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Blog professionnel de Dominique Lahary, bibliothécaire. Mes propos n'engagent que moi.

Sous les horaires d’ouverture, le social (1/2)

Posted by Dominique Lahary sur 4 mai 2015

horloge-poingLa question des horaires d’ouverture des bibliothèques a été réactivée dans le débat public après les événements tragiques de janvier dernier. L’idée selon laquelle ces horaires sont insuffisants, inadaptés, se répand. Elle apparaît aujourd’hui comme une pensée dominante, voire un dogme.

Je n’énonce pas cela parce que je lui serais hostile : au contraire, je n’ai jamais écrit sur ce sujet que pour partager le constat de l’insuffisance et la nécessité de la dépasser. Cela n’empêche pas de s’interroger sur son contexte social, au sein des équipes de bibliothèque.

L’injonction d’adapter ou d’élargir les horaires leur apparaît souvent comme venant d’en haut, la hiérarchie, l’administration, les élus, ce que la plupart d’entre eux appellent « la tutelle » ; pire aux yeux de certain, elle s’impose « de l’extérieur », dans le débat public, par des élus politiques nationaux ou des ONG (comme Bibliothèques sans frontières).

Or cette injonction survient apparemment dans une période particulière : celle où les moyens des collectivités territoriales sont à peu près partout en baisse sans qu’aucune perspective d’amélioration à court et moyen terme ne soit crédible.

Le sentiment est donc répandu qu’on veuille charger la barque alors que celle-ci est déjà pleine à craquer.

Il existe bien sûr un débat intellectuel sur les horaires d’ouverture, exacerbé par la question du dimanche, si encombrée d’enjeux et de symbolique. Mais ce débat ne se déroule pas seulement dans le ciel éthéré des idées. Derrière les arguments discursifs, deux réalités sous-jacentes :

  • Personne n’est ravi, c’est bien normal, d’avoir à travailler durant la pause méridienne, de finir plus tard le soir ou d’être de service le dimanche, d’autant, c’est une réalité, d’autant que le personnel des bibliothèques municipales, intercommunales et universitaires est déjà fortement mobilisée samedi, contrairement à celui de la plupart des autres services de ces collectivités. Cela touche à la vie personnelle et familiale.
  • Le fonctionnement actuel de nombreuses bibliothèques permet difficilement, au moins en première analyse, de dégager du temps pour l’élargissement.

Le sentiment si répandu que la demande d’adaptation et/ou d’extension des horaires d’ouverture s’impose comme une contrainte de plus repose sur un postulat : rien ne doit être ôté du fonctionnement actuel, tout retrait apparaissant comme une régression du service public. Ce que dans mon précédent billet sur le sujet j’exprimais ainsi : « Si on ne peut ouvrir plus que si l’ensemble des autres activités sont pleinement assurées, c’est que les horaires d’ouverture sont LA variable d’ajustement. »

C’est que nous ne sommes pas seulement dans une période de baisse tendancielle de l’argent public. Nous vivons surtout une double révolution : celle absolument inouïe du numérique en réseau, qui vaut bien l’apparition de l’écriture ou l’invention de l’imprimerie et bouscule la société, l’économie, la culture, et cette autre propre aux bibliothèques, mais connectée aux évolutions de la société, qui étend et modifie la demande de bibliothèque, les usages de la bibliothèque.

Pour simplifier, on attend des bibliothèques plus que la mise à disposition de collections constituées lieu par lieu et étanches entre elles assorties de quelques actions de valorisation de celles-ci. Il ne s’agit pas de faire toujours plus mais de faire moins ici et plus là.

Passer moins de temps sur la constitution des collections locales et plus sur l’accueil, moins (ou plutôt plus du tout) sur leur catalogage et plus la médiation y compris de ce que la bibliothèque ne possède pas.

Bref une réduction de ce qui a été considéré comme le « cœur de métier » et une nouvelle gestion de celui-ci par davantage de mutualisation grâce à la montée de l’intercommunalité.

Or c’est bien là où le bât blesse, ou plutôt où le cœur saigne : une bonne partie des personnels des bibliothèques publiques ont construit leur identité professionnelle sur l’entretien souvent exclusif de ces collections locales. Il y a comme un conflit de temporalité entre une évolution sociale et technologique très rapide et l’inévitable lenteur des mentalités collectives. Et il y a, osons le mot, une souffrance dans bien des équipes, souffrance de voir la commande politique et hiérarchique changer, bousculer les priorités, remettre en cause une identité professionnelle qu’on croyait installée pour la vie.

