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Blog professionnel de Dominique Lahary, bibliothécaire. Mes propos n'engagent que moi.

Archives de la catégorie ‘Politique documentaire’

Eloge du chariot de retour

Publié par Dominique Lahary le 31 octobre 2011

Chariot de retour à la médiathèque de Franconville (95)

Il ne paye pas de mine. C’est une modestie sur roulette, une humilité pratique, un simple dispositif technique accordant au document rendu par l’usager un temps de latence avant son rangement en rayon.

Oui mais voilà : bien souvent ce document ne rejoint pas sa place assignée car il est repris par d’autre usager.

On pourrait n’y voir qu’un gain de temps appréciable : c’est toujours ça de moins à ranger. Mais c’est bien plus.

On sait bien que nos chariots de retour sont, pour peu que le public y ait accès, des pôles d’animation. On s’y presse comme au comptoir du bistrot, on y farfouille, seul ou à plusieurs, on y papote et on s’y sert. Pratique ! Pas besoin de se fatiguer à déambuler entre les rayonnages. Une commodité pour gens paresseux, pressés, suiveurs : puisque c’est là, c’est que des gens les ont pris, alors ça doit être bien.

Je ne crois pas un mot de ces deux dernières phrases, ou plutôt, je ne vois pas le chariot sous cet angle.

Car que dit l’engouement de tant de gens pour ce modeste élément de mobilier mobile ?

Il dit qu’on aime à farfouiller dans un petit choix.

Qu’on aime farfouiller tout court, comme dans le bac à chaussettes de certains commerçants.

Qu’on est attiré, au milieu de l’impressionnante galerie des œuvres proposées, rangés sen rang d’oignon, par celles qui ont déjà servi et se présentent dans un aimable fatras..

Le chariot de retour, c’est la tête de gondole garnie par les usagers eux-mêmes, c’est la prescription entre pairs. Un petit bout d’horizontalité roulante dans la cathédrale (ou la chapelle) verticale.

Voilà pourquoi je me gendarme quand, appelé à donner mon avis sur un projet d’aménagement de bibliothèque, je constate que les chariots ne seront pas libérés au milieu des gens. Je hais les banques qui les emprisonnent ou les tapis roulants où disparaissent immédiatement, dès que rendus, les documents voués à un tri automatique.

Avec ce petit ustensile roulant il y a moins à ranger, et les gens adorent : tout le monde y gagne.

Libérons les chariots de retour !

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Les deux pôles de l’action culturelle publique

Publié par Dominique Lahary le 25 juillet 2011

Il me semble que l’action culturelle publique s’organise en deux pôles : aide à la création, prise en compte du public. Ses différents secteurs relèvent le plus souvent des deux, mais dans des proportions variables. Leur point commun : l’action publique rend possible ce que le seul jeu du marché ne permettrait pas, ou rendrait plus difficile.

L’aide à la création, aux créateurs, remonte aux époques ou les artistes étaient les clients ou les protégés des puissants ou des institutions religieuses. La puissance publique, démocratique (État, collectivités locales…) ou non (dans les régimes dits communistes), a pris leur relais.

De même que toute création s’impose à un public qui ne l’attendait pas, de même l’aide à la création ne saurait s’embarrasser a priori d’une demande du public.

La prise en compte du public procède à l’inverse : la puissance publique est alors attentive aux besoins, aux attentes, aux demandes du publics des institutions, organismes, équipements et programmes culturels. Ce pôle n’est apparu qu’au 20ème siècle, me semble-t-il.

Comme l’autre pôle, elle se justifie par le fait que la puissance publique est mieux placée pour satisfaire ses demandes, seule ou en complément avec l’offre non publique, commerciale ou non

Si l’on pervertit l’aide à la création par des impératifs d’audimat, on trahit une mission d’intérêt public. Cette mission est purement culturelle. Tout autre considération serait instrumentalisation.

Mais si on enferme la prise en compte du public dans la seule problématique de l’aide à la création, ont trahit là encore une mission d’intérêt public. Qui est, elle, nécessairement impure, mêlant le culturel et le social.

