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Blog professionnel de Dominique Lahary, bibliothécaire. Mes propos n'engagent que moi.

Missions, fonctions, politiques publiques : pour une bibliothèque non unidimensionnelle

Publié par Dominique Lahary le 6 janvier 2009

On parle volontiers des missions des bibliothèques. Ces missions sont ce à quoi « on » veut que servent les bibliothèques, dans une démarche de haut en bas.

Qui est « on » ? Ce peut être les détenteurs de la légitimité politique ou des cadres dirigeants (administrateurs, directeurs des affaires culturelles…). Mais c’est souvent le corps professionnel lui-même. Les bibliothécaires inventent ce que doit faire la bibliothèque (je ne nie pas qu’ils aient à contribuer à le définir). Cela donne des textes fort utiles : Manifeste de l’Unesco sur la bibliothèque publique, Les services de la bibliothèques publique : principes directeurs de l’IFLA-Unesco (également publié sur papier par l’ABF), Charte des bibliothèques publiée en 1991 par le défunt Conseil supérieur des bibliothèque.

A ces missions autoproclamées, j’oppose volontiers les fonctions des bibliothèques : c’est ce à quoi elles servent réellement ; en d’autres termes, c’est ce pour quoi les gens se servent des bibliothèques. Les fonctions ne se proclament pas, elles se constatent, par l’observation ou l’enquête. Et ce qu’on constate, c’est que les gens s’emparent du lieu et de ses services, au besoin en les détournant de ses missions.

Le résultat à mon sens le plus important et le plus intéressant de l’enquête du Credoc de 2005 qui a fait l’objet de ce 4 pages et de ce livre est que la tendance est à l’augmentation de la fréquentation bien plus que de l’inscription, de la durée de séjour en bibliothèque plus que de sa fréquence.

Ce que le Credoc a révélé, mais que l’observation permettait aussi de connaître, c’est un usage du lieu en partie indépendant de la mission documentaire de la bibliothèque. On a appelé « séjourneurs » ces gens qui venaient pour rester sans même utiliser les ressources documentaires, ce qui se voit dans les bibliothèques municipales ou intercommunales qui disposent de place pour ce séjour, et aussi à la BPI et à la BnF. Ce terme désignait un usage non prévu par les « missions », il exprimait son illégitimité. Acceptons plutôt le fait qu’il y a un usage par la population de ces espaces publics que sont les bibliothèques, et reconnaissons toutes les fonctions qu’elles remplissent objectivement, qu’elles soient documentaires ou non, qu’elles soient culturelles ou non.

J’avais en 2005 appelé à ce qu’à la « poldoc » (politique documentaire) s’adjoigne une « poltec » (politique des tables et des chaises), en rappelant son importance particulière pour les 15-25 ans. Je voulais dire par là que la réflexion, la littérature bibliothéconomique gagnerait à se pencher davantage sur les fonctions non documentaires et plus généralement sur les usages du lieu, qu’ils soient ou non documentaires.

Le lieu bibliothèque, ouvert à tous gratuitement, sans discrimination aucune, joue dans la ville, le quartier, le village un rôle irremplaçable. Si des gens, en particulier des jeunes, y ont recours, c’est pour y être seuls ou se retrouver à plusieurs, c’est aussi parce qu’on n’a pas forcément, au domicile familial, un « espace à soi » (comme Virginia Woolf parlait d’une « chambre à soi »), hors du bruit, du regard, du pouvoir des autres. Et ce n’est as pour rien que des gens font jusqu’à 2 heures de queue pour rentrer à la BPI, ce qui constitue une tarification par le temps.

Accepter les usages du lieu. Tous ? Pas forcément bien sûr, on peut au moins exclure les usages illégaux. C’est ici qu’interviennent les politiques publiques : intervention consciente d’une puissance publique qui alloue des ressources publiques en fonction d’objectifs. Une politique publique intelligente se déploie par va-et-vient entre application des décisions (mission) et constatation de ses impacts (fonction) qui justifient une redéfinition des missions. En d’autres termes, comme disait l’autre, une politique intelligente tient compte des réalités. Cela ne veut pas dire qui tout ce qui est constaté doit être repris obligatoirement, mais au moins, que la mission soit (re)définie en fonction des réalités.

