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Blog professionnel de Dominique Lahary, bibliothécaire. Mes propos n'engagent que moi.

La bibliothèque en mode dégradé : subir ou rebondir ?

Posted by Dominique Lahary sur 11 juin 2020

par Anne Verneuil et Dominique Lahary

Lorsque le 28 avril 2020 le premier ministre a annoncé devant l’Assemblée nationale qu’à partir du 11 mai « les bibliothèques pourront ouvrir leurs portes », l’affaire passait pour simple : une bibliothèque est ouverte ou elle ne l’est pas.

Il n’en a rien été. C’est qu’en stoppant net le fonctionnement habituel des bibliothèques publiques, comme de bien d’autres services, institutions et entreprises, la crise sanitaire a agi comme révélateur de ce qu’elles sont dans la réalité des usages et dans les esprits tout en leur posant pour l’avenir de redoutables défis.

Voyons cela.

La bibliothèque en lambeaux

La bibliothèque entièrement numérique

Empêchées de pouvoir faire de l’accueil sur place et du prêt de documents physiques, les bibliothèques n’ont plus dans un premier temps existé qu’en ligne (voir les résultats de l’enquête express réalisée des les 25 et 26 mars par le ministère de la Culture).

Les ressources numériques payées par les bibliothèques pour leurs usagers (livres, musique, vidéo, autoformation, jeux…) ont connu un certain succès. Amplifié par des facilités souvent proposées pour s’inscrire en ligne, voire pour passer à la gratuité si elle n’était pas déjà instituée.

Les bibliothèques ne proposant pas ce type de service, ni par elles-mêmes, ni par le biais de  bibliothèques départementales, se sont trouvées fort dépourvues.

Mais il faut reconnaître quatre limites. La première est technico-juridique : les contraintes imposées aux usagers pour la protection des œuvres est souvent décourageante. La seconde est financière : les tarifications instituées ont pu entraîner des dépenses peu soutenables, le cas limité était représenté par la VOD. La troisième limite tient aux usages : ce genre d’offre ne concerne pas toutes les populations, touchées par l’illectronisme, ou qui, malgré des usages numériques habituels, n’ont pas ce genre de pratique, en tout cas pour les romans et essais. La dernière, parfois rencontrée, tient à la configuration technique des systèmes informatiques que des bibliothèques n’ont pu activer à distance pour élargir l’accès aux ressources à de nouveaux utilisateurs.

Le numérique à distance c’est aussi bien d’autres choses que ces ressources documentaires payées. La médiation se déporte vers le domicile de l’usager: animations en ligne, tutoriels sur de multiples sujets, accompagnement à distance autour de différents services… Qu’elles en proposent ou non, bien des bibliothèques ont multiplié les initiatives en direction de leurs publics, parfois dans des modalités pour elles inédites, du signalement de ressources gratuites disponibles ailleurs à des lectures enregistrées en passant par une interaction par les réseaux sociaux, pour autant que les services de communication acceptent le seul contrôle raisonnable en l’espèce : a posteriori.

Là encore se sont trouvées dépourvues les bibliothèques ne disposant d’aucun site web, ou une simple page peu maniable sur le site de la collectivité, et n’ayant pas de latitude pour intervenir sur les réseaux sociaux.

Mais si la bibliothèque en ligne a pu profiter d’une exclusivité de quelques semaines, elles n’a évidemment pu toucher tous les publics ni même répondre à tous les besoins et usages de celles et ceux qu’elles sont desservis.

La bibliothèque de prêt sur commande et le portage

Progressivement à partir du 11 mai ou plus tôt pour celles qui ici ou là ont précédé le mouvement pendant le confinement, les bibliothèques se sont mise à reprendre une activité physique de prêt selon une modalité inédite : la commande qu’on doit venir prendre sur place, sous l’appellation majoritaire bien qu’impropre de « drive » (on n’est pas obligé de venir se faire servir en voiture). 

