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Blog professionnel de Dominique Lahary, bibliothécaire. Mes propos n'engagent que moi.

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Les bibliothèques sont Charlie, et après ?

Posted by Dominique Lahary sur 17 janvier 2015

La France vient de vivre une semaine terrible et magnifique, un semaine de deuil et de soulèvement, un semaine de rassemblement inouï mais qui a aussi révélé de terribles fractures. Les bibliothèques sont dans la société. Leurs personnels et leurs usagers ont aussi vécu intensément ces moments. Et à l’heure où légitimement monte de toute part cette question : « Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? », il nous appartient, nous bibliothécaires, de nous la poser et d’apporter notre contribution à cette démarche collective.

J’apporte ma pierre en proposant trois chantiers.

1. Recueillir ce qui s’est passé dans les bibliothèques après les tueries des 7, 8 et 9 janvier 2015.

site-bib-jesuischarlieDepuis la tuerie du 7 janvier, des bibliothèques ont affiché Charlie Hebdo ou des documents le concernant, exposé livres et revues des assassinés et de leurs amis, parfois établi une liste de sites web. D’autres non. Beaucoup ont mis sur leur site le visuel JE SUIS CHARLIE, d’autre non. Sur consigne ou avec l’accord de leur hiérarchie, ou pas. Il ne s’agit pas ici de distribuer des bons et des mauvais points, chacun a. Fait ce qu’il pensait pouvoir ou devoir faire.

Qu’il y ait eu ou non ces expositions, des discussions ont eu lieu presque partout avec le public, notamment le public jeune. Ces échanges n’ont pas tous été consensuels, loin de là. Sans attendre ce qui a pu se passer dans certains établissement scolaires, des paroles ont été prononcées qui ont amené des bibliothécaires à dialoguer, à informer, à contextualiser.

A la bibliothèque francophone multimédia de Limoges

Les affichettes JE SUIS CHARLIE sur les vitres de la bibliothèque francophone multimédia de Limoges

Un an et demi après le congrès de l’ABF (Association des bibliothécaires de France) sur « la bibliothèque, fabrique du citoyen », c’est à une démonstration grandeur nature, à travers le pays, à laquelle on a assisté.

Si le sujet Charlie s’est naturellement imposé, qu’en a-t-il été de l’exécution de trois policiers puis de quatre clients d’un magasin cacher ?

Recenser ces initiatives et ces expériences serait intéressant. Faisons-le maintenant avant que la mémoire ne s’estompe. Anne Verneuil, présidente de l’ABF, a lancé un appel à témoignage sur le forum Agorabib.

J’ajoute qu’une partie des témoignages requerra sans doute l’anonymat. I est normal que celui-ci soit admis, si cela permet que la parole circule et que les faits soient connus.

  1. Reposer la question du pluralisme en bibliothèque

La liberté de la presse et plus généralement la liberté d’expression ont été soudain mis en avant comme piliers essentiels de notre République. Pas seulement la liberté de Charlie mais celle de tous ceux qui ne se situent pas en dehors du cadre commun (incitation à la haine, apologie du terrorisme…). Au-delà du soutien à un organe de presse victime d’une attaque sans équivalent dans l’histoire, JE SUIS CHARLIE c’est la défense de la liberté d’opinion, d’expression, de la presse et de l’édition, celle de ceux qui aiment Charlie et de ceux qui ne l’aiment pas.

Sur une tour de la BnF

Wolinski sur une tour de la BnF

La question s’est vite posée : trouve-t-on Charlie Hebdo à la bibliothèque ? Le Maire du Touquet ne le trouvant pas dans la sienne a décidé d’abonner sa mairie et invité tous ses collègues faire de même. N’exagérons pas l’importance de cette question. On peut certes imaginer une généralisation des abonnements en bibliothèque, dont je suis sûr qu’une minorité seulement est abonnée, dans un mouvement que je qualifierais d’émotionnel. Dans la réalité, les abonnements coûtant cher, le nombre de titres est souvent chichement pesé, et les arbitrages se font généralement au détriment à la fois de la diversité des quotidiens généralistes et des journaux satiriques.

Mais ces événements sont l’occasion de réinterroger nos habitudes. Commençons par ce point : n’est-il pas essentiel de présenter en bibliothèque un éventail de la presse d’opinion, y compris la presse satirique ? Cela coûte : il faut que les élus, DGS et directeurs financiers en soient conscients.

Cela vaut aussi pour le rayon politique : exposons la diversité sans émousser, sans censurer au-delà des limites que celles que donnent a loi. Indépendamment des considérations nécessaires sur « ce qui sort » et « ce qui ne sort pas », il y a me semble-t-il un devoir d’exposition de la diversité de toutes des opinions et tendances. Être bibliothécaire c’est aussi proposer ce qu’on ne connaît pas, ce qu’on n’approuve pas, ce qu’on n’aime pas.

