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Blog professionnel de Dominique Lahary, bibliothécaire. Mes propos n'engagent que moi.

Un service est un service

Posted by Dominique Lahary le 9 juillet 2010

On entend souvent dire : l’animation a pour but de mettre en valeur les collections, telle collection est un produit d’appel, tel support sert à faire venir des gens.

Je propose de prendre l’exact contre-pied de tout cela et de proclamer qu’un service (proposé par la bibliothèque) est un service (légitime en lui-même) proposé à des publics (qui en jouissent pour lui-même). Un service n’est pas une ruse pour amener les gens à autre chose, il est un service, c’est tout. Et c’est bien.

Une collègue expliquait récemment dans une journée d’étude, en présenta son activité de ludothèque au sein de la médiathèque : nous proposons aux usagers de jouer. C’est juste pour jouer. Il n’y a pas d’autre objectif.

Il est compréhensible que dans le commerce on utilise des produits d’appel pour faire venir les gens et les amener à consommer autre chose. Légitime qu’un éditeur, un libraire comptent sur la vente de best-seller.

Mais nous agissons dans le cadre d’un service public, de politiques publiques. Tout ce que nous offrons est légitime – ou n’est pas offert.
[Voir ici pour dissiper toute ambiguïté]

Dès lors il importe peu que des usagers de certaines animations ne reviennent pas fréquenter la bibliothèque pour autre chose, comme on l’entend regretter. On leur a rendu un service. La bibliothèque est un carrefour de services, et pour cela constitue, dans ses lieux et sur ses sites, des carrefours d’usagers.

S’il ces usagers se croisent et s’enchevêtrent, tant mieux. C’est alors le fait de ces rencontres et croisements qui constituent un service en soi – la bibliothèque outil de lien social.

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17 Réponses to “Un service est un service”

  1. aimable said

    Bonjour.

    Je ne vois pas pourquoi le fait qu’un lecteur utilise la bibliothèque pour une raison précise, autre que celle envisagée par l’institution, invalide l’idée même de projet.

    Exemples : Je peux très bien utiliser un livre pour caler un meuble ; mais son auteur l’a écrit pour qu’il soit lu – c’est là sa raison d’être. Je peux aussi aller à l’église pour autre chose que la prière ; mais elle est le lieu dédié à la prière. Jadis, j’allais à la FNAC pour lire les livres (Aimable fut un pauvre parmi les pauvres) ; il s’agissait pourtant d’un supermarché de la culture, non pas d’une bibliothèque. Certains fréquentent les banques pour les braquer ; cet usage est-il légitime ? Encore un, pour la route : certains entre dans la bibliothèque exclusivement pour faire usage des toilettes ; cela ne définit pas la bibliothèque ni ne remet en question sa vocation culturelle.

    DL, vous êtes un expert en confusion.

    Aimable.

  2. Pascal Wagner said

    Bonjour,
    Je ne vois pas bien en quoi l’argumentation d' »Aimable » prouve que Dominique Lahary est un expert en confusion. Vous ne parlez pas vraiment de la même chose, ou du moins, vous ne vous situez pas sur le même plan. Je ne vois aucune contradiction entre les propos de Dominique Lahary (qui m’ont semblé parfaitement exempts de confusion) et ceux d' »Aimable » dans les exemples qu’il cite.
    « Aimable » n’aurait-il pas compris les propos de DL ? Ou alors, serait-il un aimable troll (anonyme) qui poste un message qui a l’apparence d’une argumentation rationnelle, mais dont la thèse principale, (le vrai message) est : « DL, vous êtes un expert en confusion » ? Serait-ce un règlement de compte ?
    Pascal Wagner

  3. Loin de moi l’idée de ruiner toute idée de projet. Mais je ne juge pas le projet en lui-même mais aussi en fonction de son impact (ceci a un rapport avec l’éthique de responsabilité, que Max Weber définit en la distinguant de l’éthique de conviction). Et je creuse ici le sillon tracé .

  4. aimable said

    Bonjour.

    A PW :
    1. « « Aimable » n’aurait-il pas compris les propos de DL ? » C’est possible, mais DL ne semble pas partager votre doute. Quant au reste, vous êtes myope.

    2. Aimable ne règle jamais ses comptes autrement qu’en situation de face à face et n’a du reste aucun compte à solder avec DL. C’est votre conception de l’échange qui pèche. On n’est pas là pour échanger des amabilités mais pour tenter d’y voir un peu plus clair.

