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Blog professionnel de Dominique Lahary, bibliothécaire

Archive de la catégorie «Politique documentaire»

La résurrection de la censure…

Posté par Dominique Lahary le 4 août 2009

…c’est le titre de cette gravure de Grandville de 1832.

censureLe 12 juin 2009, l’Assemblée générale de l’ABF a condamné l’acte de censure qui venait d’intervenir à la Ville de Paris avec l’ordre de retrait du CD Perdu d’avance du rappeur Orelsan des bacs des bibliothèques et médiathèques. Je l’ai votée. La ligue des droits de l’homme s’est prononcée dans le même sens, annonce Livres-Hebdo. Quelques biblioblogueurs ont fait de même (voyez Desperate Librarian Housewife et Bibliothèque = Public).

Le site ActuaLitté fait état d’une réponse officielle contournée de la Ville de Paris qui entretient la confusion entre choix professionnel et intervention politique, entre procédure normale de sélection sur un flux d’acquisitions et ordre venu d’en haut et ne concernant qu’un seul titre.

Quelques semaines plus tard, l’annulation du concert d’Orelsam aux Francofolies de La Rochelle amplifiait, tout en en maintenant les termes, une polémique qui avait fleurit à l’occasion du Printemps de Bourges.

On lui reproche une chanson appelant à la violence contre les femmes. texte qui a soulevé l’indignation de défenseurs des droits et de la dignité des femmes et motivé toutes sortes de demandes de faire taire ce chanteur et d’empêcher ses concerts.

Certes, les paroles en questions ne sont guère heureuse, et une précédente expression publique de la Ligue des droits de l’homme analysait la polémique avec nuance, en particulier l’allusion à Marie Trintignant qui jette le trouble.

Mais qu’on en juge ici : la chanson Sale pute est une fiction, représentant une scène de jalousie. Orelsam s’en explique là. Il n’a pas mis cette chanson dans son CD et ne l’interprète pas, ou plus, en public.

Les censeurs étourdis oublient deux choses :

  1. La fiction est la fiction. Si une chape de plomb doit s’abattre sur celle-ci, au nom de toutes les causes incontestables possibles et imaginables, aucune expression artistique ou littéraire n’est plus possible. Va-t-on à nouveau censurer Sade ?
  2. On ne saurait reprocher à un artiste ce qu’il a dit, créé, fait par ailleurs. A ce compte là, Céline est serait exclu des bibliothèques et des librairies.

Beaucoup se sont gaussés de ceux qui, critiquant la censure d’Orelsan, ont ainsi fait référence à des auteurs ou artistes reconnus. Ils ont tort. La censure n’a pas à s’acharner sur ceux qui ne sont pas, ou pas encore, intouchables pour des raisons de légitimité culturelle. On a toujours tort contre Flaubert ou n’importe quel écrivain médiocre qui tombera dans l’oubli, exactement le même tort.

Dans le n°45 de BIBLIOthèque(s) (juillet 2009), une congressiste de l’ABF, dans un billet intitulé Le congrès off,  écrit : « une motion de l’ABF votée pour interdire d’interdire l’ignoble CD du rappeur Orelsam appelant à la violence contre les femmes avec sa très douce chanson Sale pute nous a toutes interdites ». Je me réjouis que la revue de l’ABF publie ce point de vue contraire au vote de l’Assemblée générale. Mais cette collègue se trompe deux fois : la chanson n’est pas dans le CD ; elle n’appelle pas à la violence contre les femmes.

Violence qu’il faut combattre, naturellement.

PS : A lire, le beau numéro de BIBLIOthèque(s) n°41-42 (décembre 2008) sur la censure, dirigé par Michel Melot.

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Six hypothèses sur le numérique et les bibliothèques publiques

Posté par Dominique Lahary le 9 février 2009

Je propose les six hypothèses emboîtées suivantes, sans prétention à l’infaillibilité.


A. Pour le grand public, le numérique c’est pour l’essentiel des ressources gratuitement accessibles, que ce soit légal ou non, sur Internet. Ils se débrouillent tout seuls, à domicile, au bureau, en cybercafé ou en bibliothèque, qui n’ont guère de maîtrise sur les contenus. Tout au plus peuvent-elles plus ou moins avoir à aider, à orienter. Voilà pour l’essentiel le contexte des bibliothèques publiques ni spécialisées ni patrimoniales. (Les cas des bibliothèques universitaires d’une part et de la Bibliothèque nationale d’autre part sont complètement différents).