Voilà pourquoi, dans bien des collectivités, la question des horaires d’ouverture soulève au mieux des réticences et des interrogations, au pire des blocages, des protestations, des résistances, des crispations. Qui s’expriment par la voie individuelle ou collective, souvent syndicale. Ou par le silence, qu’il faut savoir entendre.

Car on l’aura bien compris : dire que l’extension des horaires d’ouverture n’est qu’une question de moyens supplémentaires, c’est refuser d’examiner l’ordre des priorités.

Mais parmi les formules souvent envisagées réclamant quelques moyens supplémentaires, figure le recrutement de vacataires. Lequel suscite lui aussi réticences, objection, résistance, au motif que le service public serait bradé par une moindre qualité. Là encore nous touchons à l’identité professionnelle, blessée parce que d’autres pourraient accueillir et renseigner le public.

La question des horaires des bibliothèques publique n’est pas nouvelle en France : en 1991, l’ancien inspecteur général des bibliothèques Louis Yvert pouvait titrer un de ses articles dans le n°151 du Bulletin d’informations de l’ABF « La tâche qui reste à accomplir est immense » ou les heures d’ouverture des bibliothèques municipales. Mais comme depuis les progrès ont été très inégaux et souvent inexistants ou peu significatifs, des habitudes ont été prises qu’il est difficile de changer brutalement.

C’est pourquoi il me semble que la principale difficulté à laquelle se heurte tout projet d’adaptation et d’extension des horaires est d’ordre identitaire, ou plus globalement humain et, puisque nous sommes sur le terrain du travail, social. C’est-à-dire aussi, pour les hiérarchies, d’ordre managérial, même si nous ne sommes pas forcément partout dans un clivage binaire hiérarchie / équipe. Ne nous y trompons pas : il ne s’agit pas pas seulement de travailler sur l’organisation des horaires… de travail, dont dépendent les horaires d’ouverture, mais sur le fond des choses, l’évolution des fonctions et missions des bibliothèques publiques en relation avec les mutations sociales et technologiques.

A cet égard, chaque situation locale est un cas particulier. Contentons-nous d’énumérer quelques mots ou expressions : écoute, démarche collective, négociation, compensations, mode projet, groupes de travail, ateliers, conférences, séminaires, échanges d’expériences. C’est facile à écrire : je souhaite sincèrement bon courage à toutes celles et tous ceux qui se retroussent les manches pour faire avancer cette cause d’intérêt public.

« Sous les horaires d’ouverture, le social », ai-je titré ce billet. Par le mot « social », je n’ai envisagé que les relations dans un milieu travail. Mais le social, c’est aussi la société : ce sera l’objet d’un autre billet.

Mes billets précédents sur la question des horaires d’ouverture :

 Mon diaporama du 22 janvier 2015 : Les horaires d’ouverture des bibliothèques, quelle histoire !

14 Réponses to “Sous les horaires d’ouverture, le social (1/2)”

  1. Une réflexion très intéressante sur un sujet sensible. Je travaille dans une petite médiathèque où cette question ne se pose pas, néanmoins nous avons complètement revu nos horaires pour mieux les adapter au public, à la grande satisfaction de celui-ci (pour résumer, nous fermons l’accueil au public désormais à 19h au lieu de 18h). Je me souviens d’avoir été gentiment chahuté par des collègues (lors d’un échange de documents avec une BDP) lorsque je leur ai annoncé que je fréquentais régulièrement la médiathèque de Lons-le-Saunier le dimanche (très bel établissement par ailleurs).

  2. Gilles said

    Ouvrir plus . Ok.
    Et faut donc payer les heures supplémentaires ou le personnel supplémentaires, non ?
    Du coup ce « dogme » risque d’arriver vite à essoufflement.

  3. Je vais juste réagir à la remarque suivante : « Passer moins de temps sur la constitution des collections locales et plus sur l’accueil, moins (ou plutôt plus du tout) sur leur catalogage et plus la médiation y compris de ce que la bibliothèque ne possède pas. »

    Je la partage à 10000%. Autant en bibliothèque enseignement/recherche, le catalogage pointu est -peut-être- quelque chose d’important et de justifié, autant en lecture publique …

    Mais nous croisons encore tous les jours ou presque des bibliothécaires qui veulent pouvoir récupérer les notices de la BNF PUIS les modifier, parce que, vous comprenez « il y a des erreurs », ou « j’aime pas leur manière de cataloguer ceci », voire « je veux compléter avec notre indexation ». Il y a encore du chemin à accomplir pour que le service au public prenne la première place.
    (je n’en ferais pas une généralité. Mais ce comportement est, disons fréquent pour « une moitié » des bibliothèques avec qui nous discutons)

    Et, en tant que prestataire, il n’est pas toujours simple d’oser aller à rebrousse-poil de cette demande (commercialement, c’est même du suicide dans certains cas ;-) )

    • Vous n’êtes pas le premier prestataire à me témoigner qu’une partie de votre clientèle demande des fonctions commode de catalogage local et de modification locale de notices récupérées. Et il est compréhensible que vous teniez compte de contraintes commerciales.
      Oui, en bibliothèque publique, le catalogage continue, et prospère également la modification de notices récupérées. C’est du point de vue de l’intérêt public parfaitement inutile et du point de vue de l’argent public gaspillé par le temps rémunéré passé à ces activités un scandale, ce que j’ai dans un billet et un article appelé « un scandale intime » : https://lahary.wordpress.com/2009/03/05/le-catalogage-local-scandale-intime/.