En d’autres termes, il y a une nécessaire incohérence de l’action publique culturelle, une nécessaire tension entre ses deux pôles. Cela se traduit inévitablement par une incompréhension entre ceux des acteurs qui campent presque exclusivement sur l’un des deux pôles.

J’écris ici sur l’ensemble des politiques culturelles pour désigner une nécessaire incohérence. Ceux qui se tiennent campés sur un des deux pôles en ignorant l’autre ou pire en voulant sa mort ne veulent rien d’autre à mon avis que l’appauvrissement des politiques culturelles par leur soumission à un principe unique.

Mais cette problématique permet aussi d’éclairer le cas spécifique des bibliothèques.

On voit bien comme de l’extérieur la bibliothèque est souvent enrôlée dans le camp de l’aide à la création, comment certains auteurs s’imaginent la bibliothèque comme nécessairement « d’art et d’essai ».

On voit aussi les querelles internes aux bibliothécaires entre les prescripteurs et les diffuseurs, les uns de se sentant justifiés que par la transmission et les autres par l’usage et les usagers

Je considère pour ma part que la plupart des bibliothèques, et en tout cas celles dites de « lecture publique », sans être étrangères au pôle de soutien à la création, relèvent prioritairement du pôle du public.

Mais j’admets des éléments de prescription et de soutien à la création (résidences d’auteurs ou d’artistes, rencontres avec eux, rôle d’achat de certaines production).

Vive l’incohérence !

PS :

1. Ce billet traînait déjà quand a fleuri la polémique sur la Culture pour chacun , à partir de deux rapports : Étude et   propositions d’actions en faveur de l’accès de chacun à la culture par Elise Longuet, 15mars 2010, et Culture pour chacun par Guillaume Pfister et Francis Lacloche, 7 novembre 2010. J’y reviendrai peut-être car ce débat croise étroitement ma problématique des deux pôles.

2. Comme je reviendrai peut-être sur cet intéressant texte d’Olvier Donnat, En finir (vraiment) avec la « démocratisation de la culture » , publié depuis le 24 avril 2011 mais qu’un DAC vient seulement de me faire découvrir

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Un service est un service

Publié par Dominique Lahary le 9 juillet 2010

On entend souvent dire : l’animation a pour but de mettre en valeur les collections, telle collection est un produit d’appel, tel support sert à faire venir des gens.

Je propose de prendre l’exact contre-pied de tout cela et de proclamer qu’un service (proposé par la bibliothèque) est un service (légitime en lui-même) proposé à des publics (qui en jouissent pour lui-même). Un service n’est pas une ruse pour amener les gens à autre chose, il est un service, c’est tout. Et c’est bien.

Une collègue expliquait récemment dans une journée d’étude, en présenta son activité de ludothèque au sein de la médiathèque : nous proposons aux usagers de jouer. C’est juste pour jouer. Il n’y a pas d’autre objectif.

Il est compréhensible que dans le commerce on utilise des produits d’appel pour faire venir les gens et les amener à consommer autre chose. Légitime qu’un éditeur, un libraire comptent sur la vente de best-seller.

Mais nous agissons dans le cadre d’un service public, de politiques publiques. Tout ce que nous offrons est légitime – ou n’est pas offert.
[Voir ici pour dissiper toute ambiguïté]

Dès lors il importe peu que des usagers de certaines animations ne reviennent pas fréquenter la bibliothèque pour autre chose, comme on l’entend regretter. On leur a rendu un service. La bibliothèque est un carrefour de services, et pour cela constitue, dans ses lieux et sur ses sites, des carrefours d’usagers.

S’il ces usagers se croisent et s’enchevêtrent, tant mieux. C’est alors le fait de ces rencontres et croisements qui constituent un service en soi – la bibliothèque outil de lien social.

