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Blog professionnel de Dominique Lahary, bibliothécaire

Salut à toi, Cossery !

Publié par Dominique Lahary sur 24 juin 2008

Albert Cossery vient de mourir à 94 ans à Paris dans la chambre d’hôtel où il résidait depuis 1945. Je l’avais dévoré dans les années 1970 et 80 : Les fainéants dans la vallée fertile, Mendiants et orgueilleuxLa maison de la mort certaine… Il avait arrêté l’horloge de son Caire natal à l’année 1945 pour vivre dans le pays dont il avait adopté la langue, ce que j’ai toujours eu du mal à comprendre. Il reste pour moi un des maîtres de la littérature de la dérision quotidienne, de la vie dérisoire, avec Emmanuel Bove. Le relire ? Merci en tout cas à Joëlle Losfeld de l’avoir obstinément réédité.

Salut à toi, Albert. Ta belle tête de vieillard paraît dans Libération (on voit la même sur le blog de Pierre Assouline) et Le Figaro de ce matin. Si elle était parue avant ta mort, j’aurais pu te reconnaître, à une terrasse de Saint-Germain des-Prés. Mais il est des têtes qui ne paraissent qu’après la mort. Ce ne sont pas les pires.

[Billet écrit le 23 juin 2008 et publié le 24]

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Chic, l’ABF s’hybride !

Publié par Dominique Lahary sur 21 juin 2008

Belle initiative au congrès de l’ABF à Reims (12-15 juin) : le stand de la commission Bibliothèque hybride, et sa fine équipe de biblioblogueuses et biblioblogueurs, n’a pas désempli pour initier au Web 2.0 et a tenu un blog qui a rendu compte quasiment en temps réel du congrès, avec mise en ligne immédiate des présentations et comptes rendus tapés à la volée. Le résultat : un congrès plus accessible que jamais sur http://abfblog.wordpress.com/ (voyez la page Programme).

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Ma main à couper que la bibliothèque est communiste

Publié par Dominique Lahary sur 21 juin 2008

Mercredi matin 18 juin, alors que la ministre de la Culture allait présenter au Conseil des ministres le projet de loi Olivennes ou Hadopi, rebaptisée Création et Internet, j’entends deux commentaires à la radio :

La main coupée

Sur BFM, Olivier Bomsel, dont je trouve éclairante son analyse du Gratuit marchand, même si on peut lui reprocher de ne voir que lui, répond à la question « Êtes-vous pour la coupure de l’abonnement Internet aux contrevenants ? » ceci: « Ce n’est quand même pas la main coupée aux voleurs, quand même ! » Voilà comment, en niant le fait, il l’a reconnu: la sanction prévue par le projet de loi, c’est l’équivalent de la main coupée au voleur de pomme [Podcast].

Le peer to peer, est-ce une bibliothèque ?

Un peu plus tôt, Bernard Maris sur France Inter, rappelle que des éduteurs voulaient taxer le prêt de livre en bibliothèque et dit que s’attaquer au téléchargement c’est comme s’attaquer aux bibliothèques. les emprunteurs/téléchargeurs sont aussi des acheteurs, dit-il en substance.

01.net avait le 12 juin fait les gorges chaudes dans son billet intitulé Les ex-communistes suédois veulent légaliser le piratage ; « Le partage de fichiers, c’est un peu comme les bibliothèques publiques. Il fallait oser la comparaison. Le Swedish Left Party (ex-parti communiste suédois) n’a pas hésité à faire le rapprochement. »

J’avais lu une remarque de ce genre en pleine bataille de la loi DADVSId ans le commentaire d’un internaute au billet L’avenir des bibliothèques du 1er avril 2006 du député Christian Paul sur son blog Culture numérique :

Le dimanche 2 avril 2006 à 10:30, par Benjamin Thominet
Une communauté P2P n’est-elle pas une sorte de gigantesque bibliothèque?
- c’est ouvert au public
- sans but commercial ou économique direct ou indirect
Vous voyez où je veux en venir ?

