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Blog professionnel de Dominique Lahary, bibliothécaire. Mes propos n'engagent que moi.

Les élections locales sont des élections politiques locales… mais encore ?

Posted by Dominique Lahary sur 12 mars 2020

Le 21 janvier 2008, avant les avant-dernières élections municipales, je postais le billet que je reproduis ci-dessous (avant de revenir sur cette question le 20 mars 2015 à propos des élections départementales dites cantonales).

Je n’ai rien à redire à mes propos d’alors sinon qu’il me faut ajouter deux compléments essentiels et une remarque :

Paris-municipales2020

Photo D. Lahary libre de droits CC BY-SA

1. Les élections municipales sont aussi communautaires. Elles sont d’ailleurs désormais désignées en fonction de ce double enjeu… mais le second est biaisé. Certes les bulletins de vote comportent pour chaque liste des candidats fléchés pour siéger au conseil communautaire. Mais cela ne saute pas aux yeux de la plupart des électeurs, d’autant moins tout ou partie des listes en présence n’ont pas abordé le sujet, ou à peine. Combien d’électeurs ont compris quelles compétences étaient effectivement exercées par l’EPCI dont fait partie leur commune ? Que souhaitent les candidats de ces listes à propos de ces compétences ? Lesquelles souhaiteraient-ils ajouter ou retrancher ?

Il faut ajouter que ne se présentent devant les suffrages que des listes constituées dans le périmètre de la commune et ayant donc naturellement pensé leur programme à l’échelle de la commune. Sauf exception remarquable, pas d’élaboration de programmes à une échelle communautaire pourtant plus proche d’un véritable bassin de vie, échelle ou de réelles compétences sont exercées touchant la vie des habitants. Qui pour présenter à cette échelle devant les citoyens un réel « bilan de compétence » ? Un compte rendu de mandat ?

D’autre part les électeurs sont enfermés dans le choix qui est présenté au niveau de leur commune, qui peut être très restreint notamment à mesure qu’on s’éloigne par exemple d’une ville centre. Ils sont sans voix pour la part d’eux-mêmes qui est extra-communale – c’est-à-dire beaucoup. Nous sommes bien toujours dans ce que le sociologue Jean Viard nomme la « démocratie du sommeil » : nous votons d’où se situe notre chambre à coucher, où ne s’exprime qu’une part de nous-mêmes.

L’intercommunalité demeure en 2020 un nain politique.

(On peut évidemment mentionner l’exception de la métropole du Grand Lyon dont le conseil va être élu directement parallèlement aux conseils municipaux. Toutefois, les listes de candidats ne se présentent pas à l’échelle de la métropole mais de 14 circonscriptions)

2. Les élections municipales et communautaires contribuent aux élections sénatoriales puisque les grands électeurs sont principalement des élus locaux. Et voilà les élections locales chargées, de façon masquée, d’un enjeu national à retardement. Aussi les électeurs locaux sont-ils responsables, même à l’aveuglette, même sans en être conscients, de la configuration politique du Sénat

Dernière remarque : si je m’agaçais en 2008 de voir la presse sous toutes ses formes ne s’intéresser qu’à l’aspect politicien des élections municipales à venir, je constate cette fois-ci des progrès. Des thèmes de politique locale ont été largement présentés, comme le logement et les mobilités.

Mon agacement principal est celui-ci : on présente cette élection comme celle du maire. Or ceux-ci ne sont élus que par les conseils municipaux. Même s’il est d’usage de considérer la tête de liste comme destinée à être maire, cela n’a rien d’obligatoire et il n’est pas illégitime que le maire change en cours de mandat. Il serait civique de rappeler sans cesse qu’on vote pour une liste, donc une équipe, et de le valoriser. Il y a assez d’élections uninominales en France pour ne pas en rajouter.

Trois liens pour finir :

Les élections locales sont des élections politiques… locales !

Reproduction de mon billet du 21 janvier 2008

La presse écrite et audiovisuelle bruisse d’une question : les élections locales de mars prochains doivent-elles être « politisées » ? Des organisations politiques, des élus locaux prennent position dans un sens ou dans l’autre, souvent en fonction de considérations tactiques. Parlons du fond.

Ce blog est strictement professionnel. C’est en tant que professionnel de collectivité territoriale que je donne mon point de vue.

Cela fait des mois que, ne songeant guère d’ailleurs à cette échéance, je conclus mes interventions sur le métier de bibliothécaires ou les missions des bibliothèques ou même les enjeux du numérique par une référence aux politiques publiques, seul terrain sur lequel lesdites missions peuvent être fondées.

Ce terme de « politique publique » est bien étrange. Y aurait-il donc une « politique privée » ? Mais je l’utilise comme d’autres pour m’abstraire de ce qu’on appelle généralement la « politique politicienne », qui n’a rien de méprisable ni d’illégitime, mais s’organise a priori en référence à des enjeux d’organisation politique et à des clivages nationaux voir internationaux dans lesquels le technocrate que je suis n’a pas à entrer tant qu’il s’exprime à ce titre. J’écris là encore « technocratie » sans connotation négative et y tiens : le professionnel applique une politique et est force de proposition pour son élaboration. Mais il n’est pas détenteur de la légitimité démocratique, il n’est au mieux détenteur que d’une expertise technique.

Sont authentiquement politiques les enjeux relevant de la responsabilité, de la sphère de compétence, obligatoire ou librement choisie, d’une commune, d’un département, d’une région. Ce sont des enjeux de politiques publiques. De politique publique locale. La lecture publique en fait partie. Il est conforme à la démocratie que les citoyens appelés à voter lors d’élections municipales ou cantonales s’emparent de ces enjeux, et non exclusivement d’enjeux très strictement nationaux. Dénier aux enjeux locaux leur qualité politique, c’est réduire le champ de la politique, c’est réduire celui de la démocratie.

Que vivent donc les débats de politique locale. Il arrivera que les bibliothèques et médiathèques y aient leur place : tant mieux !

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