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Blog professionnel de Dominique Lahary, bibliothécaire. Mes propos n'engagent que moi.

Les fonds flottants ça existe !

Posted by Dominique Lahary le 14 mai 2010

« Le jour viendra peut-être où les livres nomades, allant et venant où un lecteur les appelle, n’auront plus d’adresse fixe »
Eugène Morel, Bibliothèques : essai sur le développement des bibliothèques publiques et de la librairie dans les deux mondes, Mercure de France, 1909.

Merci à Bertrand Calenge d’avoir ressuscité ce propos dans son article Le nouveau visage des collections (BBF n°3, 2010, à lire par ailleurs). Mais il pense la prophétie réalisée par le flux d’Internet. Elle l’est aussi avec les livres de papier, les CD, les DVD…

En 2004, alors que ma bibliothèque bouillonnait dans un projet de service qui allait permettre de reformuler ses missions et de revoir son organisation, j’eus avec une collègue une discussion que nous jugions délirante utopique et pourtant si raisonnable ! Cela donna la fiche Le fonds flottant ou la main invisible, qui n’a donné naissance à aucune application (ce n’est d’ailleurs pas dans le pouvoir d’une BDP que de réaliser cette idée) mais que j’ai mis en ligne.

Il s’agit simplement de dire que dans un réseau où tout document peut venir à l’usager sur réservation d’une autre bibliothèque que celle où il va l’emprunter et/ou être rendu dans une autre bibliothèque que celle où il l’a emprunté, point n’est besoin de retour à l’envoyeur : le document est là où il vient d’être rendu. Il suffit pour cela que le système informatique ne gère des localisations temporaires et non des localisations permanentes.

Mais l’an dernier, au rendez-vous international du congrès de  l’ABF, j’apprends d’Inga Ludén, directrice, Réseau des bibliothèques de Stockholm, que cela existe là-bas (c’est noté sur la dernière diapo de sa présentation) et qu’ils ont pris l’idée à je ne sais plus quelle bibliothèque australienne ! Et le principe a fait l’objet l’an dernier d’une étude par des élèves de l’Enssib en stage à la ville de Paris.

Il en est question dans cet article du Library Journal du 20 mars 2010 qui cite le document What is a floating collection de mars 2008 et une  Philosophy of Float de février 2010.

Le fonds flottant c’est une idée simple, qui économise au moins la moitié des trafics de retour. Mais elle met en cause la localisation des fonds. C’est heureux. Plus nous ferons flotter les fonds, plus nous échapperons à cette vision possessive de la collection, que j’appellerais la collectionnite. Je persiste à dire que « la grande erreur serait de croire que le flux est seulement numérique. Le flux est aussi matériel » écrivais-je en 2006 dans une réponse, sollicitée par Livres-hebdo, … à Eugène Morel http://www.lahary.fr/pro/2006/reponses-a-morel.htm. J’avais complètement oublié que j’avais ainsi répondu au texte de Morel figurant ci-dessus. Je suis content d’avoir publié ma réponse, y compris les phrases (dont celles-ci) alors coupées par Livres-Hebdo : ce sont les  plus importantes à mes yeux.

Vivent donc les documents nomades, pour la plus grande satisfaction du public, et la plus grande simplification du service à lui rendre.

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2 Réponses to “Les fonds flottants ça existe !”

  1. uju said

    pour la plus grande satisfaction du public
    et c’est bien le plus important…

    • Collectionneur said

      Il n’est pas évident que la satisfaction des publics soit necessairement au rendez-vous. Ce qui est vrai pour les réservations individuelles d’ouvrages précis, et qui est déja pratiqué (suppression du retour systématique à l’envoyeur, le document étant précisément localisé à tout endroit du réseau, tout simplement par le prêt)- et à condition que l’on n’attende pas un document plus de 50 jours ! (c’est du vécu, avec au bout du compte un réservataire qui n’a plus envie de le lire, étant entre temps passé à autre chose, on le comprend !)-,devient plus que douteux quand on généralise le propos à l’ensemble des fonds, que l’on voudrait « flottants », circulants, éphémères. Ce sont effectivement des utopies de bédépiste. Il faut vraiment ignorer totalement la réalité des publics et de ce qu’est une bibliothèque pour souhaiter une pareille chose: Un fonds flottant est un élément qui est déconnecté de toute politique d’acquisition cohérente, par définition. Il n’est pas valorisable, ne peut pas apparaitre dans les selections thématiques de la bibliothèque, ni enrichir des bibliographies. Leur classement est aléatoire, les indexations n’étant pas forcement les mêmes que celles du fonds « propre ». Il disparait comme élément de repères du public, de par son côté éphémère. Les bibliothécaires, il faut le reconnaitre aussi, s’en désinteressent car ils n’ont pas veritablement participé à sa constitution, ne mémorisent pas sa présence et se méfient de la charge de travail que constitue sa circulation permanente. Dès qu’un fonds flottant devient la principale ressource d’une structure, voire la seule, la perte qualitative (image, visibilité, clarté, cohérence) est importante. Et on peut y ajouter que l’intérêt des décideurs (sans doute atteints de « collectionnite ») pour renforcer les budgets d’acquisition s’attenue considérablement.
      Oui aux réservations et à la circulation facilitée et plus rapide d’ouvrages, non aux bibliothèques-hangars dépourvues d’âme, de personnalité et finalement d’intérêt. Point trop n’en faut.

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