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Blog professionnel de Dominique Lahary, bibliothécaire. Mes propos n'engagent que moi.

Gratuité des bibliothèques… et du reste

Posted by Dominique Lahary le 16 mars 2009

On le sait désormais: la gratuité n’est pas seulement une caractéristique de l’échange-don mis en avant par les anthropologue (d’ailleurs, si c’est de l’échange-don, ce n’est pas gratuit, même si le coût n’en est pas monétaire)

La gratuité, c’est, plutôt que le mythe ou le mirage dénoncé par certain, une figure de l’économie marchande, comme le montrent, chacun à leur façon, Chris Anderson ou Olivier Bomsel.

Et elle touche singulièrement les biens culturels, du moins sous leur forme numérique.

Dans ce contexte,  la question de la gratuité des services publics culturels est réactivée.  Car le fameux argument selon lequel ce qui est gratuit ne vaut rien… ne vaut plus rien.

Faire payer l’usage d’une bibliothèque a de moins en moins de sens. Et pourtant, on voit des municipalités revenir sur la gratuité. Elles vont à contre-courant. D’autres prennent heureusement le chemin inverse. Et l’on voit des réseaux intercommunaux handicapés faute d’accord sur la tarification, dont la gratuité est évidemment le stade suprême.

Il est temps de faire un bilan des impacts respectifs de la gratuité et de la tarification en bibliothèque, sérieusement.

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10 Réponses to “Gratuité des bibliothèques… et du reste”

  1. dVdB said

    Les détracteurs de la gratuité se trompent de cible parce qu’ils méconnaissent le système. En effet, il y a un préalable sémantique à poser avant de parler de gratuité, car la gratuité n’existe pas à proprement parler dans nos économies.Ce qu’on dit « gratuit » est en réalité accessible librement (sans faire d’anglicisme), mais après une transaction forfaitaire avec un tiers ou bien une transaction du tiers avec des publicitaires ou encore un financement par l’impôt. Mon abonnement Internet me donne accès à des contenus « gratuits », mon abonnement à une bibliothèque également, je ne paie pas pour emprunter des routes nationales, etc.

    Ces systèmes sont dits gratuits parce qu’ils ne passent pas par un paiement supplémentaire à l’acte. Autrement dit est appelée gratuite toute opération financée par soi ou par un tiers une seule fois et de manière forfaitaire.

    Autrement dit, il vaut mieux chercher une autre terminologie pour parler de la gratuité, qui éviterait à ses adversaires de ruer dans les brancards de manière pavlovienne dès son évocation.

    Par ailleurs il y a fort à parier que les groupes industriels qui ne l’ont pas encore fait vont à l’avenir se tourner vers les forfaits, générant ainsi une injustice sociale en faisant payer des services consommés avec plus ou moins d’assiduité.

    Pour conclure, la « gratuité » ne met pas en danger le financement des services, mais la redistribution des dividendes dont pourraient pâtir, en effet, les artistes.

  2. Yvonnic said

    D’accord avec DVbD, Le mythe de la gratuité est total. Même l’école n’est pas gratuite (bien qu’obligatoire). Sur internet les sites d’information financés par la publicité ne sont pas gratuits. Même dans un journal-papier « gratuit » le lecteur paie le papier et le publicitaire paie le redactionnel. C’est donc un mythe qui a la vie dure. Tout comme le mythe de la gratuité de l’accès au réseau, qui oublie que le prix de la connexion est très supérieur à une connexion « normale ». Les fournisseurs « d’internet gratuit » sont en train de se faire tous racheter par les fournisseurs traditionnels type wanadoo, qui recupèrent ainsi une clientèle. Actuellement, même des institutions prestigieuses proposent de télécharger « gratuitement » des oeuvres numérisées. Le mot même de gratuité devient ridicule, quand on connait les coûts de la numerisation.

    Pour savoir si la gratuité risque de tuer la culture voir aussi le débat ente Olivennes et Attali sur le Nouvel Obs (http://www.avocat-films.com/La-gratuite-va-t-elle-tuer-la.html

    Le débat sur la gratuité n’a donc pas de sens en soi puisque cette notion est fausse. Par contre elle prend du sens quand on y mêle la notion de service public. Les municipalités qui viennent de decreter les cantines « gratuites » pour certains enfants ne cachent pas à leurs administrés que c’est eux qui vont payer ce geste. Vu du côté des bibliothèques (ou des musées, où semble t-il le débat fait rage actuellement), on est bien dans cette notion là.