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La résurrection de la censure (suite)

Publié par Dominique Lahary le 2 juin 2010

Après la Ville de Paris l’an dernier, c’est le Conseil général de la Somme qui s’adonne à la censure en bibliothèque, en annulant une exposition préparée depuis deux ans à la bibliothèque départementale sous le titre Pour adultes seulement : quand les illustrateurs de jeunesse dessinent pour les grands.

On trouvera :

Pour en savoir plus :

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Les fonds flottants ça existe !

Publié par Dominique Lahary le 14 mai 2010

« Le jour viendra peut-être où les livres nomades, allant et venant où un lecteur les appelle, n’auront plus d’adresse fixe »
Eugène Morel, Bibliothèques : essai sur le développement des bibliothèques publiques et de la librairie dans les deux mondes, Mercure de France, 1909.

Merci à Bertrand Calenge d’avoir ressuscité ce propos dans son article Le nouveau visage des collections (BBF n°3, 2010, à lire par ailleurs). Mais il pense la prophétie réalisée par le flux d’Internet. Elle l’est aussi avec les livres de papier, les CD, les DVD…

En 2004, alors que ma bibliothèque bouillonnait dans un projet de service qui allait permettre de reformuler ses missions et de revoir son organisation, j’eus avec une collègue une discussion que nous jugions délirante utopique et pourtant si raisonnable ! Cela donna la fiche Le fonds flottant ou la main invisible, qui n’a donné naissance à aucune application (ce n’est d’ailleurs pas dans le pouvoir d’une BDP que de réaliser cette idée) mais que j’ai mis en ligne.

Il s’agit simplement de dire que dans un réseau où tout document peut venir à l’usager sur réservation d’une autre bibliothèque que celle où il va l’emprunter et/ou être rendu dans une autre bibliothèque que celle où il l’a emprunté, point n’est besoin de retour à l’envoyeur : le document est là où il vient d’être rendu. Il suffit pour cela que le système informatique ne gère des localisations temporaires et non des localisations permanentes.

Mais l’an dernier, au rendez-vous international du congrès de  l’ABF, j’apprends d’Inga Ludén, directrice, Réseau des bibliothèques de Stockholm, que cela existe là-bas (c’est noté sur la dernière diapo de sa présentation) et qu’ils ont pris l’idée à je ne sais plus quelle bibliothèque australienne ! Et le principe a fait l’objet l’an dernier d’une étude par des élèves de l’Enssib en stage à la ville de Paris.

Il en est question dans cet article du Library Journal du 20 mars 2010 qui cite le document What is a floating collection de mars 2008 et une  Philosophy of Float de février 2010.

Le fonds flottant c’est une idée simple, qui économise au moins la moitié des trafics de retour. Mais elle met en cause la localisation des fonds. C’est heureux. Plus nous ferons flotter les fonds, plus nous échapperons à cette vision possessive de la collection, que j’appellerais la collectionnite. Je persiste à dire que « la grande erreur serait de croire que le flux est seulement numérique. Le flux est aussi matériel » écrivais-je en 2006 dans une réponse, sollicitée par Livres-hebdo, … à Eugène Morel http://www.lahary.fr/pro/2006/reponses-a-morel.htm. J’avais complètement oublié que j’avais ainsi répondu au texte de Morel figurant ci-dessus. Je suis content d’avoir publié ma réponse, y compris les phrases (dont celles-ci) alors coupées par Livres-Hebdo : ce sont les  plus importantes à mes yeux.

Vivent donc les documents nomades, pour la plus grande satisfaction du public, et la plus grande simplification du service à lui rendre.

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La résurrection de la censure…

Publié par Dominique Lahary le 4 août 2009

…c’est le titre de cette gravure de Grandville de 1832.

censureLe 12 juin 2009, l’Assemblée générale de l’ABF a condamné l’acte de censure qui venait d’intervenir à la Ville de Paris avec l’ordre de retrait du CD Perdu d’avance du rappeur Orelsan des bacs des bibliothèques et médiathèques. Je l’ai votée. La ligue des droits de l’homme s’est prononcée dans le même sens, annonce Livres-Hebdo. Quelques biblioblogueurs ont fait de même (voyez Desperate Librarian Housewife et Bibliothèque = Public).