Est-ce si saugrenu ? Ça l’est si on considère le fonctionnement : politique d’offre documentaire d’intérêt public d’un côté, mise à disposition anarchique et réciproque entre internautes d’autre part. D’un côté, si l’on veut pousser l’analogie, le communiste étatique (de bas en haut). De l’autre le communisme libertaire, sans Etat.

Mais l’on se place du point de vue de l’usager, indifférent au système institutionnel, cela revient au même. cela m’avait permis, lors de la journée Image et son en bibliothèque : Bilan et perspectives à l’heure du virtuel, organisée par la CoBB et l’ACIM à Nantes le 6 avril 2006 [il faut que je mette en ligne mon support] de développer pour la première fois le thème suivant : il existe un « système bibliothèque global », dont la bibliothèque institutionnel ne constitue qu’une partie.

Olivier Bomsel, après son aveu sur la main coupée, a d’ailleurs crié au communisme. Du calme. Tout cela se passe dans un contexte d’économie marchande, mâtinée de service public et d’échange-don (comme on dit en anthropologie).

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DLL : restons groupiert

Publié par Dominique Lahary sur 5 juin 2008

[suite de mon billet du 22 avril]

Le pire n’est pas toujours inéluctable.

Ce communiqué du 28 mai 2008 nous apprend que la ministre de la Culture et de la communication « a décidé de rattacher la politique du livre et de la lecture à la nouvelle direction générale du développement des médias et de l’économie cuturelle », une des trois directions du futur organigramme du ministère.

Ainsi les services ne seraient pas dispersés. Le maintient de cette unité est une bonne chose. Nous verrons bien si l’Etat continue à avoir la structure administrative lui permettant d’avoir une vision stratégique des problématiques du livre d’une part, de celles des bibliothèques d’autre part.

Dans son intéressant article « La fin de la DLL : un deuil lucide » (BIBLIOthèques n°38, mai 2008), Dominique Arot, Président de l’ABF, pose « les vraies questions », : la persistence d’une véritable politique nationale, la production de statistiques, le potentiel d’expertise et de regards transversaux qu’apporte l’Inspection générale des bibliothèque . Prenant acte de la réduction du périmètre d’intervention de l’Etat central, il en appelle à la responsabilité de l’ABF, ce en quoi je le rejoins, tout en diversifiant la référence aux associations, parmi lesquelles l’ABF est naturellement appelée à jouer un rôle irremplaçable.

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Les deux jambes de la bibliothèque

Publié par Dominique Lahary sur 30 avril 2008

Médiadix a organisé 15 avril 2008 une journée d’étude sur le thème Désherbage et conservation partagée. Son directeur Christophe Pavlidès m’a proposé le titre Désherber sans détruire pour une intervention motivée par ce message sur biblio-fr du 17 septembre 2007 que j’ai commenté ici. J’ai eu le plaisir d’entendre Claudine Liebert, inventeuse avec Françoise Gaudet du terme « désherbage » au sens où l’entendent désormais les bibliothécaires, et François Ossent, de la (bienvenue) réserve centrale des bibliothèques de la ville de Paris (compte rendu par Liber, libri - je n’étais pas là l’après-midi).

Dans ma présentation, j’ai repris l’argumentaire pro-désherbage et ce qui le rend scandaleux, surtout aux yeux des non bibliothécaires : la sacralisation de l’objet livre (tandis qu’on n’est pas choqué d’utiliser un CD comme sous-tasse où pour éloigner les oiseaux d’un cerisier). Mais « un livre n’est pas un livre » : ne confondons pas  :
- l’exemplaire physique,
- telle édition particulière dont l’exemplaire physique est un clone parmi les clones,
- l’œuvre, qui est immatérielle.

Puis j’ai plaidé pour une gestion en réseau de la destruction (détruire ne devrait pas être une décision locale) et donc pour une conservation organisée, permettant aux titres qui le méritent de survivre à la raréfaction des demandes par une raréfaction des exemplaires sans disparition totale. Ce que je représente par l’image (détournée) de la longue traîne.