  4. bcalenge said

    Dominique, je suis mille fois d’accord avec toi sur ce constat et cette analyse. En revanche, je ne suis pas sûr que tout le blocage vienne des collections (même si leur obsession y est pour une bonne part)… Mon expérience me montre surtout que le temps dévolu au « service public » (comme on dit) est vécu comme un temps contraint et fatiguant. D’ailleurs, au fur et à mesure que le catalogage a souvent perdu de son importance (même et y compris pour les modifications locales), puis qu’on a relativisé parfois les collections (une fois les processus mis en route), je vois exploser les animations diverses qui, je le sais, prennent un temps infini à être montées, discutées, peaufinées…
    J’ai un peu l’impression qu’il y a derrière cela une conception culturelle très française du service public, qu’on voudrait définir par rapport à un idéal républicain plus que par rapport… aux publics

  5. Bertrand je suis d’accord avec toi et tu pondères utilement mon billet. Il y a d’ailleurs une relation entre collections et animation, qui mériterait un développement.

  6. hbdp39 said

     » souffrance de voir la commande politique et hiérarchique changer, bousculer les priorités, remettre en cause une identité professionnelle qu’on croyait installée pour la vie. » Certes, mais pas toujours aussi « simple ». Les élus aussi ont souvent une vision très « classique » de la bibliothèque et leurs demandes de nouveautés ou de changements ne supposent pas toujours de modifier l’existant mais d’y ajouter de nouvelles propositions. Il suffit de regarder les statistiques demandées pour comprendre : sacro-saints le nombre d’inscrits actifs et le nombre de prêts… On continue à estimer la bonne santé d’un équipement au nombre de livres empruntés et non à sa fréquentation « libre et gratuite ».

    Pour info, le centre culturel des Cordeliers à Lons le Saunier est effectivement ouvert le dimanche après-midi de 14h à 18h (sauf pendant les vacances), de 12h30 à 18h du mardi au jeudi, de 12h30 à 20h les vendredi et samedi (sauf pendant les vacances), mais au prix de l’épuisement du personnel, en sous-effectif notoire.

    Quant au catalogage, il me semble qu’il faut faire une distinction importante.
    Corriger les zones codées Unimarc, le nombre de centimètres ou la forme d’autorité du nom de l’éditeur me paraît effectivement du temps perdu.
    Par contre, enrichir la notice d’un résumé, d’indexation matière (y compris pour les fictions, quiconque a travaillé en bibliothèque publique sait, en particulier en jeunesse, combien il est important de pouvoir trouver facilement les albums sur les cauchemars ou les romans sur les chevaux…), vérifier que l’auteur est le bon…, là je considère que ça reste important, que c’est ce qui nous permettra de trouver le document dont le lecteur aura besoin (ou qu’il le trouve lui-même).
    Ceci étant, plus on trouvera de techniques pour mutualiser cet enrichissement, mieux ce sera. Donc en attendant que la BNF indexe les fictions et mette des résumés, je continue à le faire manuellement et à récupérer Electre…

    • Bien d’accord avec vous ce n’est pas si simple (ce billet ne traite que d’un angle). Et il arrive que des élus aient une idée très traditionnelle de la bibliothèque, j’en traite dans cet article
      http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2015-05-0054-006. Que faire? Ce qu’on peut, à la fois au plan national (par les associations et toute autre voie susceptible de s’insinuer dans le débat national) et au plan local mais là ce n’est pas toujours facile. Et oui, il faut arrêter de focaliser sur le soit-disant « taux d’inscrits » qui n’en est pas un (nombre de cartes en plastique servant souvent à plusieurs personnes divisé par nombre d’habitants de la commune alors qu’on y laisse les hors-commune) et mettre vraiment l’accent sur le nombre d’entrées, comme font les autres établissements cultures (théâtres, cinéma, musées) et les équipement sportifs. Les résultats sont en général impressionnants pour les bibliothèques.
      Epuisement du personnel : si vous êtes en sous-effectif c’est évidemment regrettable (de quoi lever le poing). S’il est avéré, c’est un cas où le recours à des vacataires pour les plages en soirées et le dimanche, en complément du personnel permanent, ferait du bien à tout le monde (le personnel, le public, et les intéressés satisfaits d’avoir un travail temporaire).
      Je ne vous suis pas sur le « surcatalogage » : l’enrichissement des notices est un plus et on attend des systèmes qu’ils permettent de les récupérer de fournisseurs divers, plutôt que d’avoir à le faire bibliothèque par bibliothèque.

