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Blog professionnel de Dominique Lahary, bibliothécaire. Mes propos n'engagent que moi.

A bas les tutelles !

Posted by Dominique Lahary le 8 juin 2011

Les bibliothécaires français appellent souvent « tutelle » l’autorité sous laquelle ils sont placés.

Je peux me tromper mais je ne vois pas d’autre profession du secteur public qui utilise ce terme ainsi.

Il me paraît dangereux, nocif même.

Une bibliothèque est rarement une personne morale.

J’ai l’habitude de dire qu’une bibliothèque, en général, n’existe pas… autrement que comme un rouage, un élément, un service, bref la partie d’un tout qui est une collectivité territoriale ou un établissement d’enseignement, supérieur ou non, pour ne parler que des configurations les plus fréquentes.

Parler de « tutelle » pour désigner l’échelon décideur dont relève la bibliothèque, c’est considérer celle-ci comme à l’extérieur de l’ensemble dont elle fait partie. Il y a « eux » et « nous ».

Bien sûr que cela correspond souvent à un sentiment, une posture, une idéologie. Les personnels de la bibliothèque se vivent comme membre d’une entité propre et vivent la « tutelle » comme une autorité plus ou moins légitime, qu’on espère souvent lointaine, inattentive. On se veut autonome. C’est un particularisme et – disons-le – un corporatisme. Sur le plan politique, cette posture correspond à l’idée selon laquelle tout le pouvoir doit être aux spécialistes : c’est ce qu’on appelle la technocratie.

Quels sont d’ailleurs les contours de cette tutelle ? C’est bien flou ! Dans le cas d’une collectivité locale, commence-telle au 1er échelon administratif supérieur (par exemple, selon les cas, une direction de l’action culturelle, une direction générale adjointe ou la direction générale) ? Au sommet de la hiérarchie (la direction générale) ? Ou n’inclut-elle que les élus ? Il faudrait alors distinguer la véritable autorité territoriale (le maire, le président) des simples délégations (le maire adjoint, le vice président, l’élu délégué).

On le voit, cette notion de tutelle n’est conceptuellement efficace que pour séparer la bibliothèque de la collectivité dont elle est un rouage et ne permet pas de désigner de façon pertinente des niveaux de pouvoir, sous lesquels elle est un parmi d’autres. Pire : souvent on entend par « tutelle » la collectivité en tant que telle.

Quelques bibliothèques ont bien une tutelle. La BnF et la BPI, établissements publics, sont dotés d’une personnalité juridique et relèvent de la tutelle du service du livre et de la lecture du ministère de la Culture et de la communication.

Hors de ces quelques cas, point de tutelle.

Se débarrasser de cette notion nous aiderait à nous considérer comme membre à part entière de nos collectivités ou établissements. Toute posture produit des effets réciproque : tant que nous nous considérons comme extérieurs, nous sommes perçus ainsi.

Autre chose est bien évidemment l’utilité d’une pensée et d’une activité professionnelles autonomes, qui se manifeste collectivement ou personnellement dans des associations, des publications, des blogs, etc. Elle est indispensable, irremplaçable, féconde. Elle a d’ailleurs sont correspondant chez les cadres dirigeants et les élus, qui ont aussi leurs associations, leurs publications que nous partageons parfois, leurs canaux d’expression individuelle et collectifs.

Vive l’autonomie professionnelle, collective ou individuelle. Mais ne nous vivons pas, dans nos collectivités, sous le mode de l’autonomie. A bas les tutelles !

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7 Réponses to “A bas les tutelles !”

  1. nb said

    ça se discute : bibliothécaire n’est pas qu’une fonction, mais également un métier, une profession avec des savoirs et des savoirs-faire (etc.) .
    Coller de trop près aux exigences de la collectivité comporte également des risques (cf. bibliothèques aux mains des villes frontistes). Les bibliothécaires et la bibliothèque doivent avoir une autonomie nécessaire pour exercer leur activité selon des normes, des bonnes pratiques, et des objectifs professionnels et pas seulement politiques.