J’en déduisais une nouvelle conception de la conservation : non plus seulement pour l’avenir ou pour les chercheurs, mais aussi pour le grand public, ici et maintenant. Une conservation pour le prêt, avec deux logistiques selon la largeur et la fréquence des flux : la navette et la poste.

Pour finir, j’ai repris l’expression « Les deux jambes de la bibliothèque » utilisée dans mon article Pour une bibliothèque polyvalente  paru dans le Bulletin d’informations de l’ABF n°189, 2000 : « Pourquoi ne pas reconnaître que la bibliothèque marche sur deux jambes, et que l’acquisition d’ouvrages ne relevant pas de la prescription correspond aussi et pleinement à ses

missions ? » Mais j’ai fait glisser le sens de cette expression.
La jambe droite, c’est la bibliothèque visible (et non la collection, dont une partie n’est pas sous les yeux). La gauche, la bibliothèque invisible mais pourtant à disposition : ce qui est sorti, ce qui est en réserve, ce qui est ailleurs et qui peut venir grâce au PEB.

 

Jambe gauche
La bibliothèque invisible

Jambe droite
La bibliothèque visible

Public

Je sais ce que je veux

Je viens fouiner

Service

La gestion des demandes

La mise en espace

Démarche

Répondre à la demande

Prescrire

Les caractéristiques des bibliothèques visibles et invisibles diffèrent considérablement :

Jambe gauche
La bibliothèque invisible

Jambe droite
La bibliothèque visible

Indépendant de la surface

Dépend de la surface

Grandes quantités

Pas trop de quantité

Présentation indifférente

Présentation aérée

Préservation

Renouvellement

Pas de surprise

La surprise comme épice

 

Un mot sur la prescription : elle est plus efficace dans la bibliothèque visible (comment promouvoir ce qu’on ne met pas sous les yeux ?). Cela ne veut pas dire qu’il ne faille y faire que de la prescription : « Si quiconque, entrant dans une bibliothèque, n’y décèle rien qui lui soit déjà familier, alors il lui est signifié, j’ose dire avec violence, que cet endroit n’est pas pour lui » écrivais-je dans Pour une bibliothèque polyvalente. Mais c’est là qu’on peut offrir le piment de la surprise. Au fond des réserves ou sur les rayonnages des autres bibliothèques accessibles par le PEB, n’est demandé que ce qui est explicitement désiré.
Cette jambe gauche, finalement, c’est bien la longue traîne.
Cette vision d’un service bibliothèque marchant sur deux jambes fonctionne naturellement d’autant mieux en réseau. La bibliothèque ce peut être, au-delà que la seule collection locale attachée au lieu qui la voit naître indéfiniment, des fonds tournants. La bibliothèque invisible, c’est une réserve centrale mais aussi les autres bibliothèques accessibles part le PEB. Ainsi est dépassée la malédiction quantitative qui veut qu’en de petits lieux on ne satisfait pas les demandes trop spécialisées. Ainsi peut être réalisée « cette idée essentielle selon laquelle les besoins [sont] partout qualitativement identiques » (Michel Bouvy, « Une revue professionnelle de combat : Médiathèques publiques », in : Mémoires pour demain : Mélanges en l’honneur de Albert Ronsin, Gérard Thirion, Guy Vaucel. - Paris : Association des bibliothécaires français, 1995).
Ce modèle vaut pour la bibliothèque physique, la bibliothèque des documents physiques, à laquelle je crois toujours. Je ne sais s’il peut s’appliquer à la bibliothèque numérique. Sur un écran, la surface d’exposition est limitée. On ne peut pas montrer grand chose mais on peut chercher beaucoup : la jambe droite est minuscule, la gauche est immense.
Et puis il y a naturellement les fonctions non documentaires de la bibliothèque, à commencer par celles du lieu. Mettons que c’est le tronc.

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La bibliothèque vous en donne moins ?

