La bibliothèque vous en donne moins ?
Publié par Dominique Lahary sur 22 avril 2008
En cette époque où l’on cherche la « valeur ajoutée » de la bibliothèque parce qu’elle se trouve concurrencée comme agent de diffusion, je suis frappé par certains discours professionnels qui aboutissent à défendre… la « valeur diminuée. »
L’insistance sur la sélection, comme geste bibliothécaire, très souvent défendue dans une logique auto-justificative (« on a envie de… », « notre métier c’est de… »), peut tourner à la justification du « moins ». Rappelons-nous que notre désir n’est pas la mesure de notre utilité publique.
Ainsi, les fournisseurs numériques auxquels nous pouvons avoir à faire preuvent nous proposer des catalogues entiers, quand notre atavisme nous commande de choisir titre par titre. Sans ce choix, notre travail ne vaudrait rien et nous n’aurions pas de politique documentaire.
Ainsi, il faut que la bibliothèque vous en donne moins pour exister.
C’est à mon avis ne rien comprendre à l’ère d’abondance que permet le numérique.
La recommandation, d’accord ! celle des bibliothécaires, celle que les bibliothécaires permettent par les interfaces qu’ils mettent à la disposition du public, celles que les gens organisent comme des grands. La recommandation, c’est à dire donner quelques repères dans l’abondance autorisée.
Mais la sélection négative (je ne fournis que ce que j’ai sélectionné), dans un contexte d’abondance, c’est ramer à contre-courant avec une petite cuillère. La sélection titre par titre quand on peut avoir tout forfaitairement, c’est de la Préhistoire.
Déjà le web avait suscité dans les bibliothèques la constitution de signets dont la pire espèce était la liste de sites en dehors desquels il était interdit de naviguer. Et on a toujours l’occasion d’avoir honte de certains web de bib. Je crains que ce type de réaction ne perdure au fur et à mesure que la société numérique se développe.
La bibliothèque de la rareté existe toujours, elle est facile à comprendre. La bibliothèque de l’abondance, nous avons à la construire. Elle n’est pas aisée à concevoir. Mais je ne crois pas que nous ayons le choix.
23 avril 2008 à 17:24
Gérer les accès à une abondance de ressources disponibles ne nous dispense pas heureusement du travail de médiation, de recommandation (”indiquer où sont les trésors” selon l’expression d’Hannah Arendt), même si dans ce domaine, il faudra partager cette activité avec d’autres acteurs et partenaires, à commencer par les usagers eux-mêmes.
24 avril 2008 à 1:06
A propos de recommandation… Ayant recemment redige une serie de bibliographies selectives (justement) et commentees, j ai pu constater a mon grand desarroi a quel point ma municipalite considerait ce travail a sa juste valeur. Car si autorisation m a ete donnee d imprimer et de distribuer ces catalogues, ce fut imperativement… en noir et blanc par souci d economie. Les usagers apprecient pourtant cet outil (les ouvrages concernes s empruntent comme des petits pains) mais fustigent avec raison son aspect terne et peu engageant, une valeur diminuee a la valeur ajoutee en quelque sorte. En terme de communication, les esprits chagrins pourront assimiler cela a du sabotage pur et simple.
(Mes excuses pour la forme, mon clavier a recemment pris des couleurs anglo-saxonnes)
24 avril 2008 à 2:03
(C’était un peu hors sujet, désolé)
Concernant la mise en place d’une offre numérisée et quasi exhaustive, j’aurais tendance à penser que la BNF aurait, plus que les bibliothèques municipales, un rôle majeur à jouer dans un éventuel projet de licence global de bibliothèque. Peut etre pas à court terme, mais qui sait.
24 avril 2008 à 13:21
A Médiamus : je ne dis pas le contraire dès l’instant que nous ne prétendons pas être seuls juges de ce qui est trésor.
A Discobloguons : Dans la mesure où une bibliographie est utile (elle peut l’être - ou pas) il est naturellement contreproductif et tout à fait désolant de la présenter de façon austère. Il va falloir un peu de temps pour que la bibliothèque soit reconnue comme lieu de recommandation plutôt que de diffusion.