Le site ActuaLitté fait état d’une réponse officielle contournée de la Ville de Paris qui entretient la confusion entre choix professionnel et intervention politique, entre procédure normale de sélection sur un flux d’acquisitions et ordre venu d’en haut et ne concernant qu’un seul titre.

Quelques semaines plus tard, l’annulation du concert d’Orelsam aux Francofolies de La Rochelle amplifiait, tout en en maintenant les termes, une polémique qui avait fleurit à l’occasion du Printemps de Bourges.

On lui reproche une chanson appelant à la violence contre les femmes. texte qui a soulevé l’indignation de défenseurs des droits et de la dignité des femmes et motivé toutes sortes de demandes de faire taire ce chanteur et d’empêcher ses concerts.

Certes, les paroles en questions ne sont guère heureuse, et une précédente expression publique de la Ligue des droits de l’homme analysait la polémique avec nuance, en particulier l’allusion à Marie Trintignant qui jette le trouble.

Mais qu’on en juge ici : la chanson Sale pute est une fiction, représentant une scène de jalousie. Orelsam s’en explique là. Il n’a pas mis cette chanson dans son CD et ne l’interprète pas, ou plus, en public.

Les censeurs étourdis oublient deux choses :

  1. La fiction est la fiction. Si une chape de plomb doit s’abattre sur celle-ci, au nom de toutes les causes incontestables possibles et imaginables, aucune expression artistique ou littéraire n’est plus possible. Va-t-on à nouveau censurer Sade ?
  2. On ne saurait reprocher à un artiste ce qu’il a dit, créé, fait par ailleurs. A ce compte là, Céline est serait exclu des bibliothèques et des librairies.

Beaucoup se sont gaussés de ceux qui, critiquant la censure d’Orelsan, ont ainsi fait référence à des auteurs ou artistes reconnus. Ils ont tort. La censure n’a pas à s’acharner sur ceux qui ne sont pas, ou pas encore, intouchables pour des raisons de légitimité culturelle. On a toujours tort contre Flaubert ou n’importe quel écrivain médiocre qui tombera dans l’oubli, exactement le même tort.

Dans le n°45 de BIBLIOthèque(s) (juillet 2009), une congressiste de l’ABF, dans un billet intitulé Le congrès off,  écrit : « une motion de l’ABF votée pour interdire d’interdire l’ignoble CD du rappeur Orelsam appelant à la violence contre les femmes avec sa très douce chanson Sale pute nous a toutes interdites ». Je me réjouis que la revue de l’ABF publie ce point de vue contraire au vote de l’Assemblée générale. Mais cette collègue se trompe deux fois : la chanson n’est pas dans le CD ; elle n’appelle pas à la violence contre les femmes.

Violence qu’il faut combattre, naturellement.

PS : A lire, le beau numéro de BIBLIOthèque(s) n°41-42 (décembre 2008) sur la censure, dirigé par Michel Melot.

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Six hypothèses sur le numérique et les bibliothèques publiques

Publié par Dominique Lahary le 9 février 2009

Je propose les six hypothèses emboîtées suivantes, sans prétention à l’infaillibilité.


A. Pour le grand public, le numérique c’est pour l’essentiel des ressources gratuitement accessibles, que ce soit légal ou non, sur Internet. Ils se débrouillent tout seuls, à domicile, au bureau, en cybercafé ou en bibliothèque, qui n’ont guère de maîtrise sur les contenus. Tout au plus peuvent-elles plus ou moins avoir à aider, à orienter. Voilà pour l’essentiel le contexte des bibliothèques publiques ni spécialisées ni patrimoniales. (Les cas des bibliothèques universitaires d’une part et de la Bibliothèque nationale d’autre part sont complètement différents).

Hypothèse numéro 1 : avec le numérique de masse, le rôle des médiathèques publiques mute essentiellement de la fourniture de ressources vers l’orientation sur les ressources.

