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Blog professionnel de Dominique Lahary, bibliothécaire. Mes propos n'engagent que moi.

La recommandation, dernier refuge du bibliothécaire ?

Posted by Dominique Lahary sur 30 octobre 2007

Un thème fait ces temps-ci florès sur les blogs professionnels de bibliothécaire : la « recommandation ». On désigne par là le système de commentaire que l’on trouve sur les sites dit « Web 2.0 », qu’ils relèvent web « social », c’est-à-dire de société civile, ou de commerces en ligne, comme les librairies.

Au fond, on propose que les bibliothèques s’emparent de ces outils afin de faire de la prescription.

Ce qui me frappe, c’est que ce thème peut apparaître comme un changement de réponse à la question : quel est l’invariant du bibliothécaire ? Et donc l’essence de la bibliothèque ?

Longtemps ce fut la conservation : la bibliothèque est un endroit de garde, et le bibliothécaire est le gardien.

Puis ce fut la fourniture documentaire : la bibliothèque est un endroit d’approvisionnement, et le bibliothécaire en est le sélectionneur.

Ce serait donc désormais la recommandation : la bibliothèque serait un organe d’orientation et de commentaire, et le bibliothécaire serait cet orientateur-commentateur.

Je vois dans cette vision une nécessité corporative. Quoi qu’il en soit, il faut bien survivre, fût-ce au prix d’un changement de nature, avec effet rétroactif : je proclame aujourd’hui que de tous temps l’essence de la bibliothèque est la recommandation, même si nul auparavant ne s’en était avisé. (Sur la nécessité corporative exprimée en termes de capital symbolique, d’après Bourdieu, voir ce billet de Bruits et chuchottements).

Dans cette réécriture, un invariant : la supériorité symbolique du bibliothécaire, hier pour garder, aujourd’hui pour sélectionner, demain pour recommander : nous sommes toujours dans la prescription.

Mais que cela ne nous empêche pas de redéfinir les missions des bibliothèques : c’est légitime, inévitable.

Et cela ne retire rien de la validité de l’idée de recommandation. Voici quelques écrits :

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8 Réponses to “La recommandation, dernier refuge du bibliothécaire ?”

  1. XG said

    Je suis tout a fait d’accord avec le notion de recommandations avec usagers. Je vois deux grands exemples virtuels:
    – Le défilement aléatoire des commentaires sur des notices que propose l’OPAC de La Médiathèque de St Herblain
    http://www.la-bibliotheque.com/homepage.php
    – Le blog du Bookspace de la Bibliothèque publique de Hennepin qui agrège les commentaires des lecteurs sous forme de blogs:
    http://www.hclib.org/pub/bookspace/Blog/

  2. berntgmur said

    Bibliothécaire, j’ai travaillé dans un établissement où les catégories A achetaient, les B cataloguaient, et les C équipaient.
    Un bel organigramme qui un jour a été chamboulé… Tout le monde a été obligé de tout faire … en fait, tout le monde a été placé sous l’autorité d’un seul chef démago. Juste la pyramide a été écrasée au nom de valeurs détournées.
    Dans beaucoup d’établissement, Internet n’est pas pris en compte. Mettre en ligne le catalogue et développer des services liés au catalogue, n’est pas une évidence. A l’autre extrême, la tendance du jour est à la recommandation. Moi pas tout comprendre de la novlangue. Sans doute la recommandation est un synonyme de la médiation. En tout cas, je sais que le médiateur virtuel est encore un incompris dans nos bibliothèques d’autant plus que la publication en ligne n’est pas maitrisée. Et les intervenants éventuels bridés par les services communication et informatique.
    Mieux que discourir, expérimenter. Bibliothécaire est un métier divers.

    BS de bibliosurf

  3. lahary said

    Expérimenter bien sûr, c’est le sens du message de XG.
    Et que la médiation numérique soit encore une idée neuve, j’en conviens également. Tout le sens de mon message était de la mettre en perspective, et de militer pour une médiation « avec » les usagers, non au-dessus d’eux.

  4. Kotkot said

    Décidément, voilà matière à faire débat, donc rencontres et échanges non virtuels. Qui s’y colle ?
    Médiation numérique, j’y crois , le terme est en train de prendre un peu de définitions.
    Mais aussi re-contextualisation de la bibliothèque dans l’univers de l’usager : non pas centre ni maître, mais accompagnatrice. D’où la problématique d’association de l’usager en amont de la recommandation, avec/sans le document présent dans sa bibliothèque.

    je développerai …

  5. SIC ou SIB ?

    Une remarque en passant à la lecture du dernier billet d’Olivier Ertzscheid sur les Sciences de l’Information. Olivier se réfère au billet de Thomas Chaimbault qui se livre à un exercice de définition “avec toute la rigueur dont …

  6. Juste Dominique je vois bien ce que tu veux dire, mais je pense qu’il nous faut aussi abolir le terme « prescription »….c’est vraiment être dans la supériorité que de l’employer…on prescrit des médicaments à des malades, c’est lourd de connotations non? en plus, les recommandations sont un domaine complexe en fait, pas du tout forcément le fait du bibliothécaire qui agit mais aussi le fait des algorythmes qu’il peut mettre en place (comme tu as vu la discussion sur mon blog) donc finalement on est pas du tout dans le « refuge du bibliothécaire » mais dans la mise en oeuvre pour nos missions de méthodes éprouvées par les sites privés, des méthodes communautaires et c’est heureux! :-) (car la médiation numérique c’est pas que dans un sens de bibliothécaire vers usager, mais c’est aussi pour « organiser l’interaction » (c’était ta formule césar!) entre les gens, nous autres bibliothécaires et les contenus…)

  7. lahary said

    Cher Bibliobession, nous sommes bien d’accord (même si on n’est pas obligé !). Ma conclusion (recommander d’accord, mais pas dans une position de supériorité) rejouis ta proposition de ne plus parler de prescription.

    Mon titre était un peu provocateur mais il annonçait mon intention : « faire un pas de côté » pour mettre en lumière un « changement d’invariant » dans les discours professionnels (le constater n’implique pas un jugement de valeur).

    Tu fais évidemment partie des gens qui nous montrent que la médiation numérique est interactive et que la recommandation en est une modalité.

    Tu ajoutes à mon billet une idée fondamentale : par recommandation ont peut désigner un discours tenu sur un document, une simple notation, un tag, mais aussi le dispositif technique qui les permet et qui peut être mis en place par le bibliothécaire.

  8. […] La recommandation, d’accord ! celle des bibliothécaires, celle que les bibliothécaires permettent par les interfaces qu’ils mettent à la disposition du public, celles que les gens organisent comme des grands. Mais la sélection, dans un contexte d(‘abondance, c’est ramer à contre-courant avec une petite cuillère. […]

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