Cette perspective nous permet de placer la bibliothèque au croisement de plusieurs politiques publiques : culturelle, éducative, sociale, politiques de la ville, etc. Elle fait de la bibliothèque un outil (parmi d’autre) au service de ces diverses politiques locales. Au-delà de la bibliothèque unidimensionnelle, qui campe sur des missions proclamées une fois pour toutes (par qui ?) et au nom desquelles on dit « ici c’est pas la poste » (contre le courrier électronique), « ici c’est pas la garderie », etc., il me semble qu’on peut définir une bibliothèque multidimensionnelle, qui réclame sans doute un mélange de métier.

Au demeurant, des textes internationaux sur les bibliothèques intègrent cette multidimensionnalité. Dans Les services de la bibliothèques publique : principes directeurs de l’IFLA-Unesco, il est un paragraphe sur Le rôle social de la bibliothèque publique qui commence ainsi : « La bibliothèque publique a un rôle important comme espace public et lieu de réunion, particulièrement dans les communautés où existent peu d’endroits où les gens peuvent se rencontrer. On l’appelle parfois "le salon de la communauté". » Cela rappelle la formule d’un collègue californien : « la bibliothèque de demain, un living room pour la cité » (voir La bibliothèque, espace physique : et après ? Françoise Danset, 2005).

Je ne suis pas du tout partisan de prendre à la légère la fonction documentaire, elle doit même à mon sens être de plus en plus efficace, grâce aux réseaux, tout en sachant qu’elle s’intègre dans un monde de l’accès totalement renouvelé par le web. Mais l’avenir des bibliothèques n’est pas seulement là. Et quand on conçoit des espaces pour de nouvelles médiathèques, on doit penser de plus en plus à faire de la place, d’avantage de place, aux gens. Ils sont les bienvenus.

Ce billet est notamment une réponse à un contradicteur de mon billet du 11 novembre Il faut qu’une bibliothèque soit ouverte ou fermée.

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16 Réponses à “Missions, fonctions, politiques publiques : pour une bibliothèque non unidimensionnelle”

  1. [...] Ainda algumas considerações sobre a definição de Biblioteca Tiago Murakami | 06.1.2009 No post Por uma definição de biblioteca tentei demonstrar a necessidade de uma nova visão do conceito de biblioteca. Acabo de ler um post ótimo do bibliotecário Dominique Lahary: Missions, fonctions, politiques publiques : pour une bibliothèque non unidimensionnelle [...]

  2. antmeyl a dit

    Décrire une opposition simpl(ist)e entre missions (bibliothèque voulue) autoproclamée (par les bibliothécaires seulement) et fonctions (bibliothèque vécue par les usagers) me semble erronée.

    Les textes que vous indiquez se focalisent effectivement sur la bibliothèque comme lieu d’accès libre au savoir, à la culture et à l’information. Nos usagers ne fréquentent pas nos bibliothèques uniquement pour cette raison. Cela ne signifie pas qu’ils ne la fréquentent jamais pour cette raison. Cette mission (accès libre au savoir, à la culture et à l’information) n’est pas seulement phantasmée par les bibliothécaires, elle répond également à l’usage que font de cet espace (matériel ou numérique) une partie de nos usagers.

    Nos usagers fréquentent nos bibliothèques également pour d’autres raison que le strict accès libre au savoir, à la culture et à l’information. La bibliothèque est également un espace de sociabilité : des gens s’y croise, s’y rencontrent, s’y donnent rendez-vous, y passent du temps ensemble. Selon votre définition, c’est une fonction. Mais plus loin vous indiquez que c’est également une mission décrite dans les principes directeurs de l’IFLA-Unesco. Là encore, l’opposition fonction/mission ne tient pas.

    Là où l’opposition peut exister, c’est dans la façon dont ces usages de la bibliothèque sont clairement définis (ou pas), mis en oeuvre et assumés (ou pas) par les bibliothèques et les bibliothécaires. Quels sont les services que nous décidons d’offrir et ceux que nous refusons, quelle place respective donnons-nous à ces usages : entre une bibliothèque publique et une bibliothèque de recherche, le poids relatifs de ces missions ne sera évidemment pas le même. Les conflits bibliothécaires/usagers naissent souvent de l’incertitude et du malentendu sur ce qu’est la bibliothèque. Et il nous (bibliothécaires) arrive parfois d’oublier des évidences.