Ceci naturellement sans oublier que le pluralisme n’est pas seulement politique mais aussi culturel et sociétal : c’est celui des pratiques, des styles, des goûts. Celui qui fait que personne, entrant dans une bibliothèque, ne puisse ressentir qu’il n’y a pas sa place, que rien ne lui est déjà familier.

Enfin, alors qu’un fort mouvement au sein de notre profession, et j’en ai été pleinement partie prenante, a mis l’accent ces dernière années sur la politique de la demande, on voit bien que nous est rappelée avec force le rôle d’une certaine prescription, d’un affichage pluraliste au-delà de la demande : l’offre d’une bibliothèque n’est pas seulement le reflet de ce qu’attend la population qui la fréquente, qui habite, travail, se déplace à proximité, c’est aussi un morceau de la République, une fenêtre sur le monde.

Mais si ce «  moment Charlie » nous conduit naturellement à nous interroger, nous bibliothécaires, sur nos pratiques, il est aussi l’occasion de réengager le dialogue avec les élus locaux, localement et nationalement.

On sait que ça et là, sans que ce soit l’apanage d’aucun parti, des pressions existent pour retirer, occulter, imposer tels ou tels titres ou contenus. Alors que non seulement la FNCC (Fédération nationale des collectivités territoriales), mais l’AMF (Association des maires de France) a apposé sur leur site le bandeau JE SUIS CHARLIE, à l’heure où de nombreuses municipalités ont fait de même, on apposé des affiches dans leurs locaux, sur le lieu de leurs cérémonies de vœux, où de nombreux élus ont porté un badge JE SUIS CHARLIE, n’est-ce pas le moment de reposer la question du pluralisme, de tous les pluralismes en bibliothèque avec les élus ?

Mais ne s’en tenir qu’à ce sujet serait céder au primat de la collection. Il y a aussi autre chose, et j’y viens :

  1. Promouvoir le rôle civique et social de la bibliothèque contribuant au vivre ensemble

Les événements de la semaine dernière ont jeté une lumière crue sur deux phénomènes qu’il faut très soigneusement distinguer pour éviter tous amalgame et tout catastrophisme, même si un fil les relie : des jeunes nés et grandis en France, entraînés par une idéologie mortifère ont sombré dans le terrorisme ; les incidents liés à la minute de silence organisée dans les établissements scolaires ont révélé une jeunesse qui ne se retrouvait pas dans l’indignation collective.

Nombreuses ont été depuis ces événements les références au rôle de l’école. Mais les bibliothèques sont aussi des lieux où peut se tisser, se réparer le lien social. Où les publics, les générations se mêlent. Où des documents, des informations peuvent être présentés, confrontés contextualisés. Où des jeunes séjournent parfois en masse.

On a beaucoup ces dernières années débattu de la bibliothèque comme « troisième lieu ». C’est le moment d’en reparler, car c’est bien le sujet. Le prochain ouvrage de la collection Médiathèmes de l’ABF à paraître ce printemps y sera consacré. Rédigé avant les événements, il prend une actualité incontestable. Je viens de publier en ligne l’article que j’ai rédigé pour cet ouvrage, qui s’intitule Le troisième lieu, c’est politique ! 

Les bibliothèques sont des maisons communes. Elles sont là, à proximité, dans les quartiers. Elles sont parfois, souvent peut-être, les seuls équipements publics ouverts à tous sans justification, tarification ni discrimination. Elles sont un outil parmi d’autre sans doute, mais oui, un outil pour le vivre ensemble.

N’est-ce pas le moment de le proclamer avec force ? De rappeler aux élus qu’ils ont cet outil à leur disposition ? De signaler aux médias que les bibliothèques existent dans la cité, au-delà de la vision convenue qu’ils peuvent en avoir ? Qu’elles ne se seront pas dissoutes, oh que non, dans le numérique en réseau ? N’est-ce pas le moment d’approfondir notre réflexion et d’affiner notre action sur le rôle de la bibliothèque dans la cité, comme s’intitule très justement une démarche collaborative de la Bibliothèque publique d’information lancée il y a quelques années et qui continue ?

L’esprit du onze janvier 2015, ce n’est pas je ne sais quel unanimisme qui n’est pas souhaitable en démocratie. C’est un programme de travail. Nous en sommes.

Post scriptum du 11 février 2015 : Ce point de vue est résumé dans ma tribune publiée La Gazette des communes, des départements et des régions, mise en ligne le 9 février

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Deux mille quinze

Posted by Dominique Lahary sur 9 janvier 2015

lahary-voeux2015Je n’avais pas encore pris le temps se sacrifier au rite que j’avais observé en 2013 et 2014 : célébrer brièvement la nouvelle année sur ce blog.

Et voilà que celle-ci fait un début fracassant. Avec ma petite carte de vœux, reprenant un cliché que j’ai pris un soir de rencontre magique avec la Tour Eiffel, j’ai l’air d’un con.

Je la publie quand même ici, en y joignant la formule qui tourne autour du monde depuis hier. L’année commence mal, mais la réaction est extraordinaire. La République n’est pas morte. Alors, vive 2015 quand même !

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