Publié par Dominique Lahary sur 22 avril 2008

En cette époque où l’on cherche la « valeur ajoutée » de la bibliothèque parce qu’elle se trouve concurrencée comme agent de diffusion, je suis frappé par certains discours professionnels qui aboutissent à défendre… la « valeur diminuée. »

L’insistance sur la sélection, comme geste bibliothécaire, très souvent défendue dans une logique auto-justificative (« on a envie de… », « notre métier c’est de… »), peut tourner à la justification du « moins ». Rappelons-nous que notre désir n’est pas la mesure de notre utilité publique.

Ainsi, les fournisseurs numériques auxquels nous pouvons avoir à faire preuvent nous proposer des catalogues entiers, quand notre atavisme nous commande de choisir titre par titre. Sans ce choix, notre travail ne vaudrait rien et nous n’aurions pas de politique documentaire.

Ainsi, il faut que la bibliothèque vous en donne moins pour exister.

C’est à mon avis ne rien comprendre à l’ère d’abondance que permet le numérique.

La recommandation, d’accord ! celle des bibliothécaires, celle que les bibliothécaires permettent par les interfaces qu’ils mettent à la disposition du public, celles que les gens organisent comme des grands. La recommandation, c’est à dire donner quelques repères dans l’abondance autorisée.

Mais la sélection négative (je ne fournis que ce que j’ai sélectionné), dans un contexte d’abondance, c’est ramer à contre-courant avec une petite cuillère. La sélection titre par titre quand on peut avoir tout forfaitairement, c’est de la Préhistoire.

Déjà le web avait suscité dans les bibliothèques la constitution de signets dont la pire espèce était la liste de sites en dehors desquels il était interdit de naviguer. Et on a toujours l’occasion d’avoir honte de certains web de bib. Je crains que ce type de réaction ne perdure au fur et à mesure que la société numérique se développe.

La bibliothèque de la rareté existe toujours, elle est facile à comprendre. La bibliothèque de l’abondance, nous avons à la construire. Elle n’est pas aisée à concevoir. Mais je ne crois pas que nous ayons le choix.

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Nous voilà nus face à l’Etat

Publié par Dominique Lahary sur 22 avril 2008

Il n’y a plus de DLL au numéro que vous avez demandé.

Le 17 avril, la nouvelle qu’on attendait est tombée : le ministère de la culture n’aura plus de direction du livre et de la lecture. Il n’aura plus que trois directions (patrimoine, création et diffusion, médias et économie culturelle) et le travail de la défunte direction a si peu présidé à la genèse de la nouvelle organisation qu’elle « fera l’objet d’une réflexion complémentaire ».

Le communiqué du ministère précise toutefois que « L’ensemble des professionnels de la culture et de la communication conserveront au sein de chaque direction générale des interlocuteurs sectoriels clairement identifiés ».

C’est une rupture radicale. C’est (presque) la fin d’une présence corporative des bibliothécaires au sein de l’appareil d’Etat.

Longtemps la politique de l’Etat en matière de développement des bibliothèques s’est appuyée sur la présence dans les directions ministérielles de bibliothécaires de profession qui ont proposé des orientations et travaillé à leur mise en oeuvre.

Aurions-nous eu sans cela l’ordonnance de 1945 créant les bibliothèques centrales de prêt ? Aurions-nous eu le « comité interministériel pour la lecture publique » lancé en 1966 par le Président Pompidou ? Aurions-nous eu la grande direction du livre de 1982 et des années suivantes, avec le grand directeur du livre Jean Gattégno ? Cette présence ne fut bien sûr pas tout, mais ces grandes impulsions sont nées de la réaction chimique permise par la rencontre d’une volonté politique et d’une expertise.

Cette présence a permis une continuité dans la politique de l’Etat, avec ses impulsions, ses dispositifs de financement, ses dispositifs de collecte de statistiques et d’évaluation.