  2. aimable said

    Bonjour

    En lisant le titre de votre message, DL, j’ai cru avec étonnement que vous étiez devenu un émule de Bakounine. La lecture du contenu est un dur retour au réel : je n’ai jamais rien lu d’aussi confus.

    Aimable

  3. B. Majour said

    Bonjour

    Je peux me tromper mais je ne vois pas d’autre profession du secteur public qui utilise ce terme ainsi.

    Si je devais me pencher sur la question, je chercherais du côté des musées, peut-être aussi des archives (dans une certaine mesure), et sans doute des EPN.

    Comme pour tout « service » excentré dans un bâtiment propre (avec une image propre),
    pouvant survivre en autonomie, même sans directives de sa tutelle.

    Même si le mot tutelle a toujours, ou presque, un sens péjoratif. :-)

    Tutelle : surveillance, dépendance gênante.
    Autorité de tutelle : administration qui exerce un contrôle.

    Contrôle, dépendance gênante.
    Le ton est donné.

    Bien sûr que cela correspond souvent à un sentiment, une posture, une idéologie.

    C’est surtout une réalité physique, non ?

    Autant dans les municipalités (Mairie, Administration d’université, etc.), les services sont rassemblés dans un même lieu physique, autant la bibliothèque n’est pas, hors exception, située dans ce lieu.

    Est-ce que d’autres services sont décentrés ?

    Oui, je note immédiatement le service « garage » (qui regroupe tous les services d’entretien communal), des services « garage » comme on en trouve partout, même en université.
    Peut-être aussi le service informatique, s’il n’est pas délégué à l’extérieur.

    En quoi ces services sont différents d’une bibliothèque ?
    Comment circule une demande de la population ?

    Il me paraît évident que, pour tout sujet relatif aux activités « garage » (entretien des voiries, espaces verts, mise en place de matériel pour les fêtes, etc.) la population va émettre ses remarques/demandes vers la mairie.

    Si jamais un « ordinateur » tombe en panne dans un espace public libre (une borne automatique par exemple) ou une salle informatique en libre accès dans une université, là encore, le signalement va remonter vers la mairie/ administration centrale (ou le prestataire de service).

    Que se passe-t-il dans le cas d’une bibliothèque ?
    L’information remonte droit vers le bibliothécaire.
    Et, si elle passe, par hasard par la mairie, elle revient vers le bibliothécaire.

    Je vois au moins deux raisons à ce phénomène :
    Le service « garage » n’a pas d’accueil du public, et il doit obtenir l’accord du maire/administration pour une majeure partie de ses travaux. De même pour le service informatique, qui travaille plus sur le côté gestion interne de l’informatique.

    Et je pense que ces raisons rendent dépendants ces services.
    Dépendants, dans le sens d’essentiels, interconnectés en permanence.

    Même si leur structure physique est décentrée, on ne peut pas se passer d’eux. Ils font parties du corps de l’administration. Au moindre problème, on remarque aussitôt leur absence.

    Le réseau informatique HS, une porte d’entrée bloquée, de l’électricité HS et c’est le système qui grippe, tous les services qui sont gênés.

    La bibliothèque Hors Service… ?
    Bof !

    Il y a aussi qu’il est facile pour ces services de montrer combien ils font économiser à l’administration. (ils peuvent présenter des devis comparatifs, et même des budgets prévisionnels face à des travaux à engager pour une efficacité garantie à 100 % : abattre tel arbre, clôturer tel endroit pour le sécuriser)

    Pour le service « entretien des espaces verts », son action est visible par l’ensemble de la population. Et il peut s’approcher au plus près d’elle, sur ces lieux de passages favoris.
    Y compris sur ceux de son autorité de tutelle :-).

    En bibliothèque, on n’a pas ce genre de possibilités. On travaille beaucoup dans l’hypothétique.