Hypothèse numéro 1 : avec le numérique de masse, le rôle des médiathèques publiques mute essentiellement de la fourniture de ressources vers l’orientation sur les ressources.

On ne donne plus de poisson, on apprend à pêcher.

Ceci concerne : la documentation, la musique, de plus en plus le cinéma.

B. Le cas du livre est particulier : le livre électronique, conçu de façon immatérielle (un fichier qui sera le plus souvent lu sur un PC) ou physique (une tablette de lecture) est toujours à l’état de marché de niche. Ce qui ne décolle pas (ou pas encore) dans le commerce ne décolle pas non plus dans les bibliothèques. Mais on peut nourrir un marché de niche pour satisfaire un public marginal, encourager l’usage des TIC et expérimenter.

Hypothèse numéro 2 : les bibliothèques publiques peuvent mettre à la disposition de leurs usagers des ressources textuelles en ligne en payantes pour elle (problématique classique de l’achat pour la mise à disposition). C’est une action marginale pour des publics marginaux, qui est encore au stade expérimental

C. La musique et le cinéma en ligne payants sont aussi des marchés de niche puisque beaucoup de gens se débrouillent pour pirater. L’offre légale payante qui se développe est notamment le fait de fournisseurs d’autres services (comme la téléphonie) se situant en dehors des circuits de distribution par les bibliothèques.

Hypothèse numéro 3 : Pour des raisons différentes puisque l’usage numérique de masse est déjà là, la musique et le cinéma payants en ligne relèvent également pour les bibliothèques de l’action marginale et expérimentale.

D. La numérisation des fonds de chaque bibliothèque n’a aucun intérêt en soi, sauf dans le cas où la communication de la copie numérique d’un documents physique acquis est, contractuellement ou légalement, admise. La numérisation la numérisation du patrimoine écrit, musical, vidéo et graphique est au contraire un enjeux politique essentiel car si la puissance publiques s’en abstient, le nouveau monde que constitue le Net sera entièrement privé et l’intérêt public n’y sera pas défendu.

C’est donc une entreprise politique à mener à différents niveaux pertinents (européen, national, régional, etc.)

Hypothèse numéro 4 : La numérisation n’a pas à porter sur des exemplaires détenus par telle ou telle bibliothèque, sauf communication admise d’un double numérique d’un exemplaire physique mais sur des oeuvres. La numérisation d’intérêt public du patrimoine écrit, graphique, sonore et cinématographique relève de différents niveaux de puissance publique. La plupart des bibliothèques publiques locales ne sont en rien concernées.

E. Internet n’est pas seulement une plate forme d’accès à des oeuvres mais une plate-forme de services de toutes sortes. La conformité des bibliothèques à leur époque passe aussi par le développement de services en ligne qui transposent, complètent ou remplacent selon les cas les services physiques de médiation, d’information, d’animation cultuelle et scientifique.

Hypothèse numéro 5 : Le développement de services en ligne constitue l’essentiel de la tâche numérique de la plupart des bibliothèques publiques. Ce n’est pas (ou pas encore ?) la fourniture d’oeuvres.

F. Fournissant quelques oeuvres en ligne et développant des services en ligne, les bibliothèques publiques demeurent cependant :

- des fournisseurs d’objets physiques essentiellement sur papier

- des lieux multiservices d’accueil de la population

Hypothèse numéro 6 : Si toute bibliothèque numérique n’est pas physique, toute bibliothèque physique doit développer des services numériques. Cela ne modifie en rien son rôle par rapport aux ressources physiques (dont la place est relativisée mais non niée) ni le rôle du lieu bibliothèque qui prend au contraire une importance croissante dans les politiques publiques locales.

Tout ceci a naturellement un rapport avec l’avenir des bibliothèques.


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Chapeau à Europeana !

Posté par Dominique Lahary le 21 novembre 2008

Hier 20 novembre 2008, Europeana, la bibliothèque numérique européenne, a été inaugurée.

Il y a 17 ans apparaissait le web, météorite géante qui n’a pas fini de faire trembler le monde, virtuel ET physique..