Aujourd’hui se pose la question de ce que va survivre de tout cela. N’attendons pas de l’Etat une pensée sur les bibliothèques. L’Etat stratège ne sera pas stratège de ce qu’il réduit à un « secteur ». Mais exigeons au moins ce pour quoi l’Etat est mieux placé que les autres – les statistiques nationales, c’est un minimum. Les études prospectives, c’est indispensable (rappelons-nous l’enquête du Credoc). Et suscitons des politiques sectorielles : les constructions, le patrimoine écrit, la numérisation… - il y aurait aussi beaucoup à dire sur ma musique et le cinéma. Et les bibliothèques numériques, qui les coordonne ? Et la BnF, et la BPI, qui les missionne pour les politiques nationales ? Et l’Inspection générale des bibliothèques, ultime rrempart de l’unité des bibliothèques, qui la saisit et dans quel but ?

Sur le temps long, une longue décadence bien sûr. Démantelant en 1975 la DBLP (Direction des bibliothèques et de la lecture publique), l’Etat se privait d’une cellule de politique unifiée en matière de bibliothèque, avant de faire mine de compenser ce manque de 1989 à 2001, par l’existence du Conseil supérieur des bibliothèques.

Bien sûr, la DLL n’est pas la seule victime de la réforme. A la trappe, les archives, la musique et la danse, les musées. Tout cela est remouliné en trois concepts, quand chacun de ses domaines ressortit à la fois au patrimoine, à la création, à la diffusion, à l’ »économie culturelle. La structure crée la pensée. Que pensera l’Etat ? Il faudra en tout cas, plus que jamais, lui donner à penser, exister face à lui, assumer une continuité que, dans son organisation, il s’apprête à ne pas voir..

Le communiqué en fait l’aveu : « le rattachement des missions de la direction du livre et de la lecture, qui touchent à la fois au patrimoine, à la lecture publique et à l’économie du livre, fera l’objet d’une réflexion complémentaire ». Autrement dit : la cohérence ce des missions n’a en rien présidé à la réorganisation du ministère, et on bricolera après coup pour caser les quelques fonctionnaires encore chargés de ces dossiers.

Lors des rencontres de l’ACIM des 31 mars et 1er avril , j’avais tenté de répondre, en m’exprimant à titre personnel, à la question « Les associations professionnelles peuvent-elles peser sur les pouvoirs exécutif et législatif ? » [textediaporama ]. Je me préparais en quelque sorte à cet évènement attendu en plaidant pour la relation politique aux cabinets ministériels et aux parlementaires.

Nus mais pas abattus.

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Parités

Publié par Dominique Lahary sur 8 mars 2008

Le 8 mars 2008, à la veille d’importantes élections (municipales et cantonales), les médias traitent de la parité en politique. Et la parité en bibliothèque ?

Il ne s’agit pas bien sûr de prôner un équilibre des genres dans les équipes (encore qu’une certaine mixité, et pas seulement des genres, y soit utile), mais plutôt de s’interroger sur les postes de direction et de responsables associatifs ainsi que sur le genre des intervenants dans les journées d’étude et congrès, des auteurs des articles dans la presse professionnels et des messages (de fonds) dans les listes de diffusion… et finalement des biblioblogueurs.

Le constant est sans appel : c’est calamiteux ! Les hommes sont surreprésentés dans les postes de direction de collectivités importantes (c’est le fameux «plafond de verre», qui ne peut tout de même être absolu étant donné la l’écrasante proportion de femmes dans les équipes). Ils monopolisent une grande partie de la parole publique professionnelle.

La véritable parité à atteindre pour nous dans ces fonctions visibles, ce serait quelque chose comme 80/20. Atteindre 50/50 serait déjà un progrès, et nous n’y sommes pas ! J’ai encore le souvenir cuisant d’une journée d’étude sur l’intercommunalité, organisée à la BPI par l’ADBDP et l’ADBGV le 5 octobre 2004, qui avait vu se succéder à la tribune 23 orateurs … dont une seule femme ! (certes les orateurs n’étaient pas tous bibliothécaires, il y avait aussi des élus et des universitaires, mais ce n’est pas une raison).

Il m’arrive parfois d’être pris comme bibliothécaire pour une femme, à cause de l’ambiguïté de mon prénom - malgré l’indiscutable genre de l’abominable Saint Dominique qui, sur les cendres fumantes de la croisade des albigeois, mena le travail idéologique une fois la besogne militaire accomplie. Je suis bien désolé de contribuer à aggraver le quota.