    Pour finir, j’adhère totalement et sans restriction à votre conclusion.

  3. Anonyme a dit

    Ce que dit Antmeyl est frappé d’un bon sens qui n’est malheureusement plus partagé. On lui a substitué le fantasme (inoffensif) d’un phalanstère dédié aux plaisirs (voir l’article de J.-F. Jacques : "La bibliothèque du 21ème siècle : un paradis public ?") : un truc informe, un lieu d’autant moins propice à la rencontre et à la "sociabilité" qu’il est pensé sur le modèle du self-service.
    Quant à moi, je n’adhère absolument pas à la conclusion de Lahary, plombée par son ambiguïté et le jargon professionnel : il ne s’agit pas de ne pas "prendre à la légère la fonction documentaire" des bibliothèques mais d’affirmer haut et fort que la bibliothèque est l’un des lieux privilégiés d’acquisition du savoir, un lieu où le lecteur (et non pas l’"usager") est assuré de disposer des moyens de penser le monde. Cette "mission" ou cette "fonction" est d’autant plus cruciale que l’emprise de ce qu’on appelle la "pensée unique" rend toujours plus improbable la possibilité de penser radicalement et de se forger un point de vue autonome. Que la bibliothèque ne soit pas EXCLUSIVEMENT un lieu de savoir mais aussi de plaisir est un fait dont il faut se réjouir. Mais si elle n’est pas ESSENTIELLEMENT un lieu de savoir, elle n’est rien.
    Aimable

  4. antmeyl a dit

    Et je souscris entièrement à votre conclusion Aimable Anonyme. Mais elle ne me semble pas contradictoire avec celle de M. Lahary telle qu’il l’a formule. Je ne suis "pas du tout partisan de prendre à la légère la fonction documentaire" car je suis pour "affirmer haut et fort que la bibliothèque est l’un des lieux privilégiés d’acquisition du savoir".

    (reste à savoir ce que l’on met derrière "accès libre au savoir" : quelle gratuité et quelle liberté d’accès, quel savoir?)

    Je suis également pour faire "plus de place aux gens" (bon d’accord, je vois mal qui pourrait être contre…) dans nos bibliothèques en prenant en compte ceux de leurs besoins (et non leurs simples désirs) qui entrent dans le cadre des missions définies par nos tutelles.

    Dans le même temps, je cherche à contribuer activement à définir le contenu de ces missions.

  5. Yvonnic a dit

    Effectivement, voilà un beau discours de plus, qui ne fait qu’enfoncer des portes dont certaines sont déja ouvertes depuis plus de 20 ans! Comme il est souligné, le rapport du Credoc ne faisait que mettre en évidence des réalités bien connues sur le terrain depuis longtemps. "Le missions", illustrées par les prestigieux textes cités plus haut, n’ont jamais défini un cadre concret d’action sur le terrain. Donc des fonctions. Ils (ces textes) n’ont servi qu’à délimiter un cadre assez symbolique; Et peu de gens s’y réfèrent de fait. En réalité, non seulement il n’y a jamais eu d’opposition entre missions et fonctions, mais elles ont avancé de pair, l’aspect généraliste des unes permettant la diversité des autres. C’est une excellente chose (même si le paysage en résultant peut apparaître à présent très contrasté à certains). Et quand vous dites "Et ce qu’on constate, c’est que les gens s’emparent du lieu et de ses services, au besoin en les détournant de ses missions.",c’est d’une grande banalité. Le fait de donner à présent un nom aux "séjourneurs" ne crée pas leur existence. Cela l’officialise, tout au plus. Et la conclusion est donc bien celle-ci : Ce sont les publics, tous usages confondus, qui définissent ou définiront les fonctions des bibliothèques, et non plus les détenteurs de la légitimité politique, pas plus que les bibliothécaires. Et si la fonction documentaire doit en pâtir, elle en pâtira. Et après ? Se poser encore la question de savoir si "nous" allons accepter ou "refuser d’offrir" tel ou tel service relèvera bientôt du mythe. Comme celle de "lieu culturel". Nous gèrerons des lieux à vocation multiple, probablement à dominante sociale, qui ne tireront leur légitimité que de la réponse technique qui sera apportée à la demande exprimée. Soyons réalistes, semblez vous dire. Certes oui! Y compris pour tenir compte de ceux qui s’emparent des lieux "au besoin en les détournant de ses missions".
    Mais là encore vouys faites machine arrière dans la mème envolée : "Cela ne veut pas dire qui tout ce qui est constaté doit être repris obligatoirement".
    Effectivement, à ce moment, les gens seront les bienvenus. Exemple très concret : toute la réalité des séjourneurs dépend en priorité de la place offerte dans le lieu bibliothèque. Sans place, pas de séjourneurs.

