et qu’Hervé dû renoncer aux secondes rencontres qu’il avait pourtant préparées. Je me souviens de tous ces débats sur biblio-fr, de ces contributions lumineuses, obscures, intéressantes, agaçantes, fouillées, bâclées, constructives, destructives. Une belle tranche de vie.

Mais la vie continue Des initiatives vont sans aucun doute surgir dans les jours qui viennent.

Merci à vous deux, à Michel Melot aussi, qui est pour quelque chose dans la naissance de biblio-fr, et bonne continuation pour toutes vos (autres) activités.

[message écrit en déplacement, sans avoir pu voir les autres, que je lirait maintenant - et posté à biblio-fr ce 6 juin 2009]

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