Depuis, trois web coexistent :

  1. le web coopératif, communautaire, personnel et interpersonnel, qui fut aussi l’Internet d’origine ;
  2. le web marchand, dont une des figures est la gratuité, et qui a réussi a absorber en partie le premier en l’hébergeant et en tirant profit de l’activité non rémunérée des internautes (c’est l’informatique en nuages) ;
  3. enfin le web public, qui est aussi un web de service public.

Il est d’utilité publique que le troisième existe, lui aussi. C’est affaire de volonté politique. D’action déterminée des puissances publiques, à tous les niveaux. Ne serait-ce que pour cela (mais il y a bien sûr d’autres raisons de se réjouir), saluons Europeana.  Dont le site a été tellement visité qu’il a dû être fermé au bout de quelques heures. ll’est toujours à l’heure où j’écris. Comme le rapporte l’AFP :

“En une heure ce matin, 10 millions de personnes ont essayé d’avoir accès à la bibliothèque. Jamais une initiative européenne n’a eu autant de succès”, a commenté Viviane Reding, la commissaire européenne chargée des nouvelles technologies, lors du lancement officiel.

Lisons le communiqué de la Commission européenne.

Ajout du 26 novembre : Pour en savoir plus : ce billet d’Affordance qui commente le départ raté d’Europeana et comprend pas mal de liens intéressants.

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La bibliothèque, outil du lien social

Posté par Dominique Lahary le 14 novembre 2008

Une fois n’est pas coutume, j’aborde ici un sujet directement lié à mon travail à la Bibliothèque départementale du Val d’Oise.

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Longue traîne et réseautage

Posté par Dominique Lahary le 9 septembre 2008

Du 3 au 6 août a eu lieu le 1er congrès de l’AIFBD (association internationale francophone des bibliothécaires documentalistes) dans l‘impressionnante et très convaincante Grande bibliothèque de Montréal. Une belle rencontre, fort bien organisée par des collègues québécois, sous la houlette du président de l’AIFBD, Réjean Savard.

En attendant les actes complets, je propose en prépublication le texte écrit de ma propre intervention intitulée Pour une approche économe de l’accès aux documents : longue traîne et réseautage [texte, diaporama].

J’y reprends la théorie des deux jambes de la bibliothèque, que j’avais développée dans mon projet d’intervention envoyé en décembre 2007 au comité scientifique puis livrée lors d’une intervention sur le désherbage à Médiadix le 15 avril 2008. Je montre que la jambe droite, la bibliothèque visible, peut être étendue grâce à la rotation des collections, horizontale ou asymétrique (comme font les BDP) tandis que la jambe gauche (la bibliothèque invisible) peut l’être par le prêt entre bibliothèques, horizontale ou asymétrique (comme celui de la réserve centrale de la Ville de Paris) : c’est ce que je nomme le « double réseautage », en utilisant un mot québécois bien commode. Puis je propose d’utiliser le modèle de la longue traîne pour rendre compte d’un fonctionnement en réseau des bibliothèques. Je conclus que la coopération et la mutualisation, appuyée sur les catalogues collectifs et une logistique de transport, permettre d’étendre l’offre pour satisfaire à bon compte les demandes récurrentes ou marginales.

Ce schéma vise à optimiser une politique de l’offre (une partie de la bibliothèque visible) et une politique de la demande (l’autre partie de la bibliothèque visible et toute la bibliothèque invisible). Il montre que cette dernière ne concerne pas que les demandes récurrentes (ce qu’on appelle en librairie les best-sellers) mais aussi les demandes marginales. Fonctionnement en réseau et réserves centrales garantissent aussi la diversité culturelle et la conservation des œuvres pour le prêt. Quant à l’encyclopédisme généralement assigné comme principe à appliquer à chaque collection, je le vois plutôt comme la résultante de l’ensemble de l’offre visible et invisible disponible en réseau.

Tout ceci ne concernait, croyais-je, que le service de la bibliothèque physique, à laquelle je crois toujours. Deux commentaires postés sur le présent blog m’ont fait comprendre que la bibliothèque numérique, elle aussi, pouvait avoir deux jambes. Courons !

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Avec Francis Lacassin contre les classements

Posté par Dominique Lahary le 28 août 2008

Nous continuons la rubrique nécrologique avec la disparition de l’inlassable défenseur de certaines littératures, Francis Lacassin.