    A l’époque du débat sur le droit de prêt, Thierry Giappiconi, qui avait fort bien developpé la question de l’impact de la gratuité en bibliothèque sur Biblio-fr en 2006, enuite developpé plus recemment dans une revue, avait répondu à des questions sur la même liste, en précisant sa pensée :

    “Posons plutôt le problème dans l’autre sens. Quels sont les objectifs d’une tarification et comment peut-on mesurer que ces objectifs ont été atteints ?

    La tarification peut ainsi s¹appliquer aux usagers « hors territoire de la collectivité de tutelle de la bibliothèque » et avoir pour but de renvoyer ces usagers sur la bibliothèque de leur commune, d’éviter que les usagers d¹une commune voisine où les services sont payants ne viennent bénéficier gratuitement du même service, voire d’inciter les communes avoisinant à participer au financement de l¹établissement. Mais ce n’est là qu’un exemple. Trop souvent la tarification s’appuie sur des considérations idéologiques et des logiques de gestion à très courte vue. Trop souvent, elles ne sont que la conséquence d’habitudes jamais révisées.

    Mais une fois encore, dans tous ces derniers cas, tout cela ne subsiste que parce que la bibliothèque n’est pas perçue pour ce qu’elle devrait-être un équipement de premier plan au service des enjeux des collectivités locales, mais comme un « machin » consacré à la distraction d’amateurs de lecture chaque année moins nombreux et de disques, eux aussi de plus en plus rares compte-tenu des nouveaux modes d¹accès aux enregistrements musicaux.

    En d’autres termes qui relèvent aussi, et même éminemment, d¹une problématique de gestion­ avant de déterminer les conditions d¹accès à un service, le bon sens le plus élémentaire nous invite à réfléchir sur les objectifs du service proposé et sur les impacts et les effets sur la société
    que l’on en attend. (…).”

    Tout est dit. Il s’agit bien de définition du service public. Et du marché. »Faire payer l’usage d’une bibliothèque a de moins en moins de sens » dites-vous. Justement (et malheureusement) non! Cela reprend du sens, à l’aune, précisément, des débats actuels sur internet et le numerique. Plus l’opinion sera encouragée à sortir du mythe, et Dieu sait que l’on s’y emploie fortement actuellement, et plus les bibliothèques « gratuites » apparaitront à l’Elu comme d’étranges moutons noirs. M’est avis que de vieux débats, qu’on croyait résolus ou momentanément clos, vont ressurgir. Et que nous y perdrons quelques plumes…

     » Tout ce qui est public devrait être gratuit. L’école, les transports et les filles. » (Alphonse Allais)

  3. Merci de lire Anderson ou Bomsel ou d’autres. Qui expliquent ce que vous dites, c’est pourquoi je les citais. La gratuité dont on parle est celle du bénéficiaire du produit et service. Évidemment qu’il y en a toujours qui paient.
    Mais on ne va pas inventer un néologisme : Anderson dit « free », Bomsel « gratuit », en démontrant qui paie en définitive.
    Le service public gratuit, il est aussi payé lui aussi, par le contribuable.
    Mais on peut toujours défendre la gratuité des bibliothèques, et il est des élus qui la défendent. Vivent les moutons noirs !
    (l’article de Thierry Giappiconi La tarification et ses masques dans le BBF n° de 1993 est ici et son article dans la lettre du cadre territorial du 15/02/2007 Bibliothèque : une bonne gestion par la gratuité ? .).

  4. Yvonnic said

    La question de l’évaluation des pratiques se pose donc bien une fois de plus, sans laquelle tout débat s’enlise ou devient idéologique. Il fut une époque ou presque 20% des bibliothèques étaient gratuite ou passées progressivement à la gratuité.Et nous savons le bénéfice qu’elles en ont retiré en termes de fréquentation. La question n’est donc pas de savoir pourquoi celles-ci restent gratuites, mais pourquoi certaines d’entre elles seraient revenues à la tarification. Elles ne surement pas si nombreuses qu’il soit impossible de les approcher pour mieux comprendre, surtout quand on est à votre place, soit dit sans ironie.
    « Il est temps de faire un bilan des impacts respectifs de la gratuité et de la tarification en bibliothèque, sérieusement. ». Certes. Do it !
    Sinon nous continuerons à decerner des médailles et des brevets de bonne conduite ou des bonnets d’âne, du fond de nos blogs, ce qui n’aura aucun impact sur rien.

  5. dVdB said

    Allons ! C’est bien « du fond de nos blog » que peut progresser tout débat citoyen. Faut-il mesurer « l’impact » de la gratuité pour constater qu’elle ôte une barrière pour les publics les plus démunis ? Suivons les conseils de l’UNESCO…

  6. Absolument ! Un blog c’est pas une collection de thèses ou de rapports circonstanciés, ce sont des brèves plus ou moins brèves qui permettent l’expression personnelle et/ou le partage de l’info et nourrissent les débats.

