Cette semaine où sort en salle le Tintin de Spielberg, loin de moins l’idée de condamner l’école de BD belge qu’on désigne sous cette expression, ce que rappelle la BnF ou Wikipedia et qu’un blog célèbre. Elle a nourri ma jeunesse et mon adolescence et m’enchante encore, sans préjudice d’autres écoles.
Mais la ligne claire, c’est celle qui délimite des contours et sépare avec netteté l’objet ou le personnage du reste du monde.
Non à la ligne claire qui délimite la bibliothèque, l’enferme dans ce qu’elle est, la sépare de ce qu’elle n’est pas. Je parle ici de la bibliothèque publique, mais suppose que ma problématique peut valoir au-delà de ce champ.
A mesure que progresse dans les débats professionnels et politiques l’idée de multiplicité des usages et fonctions possibles des bibliothèques, un mouvement inverse s’exprime sous forme de rappel à l’ordre : « ce n’est pas le rôle de la bibliothèque de… ».
Cette injonction vient le plus souvent du milieu bibliothécaire, mais aussi parfois de cadres dirigeants territoriaux ou d’élus.
Elle repose sur l’idée d’une essence de la bibliothèque, qui serait menacée, qu’il faudrait protéger, et qui se maintiendrait, suppose-t-on, à travers les âges (depuis Alexandrie ?)
S’il est utile de considérer l’histoire des bibliothèques et de déceler des permanences et des filiations, les enfermer dans des contours dressés a priori n’a politiquement pas de sens.
La bibliothèque est un outil des politiques publiques locales. Ses contours peuvent varier en fonction des contextes locaux et des politiques locales.
Ici la bibliothèque abrite de l’aide aux devoirs, là ça se passe dans les maisons de quartier. Ici la bibliothèque dispose d’un espace publique numérique, là un cyberspace distinct jour ce rôle (ce qui n’empêche quand même pas de proposer à la bibliothèque des accès à Internet !). Ici la bibliothèque prête des jeux, là il existe une ludothèque séparée. Et j’en passe.
L’essentialité de la bibliothèque est, ces temps-ci, fréquemment brandie en réaction à la notion de bibliothèque 3e lieu où pour condamner l’introduction du jeu vidéo.
Tels les fixistes niant l’évolution des espèces, on trouve toujours des gens pour prétendre que l’essence de la bibliothèque précède son existence. Heureusement que nous sommes nombreux à… faire bouger les lignes.
Ce qui menacerait la bibliothèque, ce serait sa fixité.