Je ne pense pas du tout qu’un numerus clausus soit indiqué, bien qu’en tant que citoyen je constate que les lois sur la parité ont un peu atténué les déséquilibres dans la représentation politique. Mais la proportion des genres AFFICHÉS par notre profession est un symptôme. Il y a encore du travail !

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Lire, est-ce comme comme respirer ?

Publié par Dominique Lahary sur 7 mars 2008

« Lire, comme respirer, est une fonction qui nous définit ».

Cette phrase dite par Alberto Manguel, Président du jury du Prix Inter 2008, passait ces dernière semaines sur France-Inter. Je reconnais naturellement à l’écrivain de la lecture, qui fut le lecteur de Jorge Luis Borges, le droit de le penser et de le dire. Faut-il la reprendre à notre compte en tant que bibliothécaire ? Je pense le contraire. 

Alberto Manguel écrit sur la bibliothèque (La bibliothèque la nuit, Actes-Sud, 2006). Il est volontiers invité dans les bibliothèques. Lisez la belle intervention qu’il donna au congrès de Paris de l’ABF en 2006 et modestement titrée La bibliothèque hier, contre-pied du titre du congrès : La bibliothèque demain : « Je suis conscient que vous avez, vous autres bibliothécaires, la tâche difficile de réfléchir à ce que seront nos bibliothèques dans les temps à venir. Mais moi, en tant que lecteur, je ne suis pas équipé pour aborder le sujet de l’avenir ». 

Non, lire n’est pas comme respirer, car tout homme respire et tout homme ne lit pas. Dans l’histoire de l’humanité, la plupart des hommes n’ont pas lu. 

Certes, le mot lire est piégé. On le cantonne souvent au papier, contre les écrans ; au livre, contre le périodique, l’affiche, les signalisations diverses ; au roman, contre le documentaire ; à la littérature légitime ou lettrée, contre toutes les autres. Mais quel que soit le sens donné à ce mot, dans l’histoire de l’humanité, la plupart des hommes n’ont pas lu et aujourd’hui encore une immense proportion ne lit toujours pas. 

Est-ce que tous ces hommes n’ont pas respiré, ne respirent pas ? Non bien sûr. Ont-il été, sont-ils, sans richesse culturelle ? Evidemment non.

Il me semble important, quand on est bibliothécaire, de ne pas faire de la lecture, aux sens les plus extensifs ou lkes plus resctrictifs, l’alpha et l’omega de l’humanité. Grâce à la lecture, et donc aux bibliothèques (ou aux librairies, ou à quiconque prête ou donne à lire), des gens accèdent à une part d’humanité qu’ils n’auraient jamais atteinte. D’autres y accèdent sans lecture. 

Pour autant que nous soyons une profession du livre (ce qui est réducteur), nous ne sommes dépositaire d’aucune voie unique d’accès à je ne sais quel salut. Il me semble utile de poser cela, d’abord.

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Un métier hybride à la carte

Publié par Dominique Lahary sur 30 janvier 2008

Le 26 novembre 2007, le groupe Paris de l’ABF organisait une journée d’étude intitulée Bibliothèques hybrides, bibliothèques à la carte : quel impact sur l’organisation et le fonctionnement ? dont les présentations sont publiées. Je suis intervenu sur le thème Un métier hybride à la carte ? De l’idéologie professionnelle au recrutement.

J’y propose de ne plus considérer la constitution, le traitement et la mise à disposition de la collection locale comme le centre de la culture professionnelle. Je plaide également pour une diversification des profils et métiers dans les bibliothèques.

J’ai eu plaisir à citer cette phrase d’Alain Caraco, qu’il m’avait glissée oralement lors d’une rencontre, et qui a reproduit par Livres-Hebdo n°714 (décembre 2007) puis Bibliobsession :

«Les ressources numériques externes ne sont pas une partie de nos collections. Ce sont nos collections qui sont une partie des ressources que nous mettons à la disposition des étudiants.»

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