    Et puis il y a d’autres moyens d’action et de publication. A à chacun de participer comme il veut, comme il peut, a des actions publiques.

    Sur la gratuité, je rejoins DBdB, on peut être pour par principe. Je le suis. Des élus de diverses tendances le sont. Cela n’empêche pas d’évaluer les impacts. Ethique de conviction, éthique de responsabilité.

    Le Manifeste de l’UNESCO sur la bibliothèque publique est ici. Il proclame :
    « En principe, la bibliothèque publique doit être gratuite. »

  7. Yvonnic said

    Il a bon dos, le Manifeste !

    Il dit aussi : La bibliothèque publique relève de la responsabilité des autorités locales et nationales. Elle doit être soutenue par des textes législatifs spécifiques et financée par les autorités nationales et locales.

    Ah ? A quand la Loi sur les bibliothèques déja?

    Bref, si je vous résume, n’évaluons pas. Prenons une belle position de principe et pour le reste tenons-nous en aux propos incantatoires et vertueux « à chacun de participer comme il veut, comme il peut, a des actions publiques. »

    On croirait un appel pour le telethon ! L’Etat est incapable de gérer le problème ? Qu’à cela ne tienne, les solidarités populaires y pourvoieront !

  8. Je n’ai jamais dit « n’évaluons pas », j’ai dit le contraire.
    Vous déformez tout, mais qu’importe, c’est votre affaire.
    J’accepte de votre part un éternel bonnet d’âne, et basta.

  9. Yvonnic said

    Ne nous fâchons pas. Je ne vous attribue aucun bonnet d’âne, sinon je ne perdrais pas mon temps à vous interpeller. Tout technochrate que je vous considère, je ne fais pas partie des gens qui considèrent, ou font semblant de croire, que vos propos n’ont ni importance ni impact. Au contraire ! Je dis que votre position, votre place dans les associations et les médias, l’écoute dont vous pouvez beneficier ici ou là dans des instances importantes car porteuses de pouvoir decisionnel, donnent une grande importance à vos propos, que l’on soit d’accord ou non avec eux.
    Ce qui veut dire que, quoi qu’il arrive en matière d’avenir des bibliothèques, la part que vous y aurez prise sera toujours infiniment plus importante que celle d’autres intervenants. Et qu’il faudra l’assumer. Je plaide pour la reconnaissance de la responsabilité individuelle des gens de pouvoir.
    Foin de modestie affichée, de machine broyeuse ou de décisionnaires lointains: vous assumerez en fonction de ce que vous êtes , de ce que vous représentez,de vos très nombreux écrits, des moyens particuliers dont vous avez pu disposer à un moment ou autre de votre carrière, et de ce que vous en aurez fait.
    Et pour en revenir au sujet : Oui, tout le monde peut prendre une position de principe, sans avoir à lâcher sa tasse de thé, ça n’engage à rien. Mais non, tout le monde ne peut pas disposer des moyens suffisants pour évaluer l’impact national de telle ou telle pratique (gratuité, ouvertures le dimanche etc…). Certains le peuvent. Rappelez vous Poissenot au tout début.
    Vous n’êtes pas monsieur tout le monde, modeste blogueur participant comme tout un chacun à l’enrichissement du débat collectif. Comme on dit, vous ne comptez pas pour du beurre…

    Et comme disait mon vieux prof de philo « souvenez-vous qu’il y a des gens qui fabriquent le beurre pour lequel d’autres vont compter ».

  10. Seb said

    Bonsoir,

    Un peu surpris par la teneur de certains propos, je me permets simplement d’intervenir au sein d’un dialogue des plus exaltés sur ce thème de la gratuité afin de pondérer ces excés qui à mon humble avis nuisent davantage à une question des plus légitime pour les bibliothèques territoriales.
    Gratuité ,oui ou non, réglons la chose autour d’une évaluation.
    Oui mais ce n’est pas si simple.

    Pour évaluer il faut savoir quoi, la gratuité a t’elle une incidence sur le nombre d’inscrits? Doit on inscrire l’économie du virtuel au sein du réel ? la gratuité a t’elle une incidence sur la représentation de la lecture publique ?
    Ma maigre expérience me fais déja pencher pour sur certains points.
    Revenir sur ce principe ne me semble pas inscrire pas nos bibliothèques au sein d’une économie actuelle. Maintenant, est ce légitime ou pas de différencier un modèle d’accès aux connaissances c’est peut être inscrire une concurrence au sein d’un réseau des connaissances qui semble mettre les bibliothèques dans un paradoxe certain ?

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