Succès bien sûr auprès d’une partie du public. Une partie seulement. C’est que réserver ou aller choisir dans les rayons ce qu’on a déjà choisi correspond à un des usages que permettent les bibliothèques comme lieux d’approvisionnement. Mais il n’est pas le seul. Il y a aussi le libre furetage dans les rayons, sur les présentoirs et les chariots de retour et le conseil, entre usagers ou de la part du personnel.

Si le prêt n’est qu’une partie des services que rend une bibliothèque, le « drive » ne répond par lui-même qu’à une partie de cette fonction, tempérée éventuellement par du conseil personnalisé ou la formule du paquet surprise. C’est la bibliothèque de prêt qui ne marche que sur une jambe.

On a vu aussi se développer, à une moindre échelle, le portage à domicile à destination de publics particuliers, sur commande par l‘usager ou sur recommandation par le personnel, tantôt dans la lignée de ce qui était précédemment proposé, tantôt comme initiative nouvelle.

C’est donc la bibliothèque de prêt qui réapparaît dans ce cadre, rien que la bibliothèque de prêt, mais une partie seulement de celle-ci, sous la forme archaïque de l’accès indirect par le seule catalogue que le développement du libre accès aux rayonnages avait aboli depuis plus d’un demi-siècle.

 Le lieu empêtré

Détournement par D. Lahary de la couverture de Ouvrir grand la médiathèque, ABF, collection Médiathèmes. CC BY SA.

Même si une partie des bibliothèque ont dès le mois de mai « ouvert leurs portes », préfigurant ce que d’autres vont faire courant juin ou juillet, c’est à un bien singulier déploiement dans les locaux que les usagers y sont cantonnés. Gestes barrière, distance physique, souvent port du masque, itinéraires imposés avec sens de circulation, impossibilité ou difficulté pour s’asseoir, fureter, feuilleter, utiliser les matériels habituellement à disposition du public. Et ne parlons pas des diverses animations, activités, formations. Et moins encore de ce lieu de libre séjour seul ou en groupe, de rencontres, de brassages, Ce lieu ouvert à toutes et tous sans condition, qui n’est ni la maison ni le travail ou l’école et qui remplit tant de fonctions, un lieu de liberté individuelle et collective… bref, très exactement, un « troisième lieu » !

Avait-on jamais imaginé une bibliothèque pareille ? C’est pourtant celle qui ouvre, quand elle peut, comme elle peut, au sortir du confinement.

Ce qui reste des lambeaux

Cette période du confinement et du début de déconfinement imposé par la crise sanitaire de la covid-19 aura confirmé bien des vérités déjà présentes mais qui méritent d’être rappelées,

Chaque type de service proposé par les bibliothèque publiques est en soi légitime et est utile à une partie du public. La crise en a, s’il en était besoin, administré la preuve.

Confirmée, l’importance de la bibliothèque en ligne des ressources documentaires comme celle de l’interaction et du service. Mais elle ne suffit pas.

Consacrée, l’importance du prêts de documents physiques. Mais il n’y a pas que ça.

Chacun de ces bouts de bibliothèque qui a pu perdurer ou ressurgir a trouvé ses usages et les proposer était mieux que rien. Il est d’ailleurs des usagers exclusifs de ces services et ils en ont bien le droit.

Mais on ne voit que trop que ce qui a manqué et manque encore pour un temps difficile à prévoir c’est tout ce qui a fait l’essor récent de la lecture publique : l’ouverture, l’accueil, le lien social. Dans les verbatim d’usagers frustrés de ne pouvoir accéder à leur bibliothèque (et souvent déconcertés entre les annonces ministérielles et la réalité bien plus nuancée des réouvertures), on retrouve souvent le manque de documents, mais aussi d’animations, ou tout simplement l’impatience d’élèves et d’étudiants de pouvoir revenir “travailler à la bibliothèque”. Et au travers des échanges, c’est bien un tout qui fait défaut, le lieu où l’on récolte mais aussi où on échange.