On ne donne plus de poisson, on apprend à pêcher.

Ceci concerne : la documentation, la musique, de plus en plus le cinéma.

B. Le cas du livre est particulier : le livre électronique, conçu de façon immatérielle (un fichier qui sera le plus souvent lu sur un PC) ou physique (une tablette de lecture) est toujours à l’état de marché de niche. Ce qui ne décolle pas (ou pas encore) dans le commerce ne décolle pas non plus dans les bibliothèques. Mais on peut nourrir un marché de niche pour satisfaire un public marginal, encourager l’usage des TIC et expérimenter.

Hypothèse numéro 2 : les bibliothèques publiques peuvent mettre à la disposition de leurs usagers des ressources textuelles en ligne en payantes pour elle (problématique classique de l’achat pour la mise à disposition). C’est une action marginale pour des publics marginaux, qui est encore au stade expérimental

C. La musique et le cinéma en ligne payants sont aussi des marchés de niche puisque beaucoup de gens se débrouillent pour pirater. L’offre légale payante qui se développe est notamment le fait de fournisseurs d’autres services (comme la téléphonie) se situant en dehors des circuits de distribution par les bibliothèques.

Hypothèse numéro 3 : Pour des raisons différentes puisque l’usage numérique de masse est déjà là, la musique et le cinéma payants en ligne relèvent également pour les bibliothèques de l’action marginale et expérimentale.

D. La numérisation des fonds de chaque bibliothèque n’a aucun intérêt en soi, sauf dans le cas où la communication de la copie numérique d’un documents physique acquis est, contractuellement ou légalement, admise. La numérisation la numérisation du patrimoine écrit, musical, vidéo et graphique est au contraire un enjeux politique essentiel car si la puissance publiques s’en abstient, le nouveau monde que constitue le Net sera entièrement privé et l’intérêt public n’y sera pas défendu.

C’est donc une entreprise politique à mener à différents niveaux pertinents (européen, national, régional, etc.)

Hypothèse numéro 4 : La numérisation n’a pas à porter sur des exemplaires détenus par telle ou telle bibliothèque, sauf communication admise d’un double numérique d’un exemplaire physique mais sur des oeuvres. La numérisation d’intérêt public du patrimoine écrit, graphique, sonore et cinématographique relève de différents niveaux de puissance publique. La plupart des bibliothèques publiques locales ne sont en rien concernées.

E. Internet n’est pas seulement une plate forme d’accès à des oeuvres mais une plate-forme de services de toutes sortes. La conformité des bibliothèques à leur époque passe aussi par le développement de services en ligne qui transposent, complètent ou remplacent selon les cas les services physiques de médiation, d’information, d’animation cultuelle et scientifique.

Hypothèse numéro 5 : Le développement de services en ligne constitue l’essentiel de la tâche numérique de la plupart des bibliothèques publiques. Ce n’est pas (ou pas encore ?) la fourniture d’oeuvres.

F. Fournissant quelques oeuvres en ligne et développant des services en ligne, les bibliothèques publiques demeurent cependant :

- des fournisseurs d’objets physiques essentiellement sur papier

- des lieux multiservices d’accueil de la population

Hypothèse numéro 6 : Si toute bibliothèque numérique n’est pas physique, toute bibliothèque physique doit développer des services numériques. Cela ne modifie en rien son rôle par rapport aux ressources physiques (dont la place est relativisée mais non niée) ni le rôle du lieu bibliothèque qui prend au contraire une importance croissante dans les politiques publiques locales.

Tout ceci a naturellement un rapport avec l’avenir des bibliothèques.


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Chapeau à Europeana !

Publié par Dominique Lahary le 21 novembre 2008

Hier 20 novembre 2008, Europeana, la bibliothèque numérique européenne, a été inaugurée.

Il y a 17 ans apparaissait le web, météorite géante qui n’a pas fini de faire trembler le monde, virtuel ET physique..