Dans son article du Monde du 16 août, Patrick Léchichian le cite : “J’aime autant Le Mystérieux docteur Cornélius, de Gustave Lerouge (l’un de ses auteurs fétiches) qu’A la recherche du temps perdu. Il ne faut pas établir d’échelles de valeur entre la “grande” et la “petite” littérature. Les classements sont faits pour les bibliothécaires.”

Acceptons cette pique. Je me souviens pourtant avoir été sensibilisé à ce qu’on s’appelait alors la « paralittérature » en préparant le CAFB en 1976-1977.

Mais cette expression-même indiquait une hiérarchie, un jugement de valeur. Nous savons bien que certains genres mettent du temps à accéder à la légitimité culturelle, et les bibliothèques peuvent être un des lieux de conquête.

Mon hypothèse est que les mauvais genres accèdent à la légitimité culturelle au prix de la dénonciation en leur sein des mauvais livres (ou ce qui revient au même de la mise en valeur des bons) : l’échelle de valeur est transférée des genres aux titres.

Je ne suis pas en train de dire que tout se vaut, il n’est personne pour qui tout se vaille et c’est tant mieux. Mais que tout système de légitimation produit de l’exclusion. Pour le meilleur et pour le pire. Et qu’aucun ne peut se prévaloir d’une légitimité absolue.

Merci à Francis Lacassin d’avoir brouillé les pistes et promu de mauvais genres, sinon de mauvais livres.

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Les deux jambes de la bibliothèque

Posté par Dominique Lahary le 30 avril 2008

Médiadix a organisé 15 avril 2008 une journée d’étude sur le thème Désherbage et conservation partagée. Son directeur Christophe Pavlidès m’a proposé le titre Désherber sans détruire pour une intervention motivée par ce message sur biblio-fr du 17 septembre 2007 que j’ai commenté ici. J’ai eu le plaisir d’entendre Claudine Liebert, inventeuse avec Françoise Gaudet du terme « désherbage » au sens où l’entendent désormais les bibliothécaires, et François Ossent, de la (bienvenue) réserve centrale des bibliothèques de la ville de Paris (compte rendu par Liber, libri - je n’étais pas là l’après-midi).

Dans ma présentation, j’ai repris l’argumentaire pro-désherbage et ce qui le rend scandaleux, surtout aux yeux des non bibliothécaires : la sacralisation de l’objet livre (tandis qu’on n’est pas choqué d’utiliser un CD comme sous-tasse où pour éloigner les oiseaux d’un cerisier). Mais « un livre n’est pas un livre » : ne confondons pas  :
- l’exemplaire physique,
- telle édition particulière dont l’exemplaire physique est un clone parmi les clones,
- l’œuvre, qui est immatérielle.

Puis j’ai plaidé pour une gestion en réseau de la destruction (détruire ne devrait pas être une décision locale) et donc pour une conservation organisée, permettant aux titres qui le méritent de survivre à la raréfaction des demandes par une raréfaction des exemplaires sans disparition totale. Ce que je représente par l’image (détournée) de la longue traîne.

J’en déduisais une nouvelle conception de la conservation : non plus seulement pour l’avenir ou pour les chercheurs, mais aussi pour le grand public, ici et maintenant. Une conservation pour le prêt, avec deux logistiques selon la largeur et la fréquence des flux : la navette et la poste.

Pour finir, j’ai repris l’expression « Les deux jambes de la bibliothèque » utilisée dans mon article Pour une bibliothèque polyvalente  paru dans le Bulletin d’informations de l’ABF n°189, 2000 : « Pourquoi ne pas reconnaître que la bibliothèque marche sur deux jambes, et que l’acquisition d’ouvrages ne relevant pas de la prescription correspond aussi et pleinement à ses

missions ? » Mais j’ai fait glisser le sens de cette expression.
La jambe droite, c’est la bibliothèque visible (et non la collection, dont une partie n’est pas sous les yeux). La gauche, la bibliothèque invisible mais pourtant à disposition : ce qui est sorti, ce qui est en réserve, ce qui est ailleurs et qui peut venir grâce au PEB.