Rebondir ?

Face à une situation aussi soudaine que imprévue, la communauté professionnelle a très vite enclenché de nouveaux réflexes et des pratiques sinon toujours nouvelles, du moins amplifiées: 

  • de la débrouille pour faire accéder un maximum de personnes aux ressources avec des moyens techniques souvent contraints

  • faute de programmation possible in situ, le développement d’activités et animations en ligne (lectures, vidéos, jeux, tutos, expositions, critiques…)

  • un rapprochement sensible entre collègues et équipements pour échanger sur les pratiques, les inquiétudes… et les associations professionnelles ont su répondre aux attentes avec la mise en place de recommandations très détaillées qui seront encore suivies durant de nombreux mois. La veille et les interactions professionnelles ont atteint, comme souvent en période de crise, un pic certain, et le succès du séminaire de l’enssib proposé par Raphaëlle Bats durant le confinement en est un exemple éclatant.

  • allant au-delà des attentes, les makers ont participé à un formidable mouvement d’entraide, en fabriquant des visières notamment… etc.

La créativité et la réactivité ont donc été au rendez-vous… et il sera nécessaire de poursuivre en ce sens.

Mortelle convivialité

Photo Médiathèque de Villeneuve-d’Ascq. Montage par D. Lahary. CC BY SA

Garder les distances, ne plus se toucher, ne plus manipuler, tout nettoyer, circuler là où c’est prévu… Une sacré claque dans la figure de l’accueil en bibliothèque tel qu’il était prôné ces dernières années. Tout de même, on ne va pas revenir à l’accès indirect et aux hygiaphones ? Quid de la convivialité, du lien social, de l’utilisation en famille ou entre amis de la médiathèque ? Tous ces petits plus qu’on ne peut plus utiliser ou avec des mesures draconiennes: café et gâteaux offerts, peluche et déguisements pour enfants, jeux de société, lunettes de lecture, paniers de transport… Enlevez les sièges en tissu, adieu les séjourneurs.

Tout ce qui faisait la convivialité de nos équipements, dans des détails parfois, mais si importants, est remis en question. Et cela questionne notamment la place du public non lecteur dans les bibliothèques. Car il n’y a pas que les emprunteurs, ou même les utilisateurs d’ordinateurs et tablettes chez nous. Il ne suffit pas de tout nettoyer derrière les usagers, on sait très bien que ces mesures, sanitairement nécessaires, vont en faire fuir plus d’un et pas seulement les publics dits difficiles qui nous (professionnels comme autres usagers) cassaient parfois les pieds. L’enjeu d’attirer ces nouveaux publics durement atteint… et voilà que tout est mis en péril.

Les animations, fer de lance d’une nouvelle attractivité des bibliothèques, en font aussi les frais: arrêt de programmations, remise en route avec beaucoup de précautions… A quoi vont ressembler les prochains ateliers, spectacles, heures du conte, comité de lecture, séances de jeu ou de création numérique ? La médiation à distance va sans doute perdurer bien au-delà des confinements, mais la rencontre, le lien, l’échange ont besoin de s’incarner et d’une forme de proximité d’autant plus importante pour les publics les moins familiers.

Comment ne pas perdre ce que l’on vient à peine de gagner

Après beaucoup d’efforts, de transformations, pour attirer de nouveaux publics peu consommateurs des services traditionnels de bibliothèque, nous risquons donc de les perdre à nouveau. D’abord parce que ces services que nous ne pouvons plus rendre, ou plus de la même manière, vont perdre de leur attrait et que les habitants n’auront plus a priori, et pendant un temps encore inconnu au moment de l’écriture de ce billet, la possibilité d’utiliser aussi librement le lieu et son contenu en détournant les usages, en se créant son espace personnel, avec son mode d’utilisation à soi, ses propres codes. Les fonctions qui nous échappent ont-elles encore leur place en bibliothèque ?