    Si les gens devaient passer par la mairie ou l’administration pour obtenir des livres ou des documents, le travail de la bibliothèque deviendrait visible des autorités de tutelle.
    Si en face de chaque livre prêté, on pouvait mettre un retour monétaire/projet, ou encore si on pouvait « afficher » des documents comme pour les espaces verts, c’est-à-dire partout (une plante verte, un livre, une plante verte, un livre), on verrait mieux la bibliothèque en tant que telle.

    On verrait mieux ce qu’elle rapporte à la communauté.

    Ce qui la rendrait plus prégnante.

    Mais bon, soyons honnêtes, combien d’entre nous avons envisagé d’installer une petite bibliothèque dans les bureaux de nos autorités de tutelle ?

    Loin des yeux, loin du coeur ?
    Près des yeux, près du coeur ?

    Ce qui nous amènerait proche de ceci :
    Les personnels de la bibliothèque se vivent comme membre d’une entité propre et vivent la « tutelle » comme une autorité plus ou moins légitime, qu’on espère souvent lointaine, inattentive.

    Phrase un tantinet caricaturale, s’il en est. :-) (Même si je comprends le but de la démonstration)

    Caricaturale pour les raisons précédentes, nous sommes effectivement en autonomie. Les demandes s’adressent directement à nous, nous sommes face au public et nous ne pouvons les renvoyer vers un autre service, ni les mettre en attente d’un avis supérieur.

    C’est à nous de répondre.
    Et notre temps de réponse doit être court.

    Nous ne sommes pas non plus interchangeables rapidement.
    Tout nouveau bibliothécaire met du temps à situer les documents, surtout à connaître le fonds ou même à le faire évoluer. (un électricien, un dépanneur informatique peut remplacer, au pied levé, un autre électricien ou dépanneur informatique, sur une majorité d’interventions)
    Ce qui rend bien la notion d’entité propre à la bibliothèque.

    On n’attend pas non plus de l’autorité de tutelle qu’elle intervienne dans les choix documentaires, pas plus que les autres services « garage » ou « entretien des espaces verts » n’attendent de l’autorité qu’elle leur explique comment réparer un mur, comment entretenir des bégonias ou quel logiciel utiliser pour un réseau informatique.

    Alors, oui, à ce niveau, on espère l’autorité lointaine… et pleine de confiance.
    Non pas inattentive… même si on l’espère « inattentive » au moment du vote des budgets, c’est-à-dire prête à signer les demandes, parce que la confiance est là. ;-)

    Mais certainement pas inattentive lorsqu’il s’agit de voir le travail réalisé.
    Sauf que, une fois encore, ce travail réalisé n’est pas évident à montrer. L’intérêt n’apparaît pas sur une ligne budgétaire, ni sur un confort d’utilisation, qu’il soit matériel, esthétique ou visuel.

    On reste invisible.
    Invisible en colonne positif.

    Car, si on regarde bien, une bibliothèque apparaît toujours dans la colonne dépenses. (déficit, gros déficit) Ce qui est loin d’être glamour.

    En plus, comme je l’ai dit plus haut, à cause du contact direct usager-bibliothèque, la satisfaction de l’usager reste invisible de l’autorité de tutelle. C’est quand ça va mal à la bibliothèque que l’autorité de tutelle en entend parler.

    De nouveau en négatif.

    Ce qui laisse à penser que, de manière générale, la situation va bien dans les bibliothèques.
    Que notre autonomie est justifiée, parce que les tutelles nous font confiance.

    Le revers de la médaille, c’est que notre autonomie a tendance à nous éloigner des préoccupations générales de la collectivité… ou, pour être plus exact, des informations issues de notre collectivité. (et j’ose pousser le bouchon au sens large du mot collectivité, soit : activités des citoyens/étudiants compris, pas juste le côté administration).

    C’est là ou je vous rejoins Dominique.

    Reste qu’il me semble difficile d’être partout, sauf à devenir une Centrale d’informations (Agency ?). Une CIA ?
    Pour quel bilan au bout du compte ?

    Ce serait à tester, à voir, à imaginer. Et même : à pratiquer !