Depuis, trois web coexistent :

  1. le web coopératif, communautaire, personnel et interpersonnel, qui fut aussi l’Internet d’origine ;
  2. le web marchand, dont une des figures est la gratuité, et qui a réussi a absorber en partie le premier en l’hébergeant et en tirant profit de l’activité non rémunérée des internautes (c’est l’informatique en nuages) ;
  3. enfin le web public, qui est aussi un web de service public.

Il est d’utilité publique que le troisième existe, lui aussi. C’est affaire de volonté politique. D’action déterminée des puissances publiques, à tous les niveaux. Ne serait-ce que pour cela (mais il y a bien sûr d’autres raisons de se réjouir), saluons Europeana.  Dont le site a été tellement visité qu’il a dû être fermé au bout de quelques heures. ll’est toujours à l’heure où j’écris. Comme le rapporte l’AFP :

"En une heure ce matin, 10 millions de personnes ont essayé d’avoir accès à la bibliothèque. Jamais une initiative européenne n’a eu autant de succès", a commenté Viviane Reding, la commissaire européenne chargée des nouvelles technologies, lors du lancement officiel.

Lisons le communiqué de la Commission européenne.

Ajout du 26 novembre : Pour en savoir plus : ce billet d’Affordance qui commente le départ raté d’Europeana et comprend pas mal de liens intéressants.

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La bibliothèque, outil du lien social

Publié par Dominique Lahary le 14 novembre 2008

Une fois n’est pas coutume, j’aborde ici un sujet directement lié à mon travail à la Bibliothèque départementale du Val d’Oise.

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Longue traîne et réseautage

Publié par Dominique Lahary le 9 septembre 2008

Du 3 au 6 août a eu lieu le 1er congrès de l’AIFBD (association internationale francophone des bibliothécaires documentalistes) dans l‘impressionnante et très convaincante Grande bibliothèque de Montréal. Une belle rencontre, fort bien organisée par des collègues québécois, sous la houlette du président de l’AIFBD, Réjean Savard.

En attendant les actes complets, je propose en prépublication le texte écrit de ma propre intervention intitulée Pour une approche économe de l’accès aux documents : longue traîne et réseautage [texte, diaporama].

J’y reprends la théorie des deux jambes de la bibliothèque, que j’avais développée dans mon projet d’intervention envoyé en décembre 2007 au comité scientifique puis livrée lors d’une intervention sur le désherbage à Médiadix le 15 avril 2008. Je montre que la jambe droite, la bibliothèque visible, peut être étendue grâce à la rotation des collections, horizontale ou asymétrique (comme font les BDP) tandis que la jambe gauche (la bibliothèque invisible) peut l’être par le prêt entre bibliothèques, horizontale ou asymétrique (comme celui de la réserve centrale de la Ville de Paris) : c’est ce que je nomme le « double réseautage », en utilisant un mot québécois bien commode. Puis je propose d’utiliser le modèle de la longue traîne pour rendre compte d’un fonctionnement en réseau des bibliothèques. Je conclus que la coopération et la mutualisation, appuyée sur les catalogues collectifs et une logistique de transport, permettre d’étendre l’offre pour satisfaire à bon compte les demandes récurrentes ou marginales.

Ce schéma vise à optimiser une politique de l’offre (une partie de la bibliothèque visible) et une politique de la demande (l’autre partie de la bibliothèque visible et toute la bibliothèque invisible). Il montre que cette dernière ne concerne pas que les demandes récurrentes (ce qu’on appelle en librairie les best-sellers) mais aussi les demandes marginales. Fonctionnement en réseau et réserves centrales garantissent aussi la diversité culturelle et la conservation des œuvres pour le prêt. Quant à l’encyclopédisme généralement assigné comme principe à appliquer à chaque collection, je le vois plutôt comme la résultante de l’ensemble de l’offre visible et invisible disponible en réseau.

Tout ceci ne concernait, croyais-je, que le service de la bibliothèque physique, à laquelle je crois toujours. Deux commentaires postés sur le présent blog m’ont fait comprendre que la bibliothèque numérique, elle aussi, pouvait avoir deux jambes. Courons !

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