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Blog professionnel de Dominique Lahary, bibliothécaire. Mes propos n'engagent que moi.

Archive for mai 2017

Dernier billet, ou pas

Posted by Dominique Lahary sur 5 mai 2017

Dimanche prochain 7 mai nous saurons vers 20h si les électeurs français, par leur vote ou leur abstention, ont décidé de donner à la France un président d’extrême droite (j’emploie une formule neutre à dessein, le sexe ou le genre importent peu ici).

Si cette décision est prise et est à peu près confirmée aux législative, je ne suis pas sûr d’avoir le cœur de continuer ce blog. Je ne me vois plus avoir d’autre engagement que contre le FN et ses alliés.

Sinon, je continuerai tant que j‘en ai envie, tant que j’estime avoir encore quelque chose à apporter.

Ce blog, je l’ai maintenu dans un cadre strictement professionnel.

Cela ne veut pas dire qu’il est apolitique. Les bibliothèques ont affaire avec les politiques publiques, avec l’intérêt général, et véhiculent à l’échelle internationale un certain nombre de valeurs. Mais je ne les ai abordées qu’à partir de ce prisme, de cet angle de vue. Comme une contribution à des questions plus générales. C’est aussi à quoi je puis, comme bien d’autres, être le plus utile dans le débat public. Ce qui ne m’empêche pas d’être par ailleurs pleinement citoyen.

La situation dans laquelle notre pays a été plongé après le premier tour de l’élection présidentielle a partagé les citoyens en fractions déterminées ou hésitantes, ressentant incompréhension voire exaspération réciproques. Il y a ceux qui pour des raisons diverses d’ailleurs étaient totalement engagés dans le vote pour un des deux candidats, ceux qui en tenaient absolument pour le vote blanc et l’abstention, ceux enfin qui étaient travaillés par l’incertitude et le doute. Avec en arrière fond, comme souvent, le conflit entre éthique de conviction et éthique de responsabilité. Chacun donc a pu rendre son tintamarre insupportable à l’autre.

J’y ai participé, lançant sur Twitter divers slogans agrémentés du hashtag #AvecMoiLe7Mai, déterminé à contribuer dans la mesure de mes moyens et d’abord par mon vote à une défaite la plus écrasante possible du candidat de la haine et du repli que je juge plus dangereux encore que celui de 2002, car plus implanté et davantage écouté. Cela n’empêche pas de ma part le respect pour ceux qui se sont positionnés autrement.

Pour ceux qui l’ont vécue comme citoyen, la situation est radicalement différente de celle prévalant au lendemain du 21 avril 2002, quand une levée en masse, dans les rues et les urnes, avait confiné dans d’étroites marges ce qu’on nomme aujourd’hui le ninisme. Toutes sortes d’organismes, associations, personnalités les plus diverses n’ayant jamais songé à donner une consigne de vote lors d’élections politiques ont sauté le pas avec une détermination qui avait la couleur de l’évidence.

Les associations professionnelles dans le domaine des bibliothèques, de la documentation, du livre ont alors été sans barguigner de la partie, comme on peut le constater dans cette archive.

La situation est aujourd’hui différente. Les consignes, appels et communiqués ont fleuri mais en bien moins grand nombre, et je comprends, j’approuve même que le communiqué de l’ABF soit 15 ans plus tard d’une tonalité différente et sans consigne :

Il dit l’essentiel en parlant « d’accès libre aux bibliothèques pour tous les habitants quels que soient leur statut, leurs origines sociales ou le pays d’où ils viennent », de « droits culturels », de  « collections pluralistes », de « programmation ouverte sur le monde », «  libre accès à toutes les informations dans tous les champs du savoir […] sans censure. »

De quoi s’agit-il ? Pas d’agir sur un éventuel « vote bibliothécaire » qui n’a pas de sens. Qui est « one subject voter » est un piètre citoyen. Mais d’apporter une contribution au débat général à partir d’un angle professionnel qui s’appuie sur l’intérêt public.

Et puisque le résultat du premier tour a jeté une lumière crue sur les fractures sociales et territoriales qui déchirent notre société, il n’est pas inutile de rappeler que les bibliothèques ne sont bien sûr pas LA solution mais peuvent y prendre leur part :

Elles peuvent contribuer à l’égalité des chances en facilitant l’accès à la connaissance et à l’information et la médiation de celles-ci, des territoires aux établissements d’enseignement secondaires et supérieur.

Elles sont et doivent être toujours plus des outils parmi d’autres permettant de lutter contre les fractures sociales et territoriales et de favoriser le lien social dans tous les territoires.

Ces questions seront au cœur du prochain congrès de l’ABF qui se tient à Paris du 15 au 17 juin 2017 . Allons-y.

Banderole déployée par des militants de Greenpeace
sur la Tour Eiffel au matin du 5 mai 2017

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