    On ne peut qu’être d’accord avec votre texte. Mais aussi regretter son manque de fermeté et de détermination. Voire de logique. Cessons donc de faire dans l’atténué. Enlevez donc vos chaussons consensuels mous, pour une fois, et allez-y clairement en brodequins, ce sera plus facile pour vous suivre à la trace !

    "Non unidimensionnelle", décidément, j’aurai appris un truc chicos aujourd’hui, je vais ressortir ça dans mon bilan annuel…

  6. Aimable a dit

    @Antmeyl.

    Un passage du message d’Yvonnic répond à votre remarque (que je rappelle : "Et je souscris entièrement à votre conclusion Aimable Anonyme. Mais elle ne me semble pas contradictoire avec celle de M. Lahary telle qu’il l’a formule.")

    Les propositions ne sont peut-être pas contradictoires mais ce qui les inspire si :

    - de mon côté, l’affirmation d’UNE raison d’être de la bibliothèque, d’UNE vocation clairement posée par l’institution et parfaitement reçue par les lecteurs – vocation qui n’empêche pas d’autres usages ;

    - du côté de D. Lahary, une proposition invertébrée, une compilation informe de "fonctions" – de surcroît sans objet puisqu’il ne fait de redire de qui est, la situation des bibliothèques, lieux où l’on constate et où l’on encourage en effet la diversité des usages.

    Je ne connais pas vraiment l’histoire des bibliothèques ; mais il me semble que le cri de D. Lahary eût pris tout son sens à l’époque du Moyen Age finissant, époque où l’"unidimensionalité" des bibliothèques était réelle (du moins si l’on se fie du récit du "Nom de la rose").

    Aimable

  7. antmeyl a dit

    @Aimable

    On peut effectivement fonder une critique sur les intentions que vous prêtez au rédacteur ("ce qui inspire" sa proposition).

    Je préfère m’en tenir à ce que je lis. Sans prétendre à l’objectivité bien sûr. Néanmoins, je critique l’opposition qui est exprimée explicitement entre des "missions autoproclamées" et des "fonctions des bibliothèques". Cette affirmation est pour moi erronée.

    Pour le reste, je souscris à la description du nécessaire travail d’ajustement entre besoins des usagers et missions de la bibliothèque.

    Je crains néanmoins la tendance actuelle à travestir de simples désirs consuméristes enfoncées dans le crâne de nos contemporains à grand coup de publicité en des besoins essentiels qu’il convient de satisfaire vite, très vite (avant qu’ils ne changent, la mode est éphémère).