Ensuite parce qu’une certaine forme de discrimination risque de se mettre en place plus ou moins consciemment, entre celles et ceux, motivés, qui savent et font bien, et les autres qui hésitent, ne connaissent pas, peuvent se décourager face aux contraintes. La bibliothèque, dernier lieu public où l’on rentrait sans nécessité d’usage légitime, d’identification, de pré-requis autre que le respect approximatif d’un obscur règlement, va devoir passer au même tamis sanitaire les usages les plus variés. Cela questionne aussi les modèles architecturaux: le plateau ouvert considéré comme espace idéal car permettant toutes les flexibilités devient un concept dangereux, propice à la circulation de virus.

Photo Médiathèque de Villeneuve-d’Ascq. CC BY SA.

L’accessibilité au sens large sera plus compliquée encore : du drive calé sur des horaires impropres aux travailleurs (pour arranger l’emploi du temps des agents ?) aux circulations alternées difficiles pour les personnes à mobilité réduite, en passant par l’illectronisme et les réservations nécessaires pour tel ou tel service, comment garantir l’accueil de tous ? Peut-on recréer un nouveau modèle qui atténue ces discriminations ? Comment aussi éviter un effet “club” où la bibliothèque devient celle des familiers, des “abonnés”, de celles et ceux qui réservent tout (accès, emprunts, animations) et en premier ? Comment garder de la place pour les occasionnels, les néophytes, les timides, les passants, les volages ?1 (1) Un public difficilement gagné va être perdu, celui qui séjournait, n’utilisait pas ou peu les ordinateurs, celui qui venait chercher le contact, qui venait jouer avec ses amis… Les “réviseurs” qui déjà peinaient à trouver de la place devront être encore moins nombreux. S’il y a des files d’attente, beaucoup se décourageront et nos processus de simplification de l’accès et de l’accueil seront mis à mal.

Les besoins d’inclusion numérique ont fait un nouveau bond avec la crise sanitaire et le travail reste énorme en la matière. Comment douter encore du rôle à jouer en médiation autour du numérique et par voie numérique ? Reste à voir comment pratiquer l’accompagnement des publics en toute sécurité, et comment développer une offre de contenus et de valorisation en ligne. Et pour tout cela, pas de secret, les moyens vont devoir suivre.

Le nerf de la guerre… et les combattants

Si la bibliothèque n’est pas un service obligatoire, il va falloir, plus que jamais, démontrer qu’elle est indispensable. On savait déjà que les budgets alloués aux bibliothèques n’étaient que rarement prioritaires, la période que nous traversons risque de le prouver encore plus nettement. Si les besoins en équipement à visée sanitaire seront plus facilement négociables, quid des budgets d’acquisition, de contenus numériques, de matériel ? Comment accroître une offre numérique quand les contenus, les accès, et les coûts proposés aux bibliothèque sont encore si insatisfaisants ? Le confinement a donné lieu à des assouplissements qui devraient être considérés à une échelle temporelle plus large.

Les moyens humains sont également source d’inquiétude: comment justifier l’emploi, notamment en CDD ou vacation, de médiateurs, d’animateurs, d’agents d’accueil quand les fonctions ne sont plus maintenues ou plus contraintes ? Qui nettoie derrière chaque usager tout au long de la journée quand on n’a pas suffisamment d’agents d’entretien pour appliquer les mesures et que les autres agents vivent difficilement l’arrivée de tâches de nettoyage dans leurs fiches de poste ?

Les collectivités vont subir la nouvelle crise économique, les baisses de financements, les dépenses nouvelles, nos emplois seront d’autant plus difficiles à conserver face à d’autres missions obligatoires. Pas nouveau, mais accélération prévisible. Il faut faire évoluer nos missions pour les rendre adaptées et utiles aux yeux des décideurs, en multipliant probablement les passerelles avec d’autres services.