    A DL : La distinction de Weber est fallacieuse et en vous en prévalant vous invalidez votre argumentation : « l’éthique de responsabilité » est d’abord une éthique, c’est-à-dire une conviction. Quant au partisan de « l’éthique de conviction », il estime qu’il est de sa responsabilité d’agir selon des valeurs cardinales.

    Aimable.

    • Cela ne m’étonne pas que vous ne partagiez pas la distinction weberienne. L’éthique de responsabilité met la priorité aux conséquences de ses actes, l’éthique de conviction à leur conformité à ses propres valeurs. Le monde serait triste s’il n’y avait que l’éthique de responsabilité, invivable s’il n’y avait que de l’éthique de conviction. Mais en action publique, évaluer sur l’impact réel me paraît indispensable : on ne peut pas se contenter d’une morale de l’intention.

      • aimable said

        J’avais bien compris. Mais, encore une fois, le raisonnement est sophistique. La distinction entre « éthique de conviction » et « de responsabilité » relève soit de l’automystification, soit de l’hypocrisie. C’est ce que dit Danielle plus bas, avec d’autres mots.

  5. Un fan said

    Bonjour Aimable. J’aimerais avoir voir point de vue sur cette citation : http://tacheau.wordpress.com/2010/07/18/ouverture-le-dimanche/

    L’ouverture des bibliothèques le dimanche est-elle ou non un facteur de la libération des ouvriers ? Ou poser la question ainsi n’est-ce pas déjà rentrer dans le jeu du double-bind libéral ?

  6. biblioroots said

    Pas tout a fait d’accord…

    Un service pour moi doit avoir une raison d’être sans forcément constituer un produit d’appel (qui est une forme de marketing).

    Tout service n’est pas « légitime » à mon sens … Sinon il suffirait qu’une personne ait l’idée (professionnels ou public voire élu) pour « légitimer » la mise en projet ou la réalisation d’un service… Si on va par là on a pas fini sachant les idées parfois bien saugrenues qui peuvent passer dans la tête des gens…

    Je pense qu’on ne doit être fermé à rien, cependant il faut quand même évaluer ce que peut apporter ( même si ce n’est « que » du bien être) et surtout couter ( en ressources humaines notamment) un service.

    Je suis d’accord avec la partie sur le « bonheur du lecteur » et le lien social qu’apporte la bibliothèque « idéalisée »…

    mais sur le début j’ai un peu de mal à suivre ;-)

    • Je n’ai pas voulu dire que tout service est légitime parce qu’il est fourni mais que si nous proposons un service, c’est que nous / notre collectivité le juge(nt) légitime.

  7. Ce tr.. du c.. d' Yvonnic said

    Les propos de Dominique Lahary sont proprement révolutionnaires! Et j’y souscris à fond; Cela fait trente ans que des galeux dans mon genre hurlent dans le désert à ce sujet : Les animations n’ont besoin d’aucune autre légitimité qu’elles-même. Elles constituent une offre de service, panem et circenses, ludiques ou moins ludiques , effectivement constitutrices du lien social (dont on ne parlait pas autrefois). Il a été prouvé qu’aucune animation autour du livre n’avait jamais amené un lecteur nouveau à s’inscrire dans une bibliothèque. Et à ce jour, dans votre bibliothèque, essayez de prouver le contraire, pour voir ! Et nous continuons pourtant de tenter de justifier nos animations par « la recherche de nouveaux lecteurs » (redevenue le Saint-Graal depuis la chute des lectorats), « l’optimisation de la lisibilité de la structure »
    , l’indispensable « découverte de la bibliothèque par les plus jeunes » et autres fariboles plus qu’improbables.
    Plus nous nous éloignons du culturel vers le social et plus les animations auront leur juste place et justification dans nos lieux à vocation multiple.
    Il ne s’agit plus d’attirer de nouveaux lecteurs par des pratiques qui les rapprocheraient du livre, mais d’attirer de nouveaux usagers vers des offres qui auront de moins en moins de rapport avec le livre et de plus en plus de rapports avec leurs besoins.
    Et pour faire connaître mes ateliers multimedia, je fais clairement et sans complexes de la publicité, la plus basique et la plus efficace possible Je ne cherche pas à attirer le badaud par un vague produit d’appel à connotation culturelle ou livresque, en esperant qu’en plus il va prendre sa carte !