  8. anonyme a dit

    Antmeyl. Juste une remarque sur la méthode : je ne "prête" pas à Dominique Lahary des "intentions" (ce qui laisse entendre que j’extrapole abusivement, voire que je suis de mauvaise foi). J’essaie de tirer les conséquences dernières de ses propos elliptiques, de montrer que le "oui mais" (la bibliothèque est ceci mais il ne faut pas oublier qu’elle est aussi cela, etc) ne constitue pas une réflexion utile mais juste un préalable à une réflexion soucieuse de déboucher sur la compréhension. Lorsqu’on en reste là, au ceci-cela, on ne dépasse pas le constat de ce qui est, ce qui équivaut à une justification molle, qui ne dit pas son nom, de l’ordre des choses (on est donc loin de la "pensée dialectique" – une expression fétiche de D. Lahary -, qui n’est pas un catalogue de faits contradictoires mais une mise en perspective).
    Tout cela pour dire qu’il faut tendre à l’objectivité (ce sur quoi vous restez en retrait: why ?). Quant à savoir si ce souci est juste une prétention ou débouche sur une critique pertinente, c’est justement ce qui devrait constituer la matière d’un vrai débat d’idées. Lequel ne s’embarrasse pas des formes. Ce point me semble important ; il permet de mettre en évidence l’absence de débats dans la profession. On en reste, en général, aux luttes à fleurets mouchetés sur des questions sans intérêt ou qui ne font pas problème (rappelez-vous les plus grands "débats" sur biblio.fr : le poids des cartables; telle ou telle émission de télévision; Le Pen en finale, c’est pas bien; je suis contre la censure; etc.). Chacun donne son "avis", persuadé de livrer le fin mot de l’affaire et empressé de faire montre de sa bien-pensance. C’est l’occasion de rappeler la rude sagesse de l’inspecteur Harry : "Les avis, c’est comme les trous du cul, tout le monde en a un".
    Aimable

  9. Eh bien, opposition totale avec tous les interlocuteurs sauf un peut-être : opposition partielle avec antmeyl ? Mais il est probable que nous divergions sur ce qu’il appelle de « consumérisme », dont je préfère l’acception québécoise : défense du consommateur – cela nous entraînerait loin, une autre fois peut-être.

    Je persiste et signe. Je ne trouve pas simpliste mais fondamentale la distinction entre missions et fonctions. Distinction ne veut pas dire opposition, puisqu’elles se chevauchent évidemment. Je tiens à cette distinction dialectique, dans un contexte de politique publique. Une dialectique qu’Yvonnic ne voit décidément pas puisqu’il reformule ainsi ma position en la trahissant totalement : « Ce sont les publics, tous usages confondus, qui définissent ou définiront les fonctions des bibliothèques, et non plus les détenteurs de la légitimité politique, pas plus que les bibliothécaires. » Je dis seulement que les derniers ne peuvent pas (re)définir des missions sans avoir conscience des fonctions.

    Je considère également qu’il est important de mettre accent sur deux phénomènes qui se chevauchent en partie sans coïncider exactement :
    - les fonctions non documentaires des bibliothèques
    - les fonctions du lieu bibliiothèque
    et me fiche bien qu’on trouve ça invertébré. Au reste, dans l’ordre du vivant, les mollusques ont précédé les vertébrés. La littérature bibliothéconomique est encore bien maigre sur ces sujets, et je ne prétends nullement la combler autre que modestement.

    Ces questions sont importantes, elles conditionnent par exemple l’idée qu’on se fait des médiathèques à construire – car on projette encore, et c’est heureux, de construire des médiathèques.

  10. J’associe volontiers, comme le fait le bibliobuzz du Tour de toile du BBF , ce billet-ci à ceux-là de Bertrand Calenge, avec leur traîne de commentaires :
    - Hommage à l’usager inconnu
    - Hommage à l’usager inconnu : Publics par destination ?
    - – A propos de l’autonomie de l’usager
    - – A propos de l’autonomie de l’usager (suite) : “expliquer la démarche” ?
    - Vivre avec son-temps

  11. Yvonnic a dit

    Votre dialectique est probablement trop complexe pour moi. Je ne reformulais pas vos positions en les trahissant, j’en donnais ma conclusion personnelle, évidemment plus carrée que vos finasseries missions/fonctions. Je trouve d’ailleurs assez choquant que vous vous permettiez d’associer à votre propos ceux de B.Calenge, qui ont le mérite de la clarté et de l’illustration concrête. Il résume en une phrase en fin de billet toute la problématique en question :"La bibliothèque doit être adéquate à ses publics, c’est une évidence banale".Je n’en dis pas davantage. Il évoque ensuite très justement la maitrise du lieu institutionnel, Le statut des séjourneurs, la question de la formation des personnels,et pose des questions (que nous nous posons tous) sur "la pratique des technologies [qui]reste associée à des contextes utilitaires ou de communication et précise que " la bibliothèque représente bien plus qu’un service pratique ". Toutes ces questions rejoignent les interrogations quotidiennes des praticiens de terrain, déja confrontés à des mutations importantes et déja occupés à gérer l’impact de ces mutations par rapport à leurs différents publics, en essayant d’une part de préserver l’essentiel (dont la définition leur est propre comme leur est propre la connaissance de leurs publics, n’oubliez jamais cela) et d’autre part de maitriser avec prudence des investissements financiers et humains dans des solutions qui répondront au mieux aux besoins (exprimés et évalués)des différents publics.