      • hbdp39 said

        Ah, mais j’en rêve du jour où on pourra enrichir toutes les notices avec des données issues de bases extérieures ! Je n’ai aucun attachement à MON indexation personnelle, c’est juste que faute d’en trouver ailleurs, je m’y colle. Nous sommes bien d’accord, le modèle idéal, c’est celui où le bibliothécaire n’aura plus qu’à saisir un ISBN (ou un autre numéro d’identification) et où le système ira récupérer toutes les métadonnées dans des silos externes et construira la notice automatiquement. Il ne restera plus qu’à indiquer les données spécifiques à l’exemplaire (cote, localisation dans la bibliothèque) et le tour sera joué. On est en chemin, mais la route est encore longue…

  7. fayouxv said

    Bonjour, j’aime le ton de votre billet, c’est clair et précis. La médiathèque dans laquelle je travaille est actuellement prise en étau entre ces deux contraintes « sociales » et « politiques » (un meilleur service, plus ouvert mais avec moins de moyens humains et financiers). Ce qui ressort de cette situation c’est notamment la méconnaissance, de la part des élus et de la direction des services, des différents métiers des bibliothèques. En gros, entre nous on se comprend, on est dans une dynamique ancienne de remise en question, mais l’élu à la culture, le DGS, eux souhaitent des changements immédiats qui bouleversent profondément le mode de fonctionnement. Il en ressort une fatigue morale, une impression de mépris dont découle un épuisement physique (nombreux arrêts) de toute l’équipe.
    Cette petite intervention pour signifier que ces injonctions contradictoires peuvent mener à toute autre chose qu’une amélioration.
    Donc, la question que cela soulève à mon sens est la suivante: Comment rendre visible et compréhensible le travail de bibliothécaire, ses évolutions récentes, pour que les solutions soient trouvées dans l’entente constructive?

    • Vous posez deux questions. La première est celle de l’injonction à changer : cela ne peut se faire brutalement. UN management intelligent admet es étapes, la progressivité, et l’implication des personnels dans le processus. C’est la condition de la réussite. Cela n’empêche nullement que soient fixée par la hiérarchie et/ou les élus des objectifs clairs, une politique !
      La seconde est l’effort qu’ont à faire les bibliothécaires pour rendre compréhensible leur travail et plus généralement les problématiques d’évolution de leur secteur d’activité.
      Je ne dis pas que c’est facile partout, bien sûr.

  8. Julienne said

    Bonjour,

    Merci à vous Dominique de ces réflexions qui ont tant d’échos dans les grandes et toutes petites médiathèques. J’ai la grande chance d’avoir la responsabilité d’un petit établissement magnifique avec une équipe très motivée et engagée ; prête à soulever des montagnes pour améliorer les horaires, les services, le réseau… Mais tant d’incompréhensions et de contradictions politiques et hiérarchiques qui bloquent le système ! qui font un retour en arrière de plusieurs années de travail. Je suis une bibliothécaires engagée et résistante, qui se refuse à être une « simple » caissière !

    De nombreuses tentatives de médiation de nos métiers et nos rôles de bibliothécaires par des comités d’usagers, beaucoup de dialogue, des inaugurations, des réseaux sociaux, des actions diverses, voire farfelues, avec les usagers, des articles dans les bulletins municipaux, des chiffres à la hausse…. Mais bien trop souvent un mur, si dur que parfois destructeur.
    Quelles sont les pistes à explorer pour que dialogue et confiance puisse s’établir ? Que l’on puisse répondre aux commandes politiques, dans le respect des systèmes administratifs et hiérarchiques, sans que notre métier soit complètement pervertis ? Comme faire comprendre aux politiciens et N+ l’importance de notre rôle qui ne cherche par ses propres techniques pro qu’à mettre en oeuvre leur politique ? Que nous sommes pas des êtres à part, incontrôlable et indomptables ?

    Heureusement les réseaux des bibliothécaires sont porteurs ! Et vos billets font chaud au cœur !
    Je vous ai croisé il y a déjà quelques années lors de mes stages en cours d’études, et malgré les 15 ans passés je ne suis pas prête d’oublier mon passage dans le 95 !

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