    Vive les « carrefours de services » que vous évoquez et faisons fi des justifications peureuses, hypocrites et mensongères des jésuites cultureux (qui au fond n’ont jamais vraiment accepté l’animation et ont fini par lui donner ce petit statut minable de produit d’appel, la chèvre au bout de son piquet)

    Un petit bémol tout de même: l’autojustification des pratiques d’animation ne doit pas non plus nous faire considérer qu’elles sortiraient du champ de l’évaluation quantitative des pratiques de la bibliothèque. Il existe une dérive qui consiste à n’appliquer que des critères qualitatifs à ces pratiques. Néanmoins, une animation c’est un objectif, des moyens, de l’argent, du temps de travail.Et des résultats. Et tout cela doit être évalué à l’aune du temps général de la structure. Quand on aligne bout à bout des flopées d’animations-bout de ficelle qui rameutent trois pelés et deux tondus, nous devons aussi nous poser la question de savoir si l’on doit continuer ou non. Chacun ses limites. Nous ne sommes pas des entrepreneurs de spectacle et nos budgets ne sont pas énormes. Une politique d’animation ça se gère . Pas de tabou non plus la-dessus.

    Car autant il existe le tabou de l’animation utilitaire que vous dénoncez, autant il existe celui de l’animation sacrée, devenue chez certains le veritable « coeur de métier ».

    Ah, Monsieur Lahary, il est si difficile de vous détester totalement…

  8. aimable said

    @ Un fan : Vous rigolez ! Continuez à vous plier à tous les caprices de vos supérieurs – les nouveaux valent bien les anciens. Cette position – cela dit sans sous-entendu scabreux – vous sied mieux que celle de maître d’école.

    @ Yvonnic. Tant d’imbécilités gâchées par une pointe de lucidité ! (Je parle du sobriquet dont vous vous affublez.) De mon côté, je n’éprouve aucune difficulté à « détester totalement » les gens de votre race.

    Aimable

  9. Danielle said

    DL, comment soutenez-vous une proposition aussi aveugle : « Tout ce que nous offrons est légitime – ou n’est pas offert. » ?

    Ceci, en vous prévalant de cela : « nous agissons dans le cadre d’un service public. »

    Vous fondez en nature DL et, nécessairement, vous négligez que les pratiques -toutes les pratiques sont construites (socialement). Autrement dit, rien ne garantit une quelconque légitimité, qui est toujours adossée à un système de valeur (qui est à définir et redéfinir continument).

    Votre optique ne permet absolument pas de distinguer un service publique d’un service privé.

    • Vous m’avez mal lu (ou ma rédaction est trop ramassée).
      « Mais nous agissons dans le cadre d’un service public, de politiques publiques. Tout ce que nous offrons est légitime – ou n’est pas offert », c’est-à-dire :
      « puisque nous agissons dans le cadre d’un service public, de politiques publiques, tout ce que nous offrons doit rentrer dans ce cadre, sinon nous ne l’offrons pas ».

      Toutes les pratiques sont construites, biens pur, je n’ai jamais pensé qu’elles étaient fondées en nature. Mais la légitimité, en matière d’action publique, n’est pas seulement pour moi adossée à un système de valeur, mais à l’observation de l’impact et à son analyse (voir plus haut dans le fil de commentaires le débat sur les éthiques de conviction et de responsabilité).

      • aimable said

        Pour avancer dans le débat, le mieux est peut-être de prendre un exemple tiré de l’histoire. En 1940, un fameux général invoque une certaine idée de la France pour justifier sa dissidence : dira-t-on qu’il a agi selon « l’éthique de conviction » ? A la même époque, un non moins fameux maréchal soutient qu’il est de la responsabilité des Français d’assumer les conséquences de leurs fautes : dira-t-on qu’il a agi selon « l’éthique de responsabilité » ?

      • Votre exemple est un cas où l’éthique de conviction s’impose

  10. danielle said

    Je comprends bien votre débat sur la distinction que fait Weber entre éthiques de conviction et de responsabilité. Cependant, au moment de l’analyse de l’impact vous devrez émettre une évaluation (puisque tout est du ressort de l’évaluation…) et c’est ici qu’on retrouve un système de valeur. A des fins heuristiques (sociologie de l’action ou autre) la distinction entre ces deux éthiques doit pouvoir être opératoire. Mais il s’agit, dans ce cas de rendre compte de comportements, de pratiques et de les expliquer afin de les rendre intelligibles. Dans le cadre d’une action publique, c’est l’action elle même qui se donne sa propre intelligibilité (elle doit être pensée).

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