    "Remettre les publics au centre", selon l’excellente formule de Claude Poissenot (qui a bien enervé la profession au début et que chacun se complait à citer maintenant) est une dynamique déja largement présente un peu partout. "ce pour quoi les gens se servent des bibliothèques" comme vous dites, est connu sur le terrain. " Les fonctions ne se proclament pas, elles se constatent, par l’observation ou l’enquête ": certes, et les pratiques d’évaluation se mettent en place peu à peu ici et là, je l’ai personnellement réalisé par exemple avec les moyens du bord sur le comptage et les pratiques des séjourneurs l’an passé. Chez certains ce recentrage autour des publics n’est qu’une formule creuse, minée de toutes part par des "oui, mais" de haute finesse qui visent finalement à préserver des pratiques anciennes. Encadrons, surtout encadrons. Et du même coup, en les reformulant, vidons de leur substance les attentes du public telles qu’elles nous arrivent. Surtout quand elles nous gênent.
    Vous n’etes pas naïf au point de croire que les "nouvelles bibliothèques" émergeront d’un modèle formulé ici ou là par quelques technocrates. Vous qui avez en gros le même âge que moi et avez assisté et participé à l’évolution des bibliothèques depuis les années 70, oseriez-vous prétendre que cette évolution fut pilotée, anticipée et, en l’absence d’une loi sur les bibliothèques, finalement décidée ex-cathedra par des penseurs comme vous ? Non. Tout le monde a pris le train en marche, à différentes étapes, enterinant dans des formulations a posteriori les mutations constatées, et notamment la principale, celle de la modification sociologique des publics nouveaux issus des années soixante. Les pratiques d’animation, par exemple,dans leur grande diversité, sont nées du terrain, nées d’une perception quasi intuitive d’attentes nouvelles, pas d’une réflexion préalable. Et vous le savez très bien.

    Au moment où vous parlez, le train roule déjà. Cahotant peut-être, mais il roule. Et vous le prendrez en marche, avec le sens de l’opportunité qui vous est coutumier, quitte à prétendre ensuite que vous étiez aux commandes de la locomotive!

  12. Une fois pour toutes : je ne prétends ni être aux commandes d’aucune locomotive (sauf peut-être celle de ce blog, du moins ce qui j’y écris moi-même) ni être au-dessus de la mêlée juché sur je ne sais quelle cathedra. Et il se trouve que je suis d’accord avec la presque totalité de votre dernier commentaire, sauf la prétention que vous me prêtez selon laquelle “cette évolution fut pilotée, anticipée et, en l’absence d’une loi sur les bibliothèques, finalement décidée ex-cathedra par des penseurs…” : c’est à mille lieues de ma façon de… penser, si vous me permettez ce mot.

  13. Yvonnic a dit

    Pour une fois que nous sommes d’accord, il ne nous reste donc plus qu’a prendre en marche le train de l’évaluation permanente, de nos différentes gares respectives, avec l’espoir de nous retrouver au terminus, nos bagages en mains, prêts à entériner de concert la réalité de nos différents "lieux", telle qu’elle se présentera à nous, et à l’accompagner le plus discrêtement possible. Bien à vous.

  14. aimable a dit

    "Claude Poissenot (…) que chacun se complait à citer maintenant". Non, pas moi.

    Aimable

  15. [...] bibliothèques entre missions et fonctions. DLahary, BCalenge1, 2, 3. Pour une libre diffusion des écrits professionnels. DBourrion, NMorin OCLC et la [...]

  16. [...] faisant je suis dans le continuité ce que j’écrivais ici, là ou là-bas. Et aussi de ma définition des trois [...]

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