 

Jambe gauche
La bibliothèque invisible

Jambe droite
La bibliothèque visible

Public

Je sais ce que je veux

Je viens fouiner

Service

La gestion des demandes

La mise en espace

Démarche

Répondre à la demande

Prescrire

Les caractéristiques des bibliothèques visibles et invisibles diffèrent considérablement :

Jambe gauche
La bibliothèque invisible

Jambe droite
La bibliothèque visible

Indépendant de la surface

Dépend de la surface

Grandes quantités

Pas trop de quantité

Présentation indifférente

Présentation aérée

Préservation

Renouvellement

Pas de surprise

La surprise comme épice

 

Un mot sur la prescription : elle est plus efficace dans la bibliothèque visible (comment promouvoir ce qu’on ne met pas sous les yeux ?). Cela ne veut pas dire qu’il ne faille y faire que de la prescription : « Si quiconque, entrant dans une bibliothèque, n’y décèle rien qui lui soit déjà familier, alors il lui est signifié, j’ose dire avec violence, que cet endroit n’est pas pour lui » écrivais-je dans Pour une bibliothèque polyvalente. Mais c’est là qu’on peut offrir le piment de la surprise. Au fond des réserves ou sur les rayonnages des autres bibliothèques accessibles par le PEB, n’est demandé que ce qui est explicitement désiré.
Cette jambe gauche, finalement, c’est bien la longue traîne.
Cette vision d’un service bibliothèque marchant sur deux jambes fonctionne naturellement d’autant mieux en réseau. La bibliothèque ce peut être, au-delà que la seule collection locale attachée au lieu qui la voit naître indéfiniment, des fonds tournants. La bibliothèque invisible, c’est une réserve centrale mais aussi les autres bibliothèques accessibles part le PEB. Ainsi est dépassée la malédiction quantitative qui veut qu’en de petits lieux on ne satisfait pas les demandes trop spécialisées. Ainsi peut être réalisée « cette idée essentielle selon laquelle les besoins [sont] partout qualitativement identiques » (Michel Bouvy, « Une revue professionnelle de combat : Médiathèques publiques », in : Mémoires pour demain : Mélanges en l’honneur de Albert Ronsin, Gérard Thirion, Guy Vaucel. – Paris : Association des bibliothécaires français, 1995).
Ce modèle vaut pour la bibliothèque physique, la bibliothèque des documents physiques, à laquelle je crois toujours. Je ne sais s’il peut s’appliquer à la bibliothèque numérique. Sur un écran, la surface d’exposition est limitée. On ne peut pas montrer grand chose mais on peut chercher beaucoup : la jambe droite est minuscule, la gauche est immense.
Et puis il y a naturellement les fonctions non documentaires de la bibliothèque, à commencer par celles du lieu. Mettons que c’est le tronc.

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La bibliothèque vous en donne moins ?

Posté par Dominique Lahary le 22 avril 2008

En cette époque où l’on cherche la « valeur ajoutée » de la bibliothèque parce qu’elle se trouve concurrencée comme agent de diffusion, je suis frappé par certains discours professionnels qui aboutissent à défendre… la « valeur diminuée. »

L’insistance sur la sélection, comme geste bibliothécaire, très souvent défendue dans une logique auto-justificative (« on a envie de… », « notre métier c’est de… »), peut tourner à la justification du « moins ». Rappelons-nous que notre désir n’est pas la mesure de notre utilité publique.

Ainsi, les fournisseurs numériques auxquels nous pouvons avoir à faire peuvent nous proposer des catalogues entiers, quand notre atavisme nous commande de choisir titre par titre. Sans ce choix, notre travail ne vaudrait rien et nous n’aurions pas de politique documentaire.

Ainsi, il faut que la bibliothèque vous en donne moins pour exister.

C’est à mon avis ne rien comprendre à l’ère d’abondance que permet le numérique.

La recommandation, d’accord ! celle des bibliothécaires, celle que les bibliothécaires permettent par les interfaces qu’ils mettent à la disposition du public, celles que les gens organisent comme des grands. La recommandation, c’est à dire donner quelques repères dans l’abondance autorisée.

Mais la sélection négative (je ne fournis que ce que j’ai sélectionné), dans un contexte d’abondance, c’est ramer à contre-courant avec une petite cuillère. La sélection titre par titre quand on peut avoir tout forfaitairement, c’est de la Préhistoire.

Déjà le web avait suscité dans les bibliothèques la constitution de signets dont la pire espèce était la liste de sites en dehors desquels il était interdit de naviguer. Et on a toujours l’occasion d’avoir honte de certains web de bib. Je crains que ce type de réaction ne perdure au fur et à mesure que la société numérique se développe.