    Cependant, si on envisage de défendre le slogan pour le slogan « A bas les tutelles ! »,
    je me permettrai de rajouter sur ma pancarte : « A moi, compte, deux mots ! » :o)

    Merci pour cette réflexion.

    Bien cordialement
    B. Majour

  4. Yvonnic le Cri de la Glèbe said

    En tous cas, pour ce qui est des petites structures rurales, tutelle et dépendance sont bien réelles, à travers le rôle des BDP, totalement oubliées dans votre discours, monsieur le Conservateur. Et cette dépendance de fait, dans les fonds, les subventionnements, les recrutements, les ouvertures, etc…confisque, parfois jusqu’à l’annuler, la tutelle de droit des communes concernées dont la marge de manoeuvre, financière ou organisationnelle, est réduite à très peu de choses hors l’approbation de la BDP.
    Aucune structure, dans ces milieux, ne peut ouvrir sans les crédits de la BDP et l’adhésion forcée à un shéma départemental pré-établi.
    La tutelle des communes, « échelon décideur », est donc factice, quasiment pour toutes les villes de moins de 10 000 h.

    « cette notion de tutelle n’est conceptuellement efficace que pour séparer la bibliothèque de la collectivité dont elle est un rouage « .

    Dont acte !

  5. A nb
    J’ai souvent parlé du métier; voyez ici et ; pour en distinguer trois : notion collective métier d’une entreprise, d’un service), notion de gestion de ressources humaines et métier vécu (l(‘identité professionnelle), et recommander de ne pas mélanger les trois (en général au nom du dernier.
    Dans un contexte de service public, le métier n’est pas là pour imposer sa logique auto-justifiée mais comme compétence au service des usagers dans le cadre d’une politique publique.

    L’exemple limite du Front national est parlant même s’il est exceptionnel. Que pouvaient faire les bibliothécaires des communes conquises par ce parti ? Rien et attendre que ça se passe ou partir. J’en connais qui ont fait l’un ou l’autre. C’est de l’extérieur que la profession (ou aussi dans ce cas précis l’Inspection générale des bibliothèques) peut énoncer et dénoncer.

    La question n’est pas de coller ou non aux élus. Ils détiennent la légitimité électorale. Ils sont les patrons. C’est tout. cela n’empêche une part d’autonomie admise – notamment dans les acquisitions.

    A Bernard
    Merci des diverses considérations notamment sur le garage et les parcs et jardins.

    Mais bon, soyons honnêtes, combien d’entre nous avons envisagé d’installer une petite bibliothèque dans les bureaux de nos autorités de tutelle : j’ai eu la chance de commencer ma carrière das une bibliothèques qui faisait partie du centre administratif municipal. cela m’a aider (ainsi que le syndicalisme) ) me forger une conscience de territoriale tout autant que de bibliothécaire. Et j’ai aimé cette proximité (avec les autres services, avec le Maire).

    La satisfaction de l’usager reste invisible de l’autorité de tutelle : c’est une des grandes difficultés. les bibliothèques rendent pour l’essentiel une multitude de micro-services invisibles et divers à une multitude de gens. Il faut se trouver vis-à-vis des décideurs (hiérarchie,n élus) pour rendre visible l’invisible. Notamment par les événements qui ne serait-ce que pour ça sont utile (ils peuvent l’être aussi par ailleurs).

    A Yvonnic
    Je n’ai rien à répondre. Il diffuse une fois de plus sa hargne contre une BDP qu’il ne nomme pas. Je ne me retrouve en rien dans ce qu’il dit. Un département a bien le droit d’avoir une politique de lecture publique (c’est heureux) mais une bonne politique de développement peut aussi avoir aussi pour effet de faciliter la libération des énergies et volontés locales. Pour le reste, dans le système politique français, il n’y a pas de tutelle entre deux collectivités territoriales de deux niveaux différents.

  6. […] Lire la suite : http://lahary.wordpress.com/2011/06/08/a-bas-les-tutelles/ […]

  7. […]   Voici Billet auquel Dominique Lahary fait […]

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