Concernant l’exhaustivité (je ne parlais pas d’exhaustivité de la production en général pais de catalogues entier, c’est une des logiques des fournisseurs numériques, voyez ceux qui fournissent en périodiques scientifiques en ligne les BU), je ne crois pas à court terme à la BnF qui est bien placée pour fournir une bibliothèques numérique de libre accès, mais a adopté le “modèle librairie” pour fournir les oeuvres sous droit :
http://www.bnf.fr/pages/zNavigat/frame/bibliotheque_numerique.htm (la main est passée aux doffuseurs commerciaux si on veut lire l’ensemble de l’oeuvre)
cf. le rapport de Denis Zwirn “ETUDE EN VUE DE L’ELABORATION D’UN
MODELE ECONOMIQUE DE PARTICIPATION DES EDITEURS LA BIBLIOTHEQUE NUMERIQUE EUROPEENNE (EUROPEANA)”
http://www.bnf.fr/pages/catalog/pdf/EUROPEANA-NUMILOG2007.pdf
et son résumé
http://www.centrenationaldulivre.fr/IMG/pdf/RESUME_EUROPEANA_NUMILOG2007.pdf
Il faut bien voir que nous avons des usagers, qui ne sont pas ceux de la BnF. je m’imagine que la présenvation d’une logique d’accès aux usagers des bibliothèques territoriales (et des autres) est une bonne chose en ce qu’elle préserve un lien.
Tout ceci vaut tant que et dans la masure où les oeuvres ne circulent pas totalement librement, sans limitation nio paiement ni bridage des fichiers, ce que permet le piratage et que permettra peut-être (nous n’en savons encore rien) un autre modèle économique, celui de l’abondance (apparemment) gratuite.
24 avril 2008 à 18:18
Dominique Lahary : J’avais pris la résolution de répondre dans le détail - et avec toute la pondération et la pédagogie dont je suis capable - à votre texte, écrit (une fois de plus) sans réfléchir. Et puis je me suis dit qu’on ne s’adresse pas à un homme de votre âge comme à un enfant. Oui, chez l’adulte, la bêtise décourage. N’avez-vous pas honte de rabâcher tant d’inepties ? Allez-vous enfin vous décider à penser et non plus vous complaire dans les poncifs et les niaiseries libérales ? Escomptez-vous que ces conneries se transforment en vérités, à force de matraquage ? (Il est vrai qu’il y a de exemples historiques.) Si vous voulez, je peux vous “prescrire” une bibliographie (si vous lisez encore). Enfin, ceci : “valeur ajoutée”, “contreproductif” : avez-vous perdu toute dignité, tout sens de l’honneur ? Un conseil : arrêtez les stages de management.
JPH
24 avril 2008 à 19:30
Eh bien, nous n’avons pas le même avis. Ces espaces servent à la discussion. Ou à l’expression des incopréhensions réciproques. Bien cordialement.
29 avril 2008 à 7:13
Je dois avouer que je ne comprends pas grand-chose à votre charabia. Vous arrivera t’il un jour de parler comme tout le monde, à défaut de parler à tout le monde ?
“En cette époque où l’on cherche la « valeur ajoutée » de la bibliothèque parce qu’elle se trouve concurrencée comme agent de diffusion” ? Qui nous concurrence dans nos missions ? Pourquoi est-ce que sélectionner c’est se justifier, pourquoi ne pas dire plus simplement que cest une pratique de base pour rester cohérent par rapport à une politique documentaire, agrémentée d’un sain regard sur les attentes publiques ? Je ne peux fournir que ce que j’ai sélectionné, idem pour la recommandation. Et pourquoi notre “désir” (on a envie de…)serait négatif ? Dois-je vous rappeler la table ronde au Salon du livre, portant sur la personnalisation ou non du service, rapportée dans L-H par un article intitulé precisement “Le désir du bibliothécaire” “Pour les intervenants, Emmanuelle Payen (BPI), Bernard Huchet (BM de Caen)et Dominique Arot (BM de Lille et président de l’ABF), la bibliothèque n’est plus cet espace silencieux ou le livre attend le lecteur mais un lieu de vie et d’action culturelle, où doivent s’exprimer la personnalité et le désir du bibliothécaire . Pour Bernard Huchet : ” trop de manifestations sont déléguées par les bibliothécaires à des pertsonnes jugées compétentes. Le bibliothécaire doit être présent et s’approprier les actions culturelles afin de reprendre en main l’image de la bibliothèque et la marquer de sa griffe”.