La bibliothèque de la rareté existe toujours, elle est facile à comprendre. La bibliothèque de l’abondance, nous avons à la construire. Elle n’est pas aisée à concevoir. Mais je ne crois pas que nous ayons le choix.

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Désherbage, partage et conservation

Posté par Dominique Lahary le 11 janvier 2008

Dans son édition du 9 janvier 2008, Le Monde, sous le titre Au conseil municipal de Bordeaux : poésie administrative, désherbage et désinfection, plaint le pauvre conseiller municipal de Bordeaux réduit a supporter d’interminable séances pour délibérer de broutilles. Parmi celles citées, il y avait effectivement «les opérations de désherbage à la bibliothèque municipale (destruction d’ouvrages périmés ou en mauvais état, soit 2 90 documents pour 2007)».

Voici une version soft de l’ironie ou de l’incompréhension que suscite généralement le désherbage à l’extérieur de notre profession. J’ai été responsable du lancement d’un débat sur biblio-fr, que j’ai fini par nourrir le 17 septembre d’un texte intitulé Désherbage.

Deux message critiques (vive le débat contradictoire !) m’ont paru passer à côté des questions que je posais.

Mon premier contradicteur faisait mine de croire que ma défense de la rotation des fonds, contre le fétichisme de la fixité de la collection locale, n’était qu’une défense corporative de la maison BDP, et d’en dresser une caricature. Là n’était pas mon propos. Je maintiens que le public gagnerait à des fonds plus mobiles et donc davantage mutualisés.

Mon second contradicteur, Bruno David, s’est plus a filer la métaphore au-dessous de la ceinture avec un texte qui, remanié, a constitué le numéro 01 de la nouvelle rubrique Blanc-seing du site Bibliofrance (que je salue pour son utilité) : La conception scatologique de la lecture publique.

L’auteur, qui qualifie le dogme les positions qui ne partage pas, ce qui peut lui être aisément retourné, me fait passer pour un éliminateur forcené, montrant par là qu’il a surtout éliminé le sens de mon texte (ce qu’il avoue indirectement dans une note : «On trouve dans le texte de D. Lahary une idée intéressante, celle de conservation partagée, mais elle est sans rapport, voire en contradiction avec le reste»).

Si j’ai réexprimé avec vigueur la nécessité absolue de l’élimination régulière des rayons en libre accès de ce qui les encombre, si je persiste à mettre en cause le fétichisme de l’objet livre et de la collection locale, je terminais très délibérément mon texte par un éloge des nécessités de la conservation. je proposais même d’étendre cette conception au-delà de la conservation patrimoniale, bien connu et évidemment essentielle : j’en appelais à une politique de conservation grand public propre à maintenir un haut nouveau de disponibilité des titres, grâce à une mutualisation de l’élimination et du stockage, à l’exemple de la réserve centrale de la ville de Paris.

Dans la logique de la longue traîne ! Je persiste. Désherbage et conservations gagneront à être pensés ensemble. Grâce à la mutualisation.

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Bibliothèque et concurrence : par quel(s) bout(s) prendre la question ?

Posté par Dominique Lahary le 23 août 2007

Publics : quelles attentes ? Bibliothèques : quelles concurrences ?
Actes publiés en ligne en juillet 2005 par la BPI du Colloque organisé le 24 juin 2004 à la BnF par l’Observatoire permanent de la lecture publique à Paris et Médiadix, BnF,  :
Bibliothèque et concurrence : par quel(s) bout(s) prendre la question ?
Tiré à part personnel

Compte rendu : Publics : quelles attentes ? Bibliothèques : quelles concurrences ? / Doury-Bonnet Juliette, Bulletin des bibliothèques de France, 2004, n° 5

Cette intervention représente pour moi un deuxième choc intérieur, après celle prononcée en 2004 sous le titre Du profil de poste au métier. La préparant, j’ai vraiment pris conscience qu’en se plaçant radicalement du point de vue du public, la bibliothèque n’était qu’un élément parmi d’autre d’un système de concurrence. J’en déduirais plus tard qu’elle est dans le marché, contre une conception commune de la bibliothèque comme hors marché. Je ne l’en retire pas pour autant de l’action publique !

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