Et dans ce contexte tendu, depuis plusieurs semaines et pour un moment encore, la gestion d’équipes déboussolées, inquiètes sur des situations personnelles ou un avenir professionnel incertain, est une difficulté majeure pour les encadrants, eux-mêmes soumis au doute. Comment assurer un leadership dans ces conditions, remotiver les équipes, ouvrir les esprits et faciliter la moisson d’idées, aider les uns et les autres pour ne pas en laisser sur la touche, composer avec les traumatismes et les angoisses ? Comment résister en tant qu’agent:  peur de ce qu’on va me demander, de la pression des élus, du public parfois incompréhensif, des collègues plus ou moins vigilants, du métier bouleversé… Quel que soit le rôle dans l’organisation, tous sont confrontés à des interrogations multiples et répétées, de l’anxiété qui se traduit parfois dans des détails mais qu’il ne faut pas négliger. 

Au-delà de la question des effectifs, il faut donc prendre en compte ce soutien des agents plus que jamais nécessaire pour continuer à avancer.

Ce soutien n’est pas seulement psychologique et managérial, il implique de nouvelles formations pour le personnel,en matière sanitaire mais aussi en termes d’outils, de pratiques innovantes. Le personnel moins qualifié aura de plus en plus de difficultés à trouver sa place, car les futures pratiques impliqueront des savoir-faire nécessaires quoique diversifiés. Certes on peut se dire que l’épidémie est maintenant quasiment maîtrisée, bientôt derrière nous… mais cet épisode risquant de ne pas être le dernier, nous aurons traversé une expérience difficile qui doit nous laisser vigilants et nous a bien montré à quel point la réactivité devait être de mise.

Darwinisme, encore

On se doute que la reprise des bibliothèques en mode “troisième lieu” n’est pas pour demain et nous ne pouvons pas anticiper quand et à quel niveau vont pouvoir reprendre les pratiques de libre fréquentation des lieux. La pandémie qui s’est abattue sur le monde n’est probablement pas la dernière et l’idée de devoir repenser ses pratiques de façon durable concerne aussi notre profession. Se réinventer, encore, alors que le dernier modèle en date semblait porter ses fruits quant à la fréquentation et la diversification des utilités de la bibliothèque ? Quand des équipes entières ont été accompagnées, plus ou moins douloureusement, dans le changement des postures et des missions ? N’y a-t-il pas un réel risque de découragement devant les écueils qui apparaissent ?

Photo D. Lahary. CC BY SA.

Même si des hypothèses plus favorables peuvent être formulées, il est indispensable de prendre en compte la plus sévère, soit qu’elle se réalise de façon permanente, soit qu’elle revienne de façon cyclique ou conjoncturelle.

Ressortons alors notre darwinisme des bibliothèques: de la même manière que nous avons dû évoluer dans un contexte de nouveaux outils, de nouvelles pratiques, de nouvelles attentes et d’un environnement se mouvant à grande vitesse, une fois encore notre adaptation à un nouveau contexte va conditionner notre pérennité. La bibliothèque couteau suisse, somme de nombreux services et usages, va devoir rebondir pour intégrer les contraintes actuelles et à venir dans son fonctionnement et sa prospective. Réactifs et créatifs, nous devrons l’être plus que jamais. Et pour cela, il ne faut pas avancer seuls mais profiter d’une communauté professionnelle internationale foisonnante, jouer la carte de l’émulation, faire profiter chacun de ses trouvailles, de ses expériences, dans un seul objectif commun: le service rendu aux publics (et le pluriel est fondamental). 

Au-delà de ce but honorable, notre profession n’a que des avantages à gagner à cette évolution: retrouver du sens à son travail, prouver (encore une fois !) ses capacités d’adaptation et son éthique professionnelle, trouver une voix commune qui se fasse entendre des décideurs locaux et des ministères mais aussi des médias locaux comme nationaux.

Ce ne sera possible qu’en s’appuyant non sur une définition étroite de la bibliothèque publique comme stock de livres, à quoi pouvait ramener la période post-confinement, mais multiple dans ses fonctions et ses rôles, au croisement des politiques publiques culturelles ; sociales et éducatives, utile non pas à ses habitués mais à la population dans sa diversité. Là est le défi.