Fin de citation.Personnalité, désir, griffe, c’est clair, non?
Et puis c’est compréhensible. Votre discours est de plus en plus étheré monsieur Lahary, de moins en moins ancré dans le réel. Vous vous complaisez dans des démonstrations personnelles dont vous définissez les tenants et les aboutissants. Vous tournez en rond et ronronnez de plaisir démonstratif. Avec, comme le souligne le collègue Herbien, une inquiétante propension à utiliser un langage de manager. Comptez-vous écrire un manuel de coaching pour bibliothécaires attardés ?
En matière de numérique chaque bibliothèque fait ce qu’elle peut pour suivre le mouvement, à son rythme, avec ses moyens en personnels et en materiels, avec ses élus et ses publics. Si vous sortiez un peu de vos collogues voir comment vos collègues de base travaillent (avec désir)et dans quelles conditions ils le font parfois, ça vous ferait un bon stage de remise à niveau, coach! Lahary est une mongolfière qui lance des tracts de toutes les couleurs sur des foules en délire…
29 avril 2008 à 12:06
Est-ce qu’un rôle de la bibliothèque, en plus de chercher à faciliter l’accès à l’abondance, ce ne pourrait pas être aussi de présenter la culture générale ? Entendue dans un sens dynamique : des documents et oeuvres qui me permettent de m’introduire dans les différents savoirs et arts.
Ca me semblerait une recommandation plus intéressante que celle du désir individuel du bibliothécaire, même si tout aussi sujette à subjectivité.
29 avril 2008 à 18:59
Réponse à MD :
Non seulement je comprends ce qu’écrit Dominique Lahary, mais en plus je perçois clairement les enjeux des problèmes qu’il pose, enjeux qui conditionnent l’avenir des bibliothèques grandes ou petites… Je ne passe pourtant pas ma vie dans les colloques.
Aussi je le remercie de persévérer dans sa réflexion, très pratique et non pas “éthérée”, et dans le partage de cette réflexion.
Quant à parler comme tout le monde, la belle affaire ! En quoi cela fait-il avancer quoi que ce soit ?
29 avril 2008 à 21:16
Au prénommé Souchu. Vous appelez “réflexion” ce qui n’est qu’une compilation de poncifs et - sauf le respect que je dois à D. Lahary - d’imbécilités dans l’air du temps, comme on dit de ces “vérités” qui font, à un moment donné, l’opinion. Que des gens comme lui, mais aussi Jean-François Jacques, Poissenot, Giappiconi, Bazin, Pansu, etc., passent pour des penseurs, est un bon “indicateur” (comme disent nos coachs - merci MD) du niveau de la réflexion dans le métier. Que des gens comme vous, peu exigeants, les intronisent, c’est affligeant. Mais reconnaissons qu’ils ne doivent leur fortune qu’à notre propre incurie : ceux qui, comme moi, leur permettent d’occuper le terrain sans être en mesure d’opposer à leurs niaiseries un discours digne et substantiel, ne valent guère mieux. On a donc les “penseurs” qu’on mérite.
“Parler comme tout le monde” ne fait rien avancer, c’est sûr. Mais la novlangue managériale, ça fait avancer quoi, à votre avis, hormis la cause et le compte en banque des “consultants” en charge de l’inculquer aux bibliothécaires ; voulez-vous me le dire ?
JPH
30 avril 2008 à 15:55
@ Jean-Philippe Herbien
@ MD
@ Anonyme
Ce que moi je trouve incompréhensible c’est la violence des propos. Personne n’est obligé d’être d’accord avec Dominique Lahary, ce blog est précisément un lieu pour débattre. Si vous avez de bonnes raisons de dire que (pour reprendre les exemples que donne Dominique) les bibliothèques ne doivent pas laisser un accès libre à Internet mais proposer uniquement une liste de signets et bien donnez les donc et qu’on en discute !
Dominique donne des arguments (peut-être contestables). Quels arguments opposez-vous ?
Quant à la “novlangue managériale”, là j’ai du mal à suivre. Je prends un petit Larousse de 1994 et je trouve :
“valeur ajoutée” : différence entre la valeur d’une production et celle des consommations ayant servi à la réaliser.