C’est le moment de militer à nouveau pour la gratuité totale, l’accès aux services simplifié, dans un contexte où de nombreux habitants vont souffrir d’une situation économique brutalement aggravée. L’advocacy des bibliothèques doit aussi se repositionner dans cet environnement, en s’appuyant sur des réseaux de collaboration qui trouveront une nouvelle dynamique, ainsi qu’un esprit d’ouverture indispensable.

———————————————————-

1« Plus une bibliothèque est poreuse avec la société, plus elle a également d’usagers occasionnels, c’est très bien comme cela. Vivent les infidèles ! Sinon on construit ses services uniquement pour de fidèles, comme des théâtres font avec les abonnés. On a une bibliothèque qui sélectionne les usagers qui lui sont adaptés. Plus on a d’usagers qui ne sont pas tout à fait satisfaits, plus cela montre qu’on est de plain pied avec la population dans toute sa diversité.Dominique Lahary, Questions subsidiaires : quelques leçons d’un séjour prolongé en bibliothèque (départementale), Journées d’étude de l’ADBDP, 2012.

5 Réponses vers “La bibliothèque en mode dégradé : subir ou rebondir ?”

  1. NickCarraway said

    Les bibliothèques moyennes, se retrouvant seules et sans ressources numériques lors du confinement et de ses usages à distance, vont devoir se réveiller. Les communes se rassembler, fusionner leurs services à distance afin d’être plus fortes (et faire des économies d’échelle). Voilà sans doute une piste pour la suite des évènements. Un atout à jouer pour les bibliothécaires, car les barrières sont souvent dans la tête.

    • Vous abordez là une question essentielle : celle de la bonne échelle pour organiser, gérer, financer chaque type de service. J’utilise pour cela le terme de subsidiarité : placer chaque action publique à l’échelle où elle est la plus efficace. En ce qui concerne les ressources numériques, on peut penser à l’échelon intercommunal et au département, à substituer ou combiner selon les cas.

  2. memoire2silence said

    Merci Anne et Dominique pour ce billet synthétique et – espérons-le – programmatique. J’ajouterai simplement que ce confinement a été un accélérateur inattendu – et bienvenu – pour l’expérimentation numérique de la médiation, la montée en compétences des sceptiques et des réticents. Propulseur de la formation de collègues qui hésitaient encore ou n’avaient pas le temps de se lancer, de tester… le web ne se résume pas aux réseaux sociaux noyautés par les communicants et autres trolls de même espèce; .J’espère que nous tirerons les conséquences de ce que nous venons de vivre, vivons encore. La médiation numérique n’est pas une simple mode du moment, ni un nouvel Eldorado pour communiquer. Elle est vraiment cet outil pour mettre en actes, actions, dispositifs, moments de vies collectives et partagées et… politiques publiques, nos manières anciennes de transmettre les savoirs et les connaissances à l’ère numérique. pour développer à l’ère du web, ce qui est le cœur de notre métier, au final : la transmission. Et l’on a beaucoup à transmettre. Une transmission construite et orientée vers celui ou celle qui cherche. Bref, on refait notre job, qui s’était un peu perdu, ailleurs dans les procédures et les paperasseries infernales. ;) On a entendu de la part de nos publics leurs respects des missions des bibliothèques.;; Enfin, un peu d’espoir pour sortir de l’âcre morosité des gestionnaires administratifs et des baisses de moyens.. Belle journée à vous deux. Franck

  3. lebdd36 said

    Merci pour cet article très complet, qui résume bien le sentiment des bibliothécaires au sortir du confinement, entre découragement pour ce qu’il va falloir reconstruire et envie de profiter de ce chaos pour faire avancer des projets, des idées qui ont vu soit leurs limites soit leurs possibilités pendant la crise. Merci, vraiment, de « penser » et synthétiser notre métier !

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