Ce terme s’applique parfaitement à une bibliothèque qui PRODUIT un service et CONSOMME des ressources. Le service rendu par les bibliothèques est supérieur à ce qu’elles consomment pour le produire : c’est leur valeur ajoutée. C’est assez simple, et ça n’a rien à voir avec du management.
“Contre-productif” : Qui produit le contraire de l’effet escompté.
Alors c’est vrai ? On n’a plus le droit d’utiliser ces mots ?? Pourriez-vous donc proposer des synonymes “politiquement corrects” ?
30 avril 2008 à 16:22
Quentin Chevillon. J’ai dit plus haut que la bêtise décourageait. Je ne vais donc pas perdre mon temps à répondre à vos insanités (un exemple quand même : l’usage récurrent de l’expression “politiquement correct” par ceux qui, comme vous, semble-t-il, oeuvrent à la domestication managériale des bibliothèques, a de quoi faire sourire). Je vous prescris donc - moi qui n’ai pas renoncé à exercer dignement mon métier - la lecture de l’ “Essai sur la bêtise” de Michel Adam, un ouvrage sur les limites de la pensée où l’on apprend beaucoup sur soi. Bonne lecture et on en reparle après, OK ?
JPH
30 avril 2008 à 17:52
Une fois pour toute : je ne réponds pas aux attaques personnelles ni bien sûr aux appréciations qualitatives sur ce que j’écris. Libre à chacun d’apprécier… ou de ne pas lire. Cela ne vaut bien sûr pas approbation tacite des suppositions avancées relatives aux influences que je subirais (les stages de management, les consultants…) où à mes positions idéologiques. Je n’y reviendrai plus.
30 avril 2008 à 19:03
Je sais : aux “attaques personnelles”, vous préférez les attaques collectives, celles qui consistent, par exemple, à insulter une partie de la profession ; vous savez : les incurables imbéciles que sont les bibliothécaires qui ne communient pas dans les nouvelles règles du jeu libéral. Pour le démontrer, il me faudrait tirer un florilège de vos innombrables prises de position. Bien sûr, on n’y trouve jamais de “gros mots” ; juste des insinuations, des sous-entendus, de l’ironie pour brocarder ceux qui “ne comprennent pas”, ceux qui sont enfermés dans la “tradition”, prisonniers des “mythes” et des “tabous”. C’est la force de ceux qui sont, comme vous, en position de dicter ce qui faut penser (si l’on peut dire…) que de n’avoir pas besoin d’agresser ouvertement. Vous et vos semblables êtes violents ; mais il s’agit d’une violence “douce”, institutionelle, euphémisée comme dit un auteur que vous citez parfois sans l’avoir jamais lu. Moi, j’appelle un chat un chat et je prends à partie des personnes, non pas des collectifs anonymes. C’est plus digne. J’abrège, car ça suffit comme ça : vous ne cessez d’appeler au “débat”. Mais où est-il le débat ? La lutte à fleurets mouchetés autour de questions étroitement techniques et sans enjeu : voilà votre conception du “débat”.
JPH
30 avril 2008 à 21:04
Les attaques, personnelles ou non, argumentées ou non, dont est victime Dominique Lahary, peuvent peut-être tout simplement se traduire par l’expression “c’est la rançon de la gloire”. D. Lahary est exposé, et s’est exposé maintes fois, au sein de la profession, au point probablement de constituer à lui-seul, qu’il le veuille ou non, une des figures emblématiques de cette profession. Et l’une de celles qui s’exprime le plus en dehors de cercles plus confidentiels, ce qui constitue en soi un risque. Or la profession est en crise, notamment crise de représentativité, et va tout naturellement chercher ses boucs émissaires vers ceux de ses élites qui sont/furent à un moment donné le plus sur le devant de la scène. Et qui, de par cette position, étaient plus ou moins tenus d’avoir des discours assez consensuels, ce que semble lui reprocher finalement Anonyme/JPH . Le discours consensuel n’est pas nécessairement creux mais en période de crise il agace. C’est peut-être aussi simple que cela.
Ceci dit il y a une nuance entre être représentatif et être en représentation…Je ne trancherai pas là-dessus.
1 mai 2008 à 11:58
[...] est-ce une raison pour se maudire les uns les autres et se vomir dessus par blogs interposés ? Un directeur de BDP qui ne dirait que des conneries dans l’air du temps… un responsable de la documentation [...]